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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206586

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206586

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2022, et des pièces complémentaires enregistrées les 22 septembre 2022, 3 et 6 octobre 2022, Mme E A épouse F, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 du préfet du Rhône en tant qu'il l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui remettre un formulaire de demande d'asile, et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- le préfet ne pouvait décider de l'obliger à quitter le territoire français avant d'enregistrer sa demande d'asile, méconnaissant ainsi les dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Checchi, représentant Mme A épouse F, qui a repris ses conclusions et moyens, en soutenant en outre que la procédure est irrégulière, le préfet s'étant fondé sur des procès-verbaux de police, en violation du secret de l'enquête, et que le fait qu'elle a été victime de violences conjugales ne fait pas obstacle à ce qu'elle puisse se prévaloir de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne née en 1971, est entrée en France en juillet 2020, et s'y est maintenue, en divorçant de son premier époux demeuré en Tunisie. Le 18 juin 2022, elle s'est mariée avec M. F, de nationalité algérienne. Interpelée en août 2022 suite à une altercation avec son époux, le préfet du Rhône a pris à son encontre un arrêté, en date du 16 août 2022, par lequel il lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 16 août 2022 :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau, non contestée ici, par un arrêté préfectoral du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté en litige que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un réel examen de la situation de la requérante.

4. En deuxième lieu, Mme A soutient, de manière d'ailleurs contradictoire avec son précédent moyen selon lequel le préfet du Rhône n'aurait pas suffisamment pris en compte les éléments contenus dans les procès-verbaux établis suite à l'altercation qu'elle a eue avec son mari, qui lui ont été transmis avec l'accord du procureur de la République, que le préfet ne pouvait se fonder sur ces éléments, obtenus en violation du secret de l'enquête. Toutefois, elle n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, et au demeurant, une telle circonstance resterait sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

5. En troisième lieu, le préfet du Rhône fait valoir, sans être contredit ni contesté, ainsi que l'a reconnu d'ailleurs la requérante à l'audience, qu'aucune suite n'a été donnée aux démarches entreprises en 2020 par Mme A en vue de présenter une demande d'asile, l'intéressée ne s'étant jamais rendue au rendez-vous qui lui avait été fixé en préfecture le 22 décembre 2020. Si la requérante a par ailleurs indiqué devant les services de police, le 15 août 2022, suite à son interpellation, être menacée " au bled " en Tunisie par son ex-mari à cause de son fils, elle ne peut être regardée par ces seuls propos, énoncés d'ailleurs peu après ceux ayant fait état de sa démarche inachevée entreprise en 2020, comme ayant demandé l'asile, au sens des dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, son moyen selon lequel le préfet du Rhône ne pouvait prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français avant d'enregistrer sa demande d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, âgée de 51 ans, est entrée très récemment en France. Elle fait valoir qu'elle est mariée en France avec un ressortissant algérien. Toutefois, la vie commune entre les intéressés, qui date d'un an, et le mariage, conclu en juin 2022, sont très récents à la date de l'arrêté attaqué, alors en outre que l'altercation entre les époux, qui a eu lieu en août 2022, à l'issue de laquelle de multiples lésions et contusions ont pu être constatées notamment sur la requérante, ne permet pas de démontrer la stabilité de leur relation. Par ailleurs, si la requérante fait état de la présence en France de son fils, majeur depuis le 17 mai 2022, elle ne produit aucun élément permettant de démontrer l'intensité de ses liens avec ce dernier, qui a été placé à son entrée en France auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. Enfin si Mme A est divorcée de son premier mari resté en Tunisie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'autres attaches dans ce pays, où réside sa fille et où elle a vécu l'essentiel de sa vie. Dans ces conditions, et compte tenu notamment de la durée et des conditions de séjour en France de Mme A, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

9. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme A soutient craindre des violences de son ex-mari en cas de retour en Tunisie. Toutefois, elle ne produit aucun élément permettant de tenir pour établies ses craintes ni d'ailleurs l'impossibilité pour elle de bénéficier dans ce pays d'une protection des autorités tunisiennes. Par suite, son moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 16 août 2022 attaqué est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse F et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry BLa greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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