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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206465

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206465

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2022, Mme A B, représentée par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- l'arrêté du 15 avril 2022 a été signé par un agent qui ne justifie pas de sa compétence ;

- le refus d'admission au séjour n'est pas suffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure, à défaut pour la préfète de la Loire de justifier de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 8 décembre 2021 ;

- il est entaché d'une erreur de droit, la préfète de la Loire s'étant sentie en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-7) de l'accord franco-algérien dès lors que le défaut de prise en charge de son état de santé entraînera des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle ne peut retourner en Algérie sans connaître une aggravation de son état de santé, compte tenu de l'origine de sa pathologie.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 22 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 26 février 1991, est entrée régulièrement en France le 20 mai 2016 munie d'un passeport assorti d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 22 juillet 2021 un titre de séjour au regard de son état de santé. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022 de la préfète de la Loire lui refusant l'admission au séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et fixant l'Algérie comme pays de renvoi.

En ce qui concerne le vice d'incompétence soulevé à l'encontre de toutes les décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué est signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation de signature de la préfète à cet effet, en vertu d'un arrêté du 4 mars 2022, document règlementaire accessible au juge comme aux parties, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait.

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, la décision en litige vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 425-9, l'article 6-7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 8 décembre 2021, dont elle reprend la teneur. Elle précise que l'intéressée ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, alors qu'elle a vécu l'essentiel de son existence en Algérie. Mme B, qui n'établit pas avoir sollicité une carte de séjour au titre d'une régularisation exceptionnelle, ne peut utilement soutenir que la préfète de la Loire n'aurait pas motivé le refus de délivrance sur ce fondement. Dans ces conditions, le refus d'admission au séjour est suffisamment motivé, la circonstance que la requérante conteste le bien-fondé des motifs retenus par la préfète ne caractérisant pas un défaut de motivation.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes du refus de titre de séjour litigieux, ni des pièces du dossier que la préfète de la Loire, qui a relevé notamment qu'aucun élément du dossier ne vient utilement contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 décembre 2021, se serait, à tort, crue en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de refuser de l'admettre au séjour.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien visé ci-dessus : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de titre de séjour formées par les ressortissants algériens sur le fondement des stipulations de l'article 6-7) de l'accord franco- algérien : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ".

6. En application de ces dispositions, la carte de séjour est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII, après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'office ne siégeant pas au sein dudit collège.

7. Eu égard à l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 décembre 2021 versé aux débats par la préfète de la Loire, le moyen tiré du vice de procédure, en l'absence de justification de la réalité de cet avis, doit être écarté.

8. Il ressort des pièces médicales produites par Mme B qu'elle souffre d'une anxio-dépression réactionnelle en lien avec des violences conjugales exercées en Algérie, pour laquelle elle a fait l'objet d'un suivi psychologique en 2017 à Marseille et depuis avril 2021 à Saint-Etienne. Elle bénéficiait d'un traitement en décembre 2021 à base d'un comprimé d'alprazolam de 25 mg et d'un comprimé de fluoxétine de 10 mg par jour. Dans ces conditions, et à défaut de tout autre élément, alors qu'elle avait quitté l'Algérie depuis près de sept ans à la date de la décision contestée, Mme B n'établit pas qu'un défaut de prise en charge serait de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. En outre, les considérations générales sur le système de santé algérien qu'elle produit ne démontrent pas qu'elle ne pourrait disposer effectivement de soins adaptés en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7) de l'accord franco-algérien doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, Mme B n'établit pas que la décision lui refusant l'admission au séjour serait entachée d'illégalité. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français manque de base légale.

10. En second lieu, Mme B ne justifie pas d'attaches privées et familiales sur le territoire français, ni d'une insertion socioprofessionnelle, par la production d'une promesse d'embauche datée du 15 février 2021 et de son inscription à Pôle emploi en janvier 2022. Ainsi, et compte tenu de ce qui a été dit au point 8, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète de la Loire a fait obligation à Mme B de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que Mme B n'établit pas qu'elle encourrait des risques ou subirait des menaces d'une exceptionnelle gravité en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, il n'apparaît pas que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme B avant de fixer le pays de renvoi, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait fait état d'éléments permettant, d'une part, de faire le lien entre sa pathologie actuelle et les violences qu'elle a pu subir en Algérie il y a plus de sept ans, d'autre part, d'attester de l'actualité des risques qu'elle encourrait personnellement en cas de retour dans son pays d'origine.

14. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, Mme B n'apportant pas davantage d'éléments à ce titre à l'instance, la préfète de la Loire n'a pas méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant l'Algérie comme pays de destination.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Loire du 15 avril 2022. Par suite, sa requête doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de la Loire.

Copie en sera adressée à Me Royon.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président-rapporteur,

Mme Marie Monteiro, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

J.-P. CheneveyL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. C

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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