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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206507

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206507

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 26 août et 31 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 17 et 22 juillet 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

- de lui délivrer dans le délai de 15 jours une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- en cas d'annulation de la seule décision portant obligation de quitter le territoire, de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation dans le délai de deux mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- en cas d'annulation de la seule décision portant fixation de son pays de destination, de prononcer son assignation à résidence ;

3°) de faire application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative en prononçant la suppression des écritures au caractère outrageant et diffamatoire du mémoire en défense et en mettant à la charge de l'Etat la somme d'un euro à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour contesté est insuffisamment motivé et, faute de réponse à l'objet de la demande présentée, est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière, d'erreur de droit et d'erreur de fait ;

- le refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour qui lui est opposé porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet dans la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans l'examen des conséquences de ce refus sur sa situation personnelle ;

- le refus de séjour en litige méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille et de celle de sa compagne en violation des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui a été opposé entache d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui a été opposé entache d'illégalité la décision lui fixant un délai de départ volontaire de 30 jours, qui méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision consécutive fixant son pays de destination, qui méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Checchi, substituant Me Hassid, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant turc né en 1984, M. B demande l'annulation de la décision implicite de refus née le 17 juillet 2022 du silence conservé par la préfète de la Loire sur sa demande de titre de séjour, ensemble l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel cette même autorité a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'objet de la requête :

2. L'arrêté critiqué du 22 juillet 2022 s'étant substitué, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, à la décision implicite de refus née du silence initialement conservé par les services préfectoraux sur la demande de titre de séjour qui leur était soumise, les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent en l'espèce être regardées comme étant dirigées contre ce seul arrêté.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 22 juillet 2022 :

3. Il ressort suffisamment des pièces du dossier, en particulier du courrier du 17 mars 2022 rédigé par le conseil du requérant et enregistré le même jour par les services préfectoraux, que la demande de titre de séjour de M. B tendait à la délivrance de la carte de résident mentionnée à l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 de ce même code, et non au seul renouvellement du titre de séjour portant la mention "salarié" que la décision en litige refuse à l'intéressé. Dans ces conditions et alors que la préfète de la Loire ne saurait utilement se prévaloir de ce que les conditions requises pour bénéficier des titres en cause n'étaient pas réunies, M. B est fondé à soutenir que l'autorité administrative s'est méprise sur l'objet de la demande qui lui était soumise et que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé est de ce fait entaché d'illégalité. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de ce refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur son fondement ainsi que des décisions consécutives fixant son délai de départ volontaire et son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif qui fonde l'annulation prononcée par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Loire de munir sans délai M. B d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour en vue de statuer sur celle-ci dans un délai de deux mois. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :

5. Pour inutilement polémiques qu'ils soient, les passages du mémoire en défense du 12 octobre 2022 critiqués par le requérant et ayant trait à la variété des arguments et fondements qu'il a pu invoquer pour solliciter un titre de séjour ne présentent pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire au sens des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions tendant à l'application de ces dispositions en vue de la suppression de ces passages et de la condamnation de leur auteur au versement de dommages-intérêts doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à M. B au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Loire du 22 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de munir sans délai M. B d'une autorisation provisoire de séjour, de procéder au réexamen de sa situation et de statuer à nouveau sur sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

Mme D, 1e vice-présidente,

M. Gille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. A

La présidente,

G. Verley-CheynelLa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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