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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206436

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206436

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Sous le ° 2206437, par une requête enregistrée le 25 août 2022, M. H L, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour avec droit au travail ou une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. L soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus d'admission au séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12, et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas avoir saisi pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; aucun élément ne permet d'établir que l'avis sur lequel le préfet s'est fondé a été rendu par collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement habilités par son directeur ; aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'un examen préalable et sérieux de sa situation, le préfet du Rhône ayant omis d'examiner, au regard des dispositions de l'article R.5221-20 du code du travail, la qualité de l'emploi occupé dans le cadre de l'examen de son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ;

- en refusant de le régulariser en qualité de salarié, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et 16 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. L a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision en date du 21 octobre 2022.

II- Sous le n° 2206436, par une requête enregistrée le 25 août 2022, Mme D G épouse L, représentée par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour avec droit au travail ou une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Mme L soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus d'admission au séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12, et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas avoir saisi pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; l'avis du collège de médecins n'a pas été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et transmis au collège de médecins de l'Office; aucun élément ne permet d'établir que l'avis sur lequel le préfet s'est fondé a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement habilités par son directeur ; aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au regard de sa vie privée et familiale, le préfet a méconnu les dispositions du L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et 16 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme.L a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision en date 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

-l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-12, R.425-13 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme N,

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, représentant M. et Mme L.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme L, ressortissants tunisiens nés, respectivement, les 12 décembre 1973 et 19 novembre 1978, sont entrés sur le territoire français le 25 décembre 2018 sous couvert d'un passeport muni d'un visa de court de séjour, accompagnés de leurs deux enfants, C née le 21 mai 2003 et B né le 29 novembre 2009. Les 27 octobre 2020 et 21 juin 2021, M. et Mme L respectivement ont chacun sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux décisions du 20 juillet 2022, le préfet du Rhône a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel ils étaient susceptibles d'être reconduits d'office. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre, les intéressés demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme E J, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 9 juin 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article L. 425­10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425­9. ". Selon les termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ().". Aux termes de l'article R.425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ().".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical relatif à la situation du jeune B, a été établi le 30 décembre 2020 par le Dr I F médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. C'est ainsi, nécessairement au vu de ce rapport, que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a rendu son avis du 5 mars 2021, produit en défense par le préfet et qu'il vise dans sa décision. Cet avis mentionne qu'il a été rendu par les trois médecins qui composent le collège, qui ont été régulièrement désignés et ont tous signé l'avis. En outre, il ressort des documents produits en défense par le préfet que le médecin qui a rédigé le rapport préalable prévu par l'article R. 425-11 du code précité, ne faisait pas partie du collège conformément aux dispositions de l'article R. 425-14 du même code. Dès lors, les moyens tirés des vices de procédure relatifs à l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'absence de rapport médical transmis au collège de médecins de l'Office, à l'absence d'habilitation de ce collège de médecins et à l'absence de preuve que le médecin rapporteur n'a pas siégé en son sein, doivent être écartés.

