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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206608

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206608

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2022 à 16h47, M. B F demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 611-3 9° et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- la décision fixant le pays de destination méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; il justifie de circonstances humanitaires ; la décision est disproportionnée.

Des pièces, produites par le préfet du Rhône, ont été enregistrées le 2 septembre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vray, représentant M. F, qui reprend les conclusions et moyens soulevés dans les écritures :

- les observations de M. A, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- en présence de M. F, assisté de Mme E , interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, de nationalité algérienne, né le 28 juin 1994, déclare être entré en France en 2017. A la suite de son interpellation conduisant à la vérification de son droit au séjour en France le 30 août 2022, le préfet du Rhône, par un arrêté du 31 août 2022, notifié à 18h10, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. Par une décision du même jour, M. F a été placé dans un centre de rétention administrative.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme G D, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire des décisions en litige, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, non contestés ici, la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les différentes décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Elles sont par suite motivées.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En vertu du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En vertu de l'article R. 611-1 du même code, pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'article R. 611-2 prévoit quant à lui que cet avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu notamment d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier et des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière, l'autorité préfectorale n'est tenue de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

7. M. F soutient souffrir depuis plusieurs années d'une pathologie psychiatrique nécessitant des soins au long cours et d'une infection sévère à la cheville nécessitant une opération chirurgicale programmée le 4 octobre 2022. Ces éléments sont corroborés par les pièces produites, à savoir un rendez-vous d'hospitalisation au Centre hospitalier Saint Joseph-Saint Luc pour cette date ainsi qu'un certificat médical d'un médecin psychiatre du Centre hospitalier Le Vinatier du 16 juillet 2021 indiquant que M. F a été hospitalisé pour une " nouvelle décompensation psychotique marquée par la présence d'hallucinations acoustico-verbales menaçantes à type d'injonctions suicidaires associée à une tristesse de l'humeur avec présence de pulsions suicidaires " et qu'il nécessite des soins " pharmacologiques, psychothérapiques et sociales, associés à des soins de réhabilitation ". Lors de son audition par les services de police, M. F a indiqué avoir été " hospitalisé au Vinatier " et devoir se faire opérer de la cheville gauche en décembre. Lors de l'examen de son état de vulnérabilité, l'état de sa cheville a été constaté. Toutefois, le préfet fait valoir que M. F a présenté une demande de titre de séjour en sa qualité d'étranger malade en 2021, demande rejetée comme incomplète. Les documents produits s'agissant de son état de santé mentale datent de plus d'un an. M. F n'apporte aucune pièce permettant d'établir qu'il souffre actuellement d'une pathologie nécessitant des soins dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. S'agissant des soins nécessaires au rétablissement de sa cheville, M. F ne justifie ni des conséquences d'une exceptionnelle gravité auxquelles il sera exposé en cas d'absence de soins, ni de l'impossibilité de bénéficier de ses soins en Algérie, ni de l'urgence de l'opération programmée en octobre 2022. Dans ces conditions, en décidant de d'éloigner l'intéressé du territoire français, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au vu des informations portées à sa connaissance lors de l'édiction de la décision, il n'a pas méconnu les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Les moyens soulevés à ce titre doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'article L. 612-2 prévoit que, par dérogation à ces dispositions, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. En vertu de l'article L. 612-3 de ce code, le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque l'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, lorsque l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ou encore lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

9. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. F, le préfet a considéré que son comportement constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de dégradation ou détérioration de bien d'autrui aggravée, de détention de tabac manufacturé sans document justificatif, de recel de bien provenant d'un vol, de vol simple ou avec destruction ou dégradation, de vol à la roulette, de vol à l'étalage, de port d'arme blanche, d'entrave à la circulation de véhicules sur la voie publique et de violence aggravée. Ces faits sont corroborés par les pièces produites, notamment le fichier automatisé des empreintes digitales faisant état de treize signalements entre août 2017 et septembre 2021 et la fiche pénale faisant état de son incarcération le 18 mars 2018 et le 28 décembre 2019. Le préfet fait également valoir que M. F a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 19 novembre 2019 laquelle n'a pas été exécutée. Il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale se déclarant hébergé par une association.

10. M. F soutient que sa situation médicale aurait dû conduire le préfet a lui accordé, compte tenu des circonstances particulières, un délai de départ volontaire. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, M. F n'apporte aucune pièce permettant d'établir qu'il souffre actuellement d'une pathologie mentale nécessitant un délai de départ plus important et que, s'agissant des soins nécessaires au rétablissement de sa cheville, de l'urgence de l'opération programmée en octobre 2022. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions ci-dessus rappelées doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M. F ne justifie pas, au regard de son état de santé, qu'en cas de retour en Algérie, pays dont il a la nationalité, sa vie serait menacée ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen invoqué à ce titre soit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, les moyens dirigés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être également écarté.

14. En second lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. En vertu de l'article L. 612-10 de ce code, la durée de cette interdiction de retour tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

15. Il résulte de ce qui a été mentionné au point 7 que M. F ne justifie pas, au regard de son état de santé, de l'existence de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prise à son encontre. Compte tenu des éléments rappelés au point 9, la présence de M. F sur le territoire constitue, contrairement à ce qu'il soutient, une menace à l'ordre public. Compte tenu par ailleurs de sa durée de présence sur le territoire et de la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, le préfet n'a pas méconnu les dispositions rappelées ci-dessus en fixant la durée de cette interdiction à 24 mois. Les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. F, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois sont rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 5 septembre 2022.

La magistrat désignée

A. CLa greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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