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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206641

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206641

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 août 2022 du préfet du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer, dans le délai d'un mois passé la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur des décisions ne disposait pas d'une délégation régulière de signature ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur de fait, de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprété conformément à la circulaire du 28 novembre 2012 ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions fixant le délai de départ et le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est illégale hen raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles du 1) de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ; le préfet a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation.

Un mémoire en défense a été enregistré le 21 octobre 2022 pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo ;

- les observations de Me Guillaume pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, demande l'annulation des décisions du 5 août 2022 du préfet du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les décisions dans leur ensemble :

2. Les décisions en litige du 5 août 2022 ont été signées par Mme D F, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est revenu irrégulièrement en France à la date déclarée du 15 novembre 2014, après que sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 23 avril 2014. Sa demande de réexamen a fait l'objet d'un refus le 21 octobre 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 mai 2016, à l'issue de laquelle une décision de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français a été prise le 18 juillet 2016, que l'intéressé n'a pas exécutée. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que M. A aurait cherché à régulariser sa situation avant sa demande de titre de séjour le 16 janvier 2020. Si l'intéressé se prévaut d'une vie commune avec une compagne de même nationalité que lui depuis la fin de l'année 2017, ainsi que de la naissance d'un enfant le 21 avril 2018, il ressort des pièces du dossier que celle-ci a fait l'objet également d'un refus de titre de séjour et d'une mesure l'obligeant à quitter le territoire français par des décisions du préfet du Rhône du 5 août 2022. L'intéressé, qui ne démontre pas disposer d'autres attaches familiales en France alors qu'une partie de sa famille réside dans son pays d'origine, n'établit pas qu'il bénéficierait en France d'une insertion stable et ancrée dans la durée. En particulier, la justification d'un investissement bénévole au sein de la Croix-Rouge française et d'une récente promesse d'embauche au sein d'une société de mécanique automobile sont insuffisants à eux-seuls à établir la réalité de son insertion professionnelle sur le territoire. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, il n'apparaît pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Albanie, ni que la fille du requérant, qui avait quatre ans à la date de la décision attaquée, ne pourrait y poursuivre sa scolarité, alors même qu'elle n'a jamais vécu dans ce pays. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent, dès lors, être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. D'une part, les motifs invoqués par M. A ne constituent pas, à eux seuls, des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées devant conduire le préfet à régulariser sa situation administrative. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu refuser de délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A, ce dernier ne pouvant utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière.

7. D'autre part, contrairement à ce qu'allègue le requérant, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit en examinant la qualification, l'expérience et les diplômes de M. A ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postulait. Par ailleurs, en se prévalant uniquement d'une attestation du 18 août 2022 de la société qui a réalisé sa promesse d'embauche, non produite au dossier et postérieure à la décision attaquée, M. A n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur de fait dans l'appréciation des caractéristiques de l'emploi. Ainsi, la circonstance que le requérant dispose d'une promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de mécanicien, ne saurait être regardée comme un motif exceptionnel ouvrant droit à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu estimer que le requérant ne justifiait pas de motifs exceptionnels devant conduire à ce que lui soit délivré, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " salarié ".

8. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, la décision refusant un titre de séjour à M. A n'apparaît pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A dirigées contre la décision lui refusant un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 4 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

13. En l'absence d'illégalité de la décision de refus de séjour et portant refus obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination doit être écarté.

Sur la décision lui faisant interdiction de retour :

14. En l'absence d'illégalité de la décision de refus de séjour et portant refus obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour doit être écarté.

15. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait commis des erreurs de fait pour décider d'assortir sa décision l'obligeant à quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 4 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

18. Le préfet du Rhône a relevé que M. A ne justifiait pas d'une vie privée et familiale intense et stable en France, ni de moyens d'existence, ni d'une insertion dans la société française, et qu'il ne s'était pas conformé à la mesure d'éloignement prise à son encontre en 2016. Dans les circonstances de l'espèce, la décision interdisant à M. A le retour sur le territoire français pour une durée de six mois n'apparaît ni disproportionnée ni entachée d'une erreur d'appréciation.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

C. BertoloLa présidente,

C. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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