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser de délivrer à M. et Mme L, le titre de séjour sollicité en raison de l'état de santé de leur fils, le préfet s'est approprié l'avis précité du collège de médecins de l'OFII, en date du 5 mars 2021 selon lequel si l'état de santé du jeune B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, - et vers lequel il peut voyager sans risque médical - il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les requérants soutiennent que le traitement de leur fils n'est pas disponible de manière permanente dans leur pays d'origine et que le retour en Tunisie privera leur fils de la possibilité de bénéficier d'une prise en charge pluridisciplinaire. Il ressort des pièces du dossier que le jeune B âgé de 12 ans à la date de la décision attaquée souffre d'une encéphalopathie épileptique depuis sa naissance. Il bénéficie depuis son arrivée en France d'un suivi régulier pluri disciplinaire et est scolarisé dans une classe "ULIS " ( unité localisée d'inclusion scolaire)". Ses parents font d'ailleurs valoir qu'à la rentrée scolaire 2022-2023 le jeune B a vocation à rejoindre un institut médico éducatif. Toutefois l'indisponibilité alléguée de son traitement n'est établie ni par le renvoi à un article de presse prétendant répertorier trois cent trois médicaments, dont la Dépakine, indisponibles à la date du 18 novembre 2018 dans les pharmacies tunisiennes, ni par la décision du 3 avril 2018 versée aux débats, diffusée par la pharmacie centrale de Tunisie, portant retrait ponctuel du commerce de deux lots de cette spécialité. En outre, le certificat médical établi par un médecin généraliste lyonnais, rédigé en des termes peu circonstanciés, et le compte rendu d'un médecin hospitalier mentionnant la nécessité d'une rééducation hebdomadaire par psychomotricité, orthophonie et orthoptie ainsi que de la prise en charge médicamenteuse ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de solliciter la communication de l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L.425-10 doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M.et Mme L, âgés respectivement de 48 et 43 ans à la date des décisions attaquées, résident en France depuis trois ans et demi. S'ils font valoir la scolarité de leur fille C qui a obtenu le baccalauréat en 2022, laquelle fait également l'objet d'une mesure d' éloignement dont la légalité est confirmée par un jugement de ce jour, et se prévalent de la promesse d'embauche de M. H L en date du 25 mars 2021 pour occuper un emploi en qualité de peintre, ainsi que du contrat à durée indéterminée conclu pour un poste d'ouvrier polyvalent au titre des mois de juillet et août 2019, ils ne démontrent aucune insertion sociale ou professionnelle en France ni vie privée et familiale intense, ancienne et stable. La nécessité de rester sur le territoire français en raison de l'état de santé de leur fils B n'est pas démontrée par les pièces médicales versées au dossier, dès lors qu'elles ne permettent pas d'établir qu'il serait dans l'impossibilité d'accéder à un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, ils ne démontrent ni qu'ils ne pourraient reconstituer la cellule familiale en Tunisie, où l'ensemble de la famille a vécu avant leur arrivée en France et où résident les parents et deux des sœurs de Mme L, ni que leurs enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Dans ces circonstances, et alors même que leur comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises et auraient ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme L n'ont pas établi que leur fils serait dans l'impossibilité d'accéder à un traitement approprié dans leur pays d'origine ni qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi pluridisciplinaire. Par ailleurs, aucun élément ne démontre l'impossibilité de poursuivre leur vie privée et familiale en Tunisie. Par suite, et alors que les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer cet enfant mineur de ses parents, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Rhône aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme L ont seulement sollicité leur admission au séjour en qualité de parent d'enfant malade, sur le fondement des dispositions du L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet a examiné la possibilité de régulariser à titre exceptionnel leur situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

13. Pour refuser leur admission exceptionnelle au séjour au regard de leur vie privée et familiale, le préfet a relevé que M. et Mme L sont entrés récemment en France, que leur enfant pourra être pris en charge dans leur pays d'origine et qu'ils pourront reconstituer leur cellule familiale en Tunisie où ils ne sont pas dépourvus d'attaches privées et familiales. Le préfet a également relevé que leur fille faisait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Le préfet a également relevé que M. L a produit une promesse d'embauche datée du 5 juin 2021 délivrée par la société " MA DECOS " pour exercer un emploi en qualité de peintre dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein. Le requérant, en faveur duquel aucune demande d'autorisation de travail n'a été sollicitée, ne peut utilement se prévaloir à cet égard des dispositions de l'article R.5221­20 du code du travail. En outre, il ne justifie pas avoir transmis au préfet des éléments sur sa qualification, ses diplômes et son expérience professionnelle que le préfet se serait abstenu de prendre en considération dans l'exercice de son pouvoir de régularisation discrétionnaire. La décision, qui mentionne que l'exercice d'une activité en qualité de peintre ne relevait pas de la liste des métiers en tension, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Enfin, pour les mêmes motifs que précédemment, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des requérants.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme L ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour.

17. Aux termes de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. ".

18. En l'absence de tout élément particulier invoqués, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 16 de cette même convention doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 8 et 10 s'agissant de leurs refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

19. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et de celles portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. M. et Mme L n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et de celles portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, doit être écarté.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2206436 et 2206437 de Mme et M. L sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H L, Mme D L et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme M, première vice-présidente,

M.Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La présidente,

G. NLe première vice-présidente,

C.M

La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N° 2206437-2206436

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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