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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206673

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206673

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 6 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant 12 mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au réexamen de sa situation et de faire procéder à l'effacement de son signalement au fin de non admission dans l'espace Schengen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde ;

Sur la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde.

Le préfet du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 6 septembre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 septembre 2022, ont été entendus :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Saïdi, représentant M. D, assisté de Mme C, interprète en langue Géorgienne, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, et ajoute que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de M. A, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 28 avril 1998, demande l'annulation des arrêtés du 2 septembre 2022 par lesquels le préfet du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a assigné à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu de prononcer, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes sur lesquels il se fonde, indique que M. D a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français en date du 12 août 2020, qu'il s'est malgré tout maintenu en situation irrégulière en France, qu'il n'établit pas entrer dans l'une des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire en vertu du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne justifie pas de lien personnel et familial suffisamment ancré dans la durée, stable et intense sur le territoire français. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, au regard de ce qui vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D. En particulier, si M. D se prévaut de son état de santé, il ressort des pièces du dossier qu'alors que sa demande de titre de séjour sur le fondement de son état de santé a été rejetée par une décision du 12 août 2020, le préfet n'a pas été saisi d'éléments de nature à justifier une remise en cause de cette précédente décision, les documents produits par l'intéressé ne révélant pas d'aggravation tangible de son état de santé ni une évolution de son traitement. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

6. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

7. En l'espèce, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de son état de santé en 2019. Dans ce cadre, sa situation a fait l'objet d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 juin 2020 selon lequel son état de santé nécessite un traitement dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait été informé d'éléments suffisamment précis permettant d'établir que, depuis le rejet de sa demande de titre, son état de santé se serait aggravé ou que les conditions d'accès aux soins dans son pays se seraient dégradées. Par suite, le préfet du Rhône n'était pas tenu de saisir de nouveau le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant d'édicter la décision en litige, et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ". Si M. D produit plusieurs certificats médicaux révélant qu'il souffre d'une neurofibromatose entraînant une surdité dégénérative, ainsi que des céphalées et des troubles de l'équilibre, et qui a également des impacts sur son état psychique, aucun des certificats médicaux qu'il produit n'indique, de manière circonstanciée, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, alors qu'ainsi qu'il a déjà été dit, par un avis rendu le 11 juin 2020, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et qu'aucun élément du dossier ne révèle que, depuis lors, son état de santé se serait aggravé ou que les conditions d'accès aux soins dans son pays se seraient dégradées. Dès lors il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2018, à l'âge de 20 ans. Il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2020 à laquelle il n'a pas déféré. S'il établit travailler à temps complet aux activités solidaires de l'établissement Emmaüs de Vénissieux, qui lui fournit un hébergement à titre gratuit, et ce depuis le 1er juin 2021, cette circonstance ne saurait suffire à caractériser une véritable intégration professionnelle en France. Il est célibataire, sans charge de famille, et ne se prévaut d'aucune relation personnelle ou familiale en France, ni d'aucune intégration sociale. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Rhône a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

11. En second lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 12 août 2020, à laquelle il n'a pas déféré. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions précitées.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce que le préfet prononce à son égard une interdiction de retour sur le territoire français, son état de santé ne pouvant être regardé comme tel au regard des motifs exposés au point 8. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune attache privée ou familiale en France. Enfin, le requérant s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

16. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination doit être écarté.

Sur la légalité de la décision d'assignation à résidence :

17. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision d'assignation à résidence doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

La magistrate désignée,

C. BLa greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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