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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206640

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206640

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. C E, représenté par Me Vibourel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont signées par un auteur incompétent ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent l'article 2 de la charte de l'environnement ;

Sur le refus de titre de séjour :

- il est contraire à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle est fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment la Charte de l'environnement ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Messaoud, avocate de M. E.

Une note en délibéré a été présentée le 1er décembre 2022 pour M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant marocain né le 21 février 1993, est entré en France le 18 novembre 2016 sous couvert d'un visa long séjour et a obtenu un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 14 janvier 2017 au 13 juin 2019. Le 15 novembre 2021, M. E a demandé au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par des décisions du 10 août 2022 dont M. E demande l'annulation, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées du 10 août 2022 ont été signées par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et du pays de destination manque ainsi en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet du Rhône a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il a appliquées. Il a fait état des conditions du séjour en France de M. E depuis son entrée en tant que travailleur saisonnier en 2016 et de sa situation familiale en particulier de la présence en France de son épouse et de leurs deux enfants. Le préfet, qui n'était pas tenu de relever tous les éléments de la situation de l'intéressé portés à sa connaissance, a procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

4. En dernier lieu, si l'article 2 de la Charte de l'environnement prévoit que : " Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement ", son article 3 dispose que : " Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu'elle est susceptible de porter à l'environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences. ". Comme elles l'indiquent, ces dispositions, de valeur constitutionnelle, ne s'imposent à l'autorité administrative que dans les conditions définies par la loi. Or aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni aucune autre disposition législative n'a prévu que le respect de l'environnement fasse obstacle au refus de délivrance d'un titre de séjour et à l'éloignement d'un étranger en situation irrégulière. Par ailleurs, lorsque l'étranger bénéficie d'un délai de départ volontaire, il lui appartient, dans le délai qui lui est imparti et qui est en principe de trente jours, de se rendre dans son pays d'origine et en tout cas hors de France par les moyens de son choix. Il lui est alors loisible de recourir au mode de transport qu'il estime le plus approprié au respect de l'environnement. En tout état de cause, les décisions attaquées n'ont pas pour effet de procéder à l'exécution d'office de la mesure d'éloignement. Dès lors, elles sont, par elles-mêmes, sans impact sur la préservation de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 10 août 2022 méconnaîtrait les dispositions de la Charte de l'environnement ne peut qu'être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est marié, le 2 mars 2019, avec une ressortissante marocaine dont il est constant qu'elle se trouve en situation régulière en France. Le couple a eu des jumeaux nés le 23 octobre 2019. La communauté de vie a débuté au plus tôt à leur mariage, soit trois ans avant la décision attaquée, et les époux disposent de leur propre appartement depuis le mois d'octobre 2021. L'épouse de M. E bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée à plein temps depuis le mois de juin 2021. Si le requérant fait valoir que les horaires de travail de sa femme l'empêcheraient de s'occuper de leurs enfants s'il en est éloigné pendant le temps de la procédure de regroupement familial, il n'établit pas l'isolement de son épouse en France, ni qu'elle ne pourrait pas bénéficier de l'aide de ses parents. Dans ces conditions, dès lors qu'il est éligible à la procédure de regroupement familial si celle-ci est demandée à son bénéfice par son épouse, il ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions.

7. S'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. E se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France depuis 2016. Il ne peut, toutefois, être regardé comme ayant sa résidence habituelle en France pendant la période de validité de son titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier du 14 janvier 2017 au 13 juin 2019 puisque les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation au détenteur de ce titre de maintenir sa résidence habituelle hors de France. Il n'apporte par ailleurs aucun élément démontrant une insertion sociale ou professionnelle en France qui serait significative. Son épouse et ses enfants, qui étaient âgés de moins de 3 ans à la date de la décision attaquée, sont tous de nationalité marocaine si bien que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, pays dans lequel le requérant a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans et où résident, d'après ses déclarations, ses parents, ses deux frères et sa sœur. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et plus largement quant aux conséquences du refus de titre de séjour sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En l'absence de tout argument spécifique, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés précédemment.

10. L'éloignement de M. E n'a pas nécessairement pour effet de le séparer de ses enfants puisque la cellule familiale pourrait se reconstituer au Maroc, qui est également le pays d'origine de son épouse comme indiqué précédemment et où leurs enfants pourraient être scolarisés. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de titre de séjour. L'exception d'illégalité invoquée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit donc être écartée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, où siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

C. Michel

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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