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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206684

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206684

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantDEBBACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée par le tribunal administratif de Grenoble le 30 août 2022, et transmise au tribunal le 8 septembre 2022, M. A D, représenté par Me Debbache, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 août 2022 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant la durée d'un an ;

2°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de l'obligation à quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile rende sa décision sur son recours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- les décisions sont :

* entachées d'incompétence ;

* insuffisamment motivées ;

* illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il pouvait se maintenir sur le territoire français pendant l'examen de son recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile et qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il justifie d'un document en cours de validité et qu'il ne présente pas de risques de soustraction ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est illégale car le préfet s'est cru lié par la décision de l'OFPRA lui refusant l'asile

* méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour en France est illégale car il n'a jamais constitué une menace pour l'ordre public.

La préfète de l'Ain a présenté un mémoire de production qui a été enregistré le 13 septembre 2022.

Par un mémoire en défense et un mémoire de production, enregistrés le 13 septembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022, M. Borges-Pinto, magistrat désigné, a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, est entré en France le 12 juillet 2021 en compagnie de son épouse et de leurs deux enfants mineurs. Il a présenté une demande d'asile le 24 novembre 2021 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Le 22 avril 2022, l'OFPRA a rejeté cette demande contre laquelle le requérant a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par décisions du 29 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant la durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la demande d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, par arrêté du 23 août 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le même jour, le préfet de la Haute-Savoie a donné délégation à M. C B, directeur de la citoyenneté et de l'immigration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence n'est pas fondé.

4. En deuxième lieu, la motivation prévue par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impose à l'autorité administrative de justifier la mesure qu'elle prend par des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ayant pour finalité de mettre l'intéressé à même d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé.

5. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué révèle par ses motifs qu'il a été pris après examen de sa situation familiale et personnelle. La décision attaquée indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, cette décision, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mais uniquement ceux qui fondent la décision du préfet, satisfait aux exigences de motivation résultant des principes évoqués au point précédent. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci". L'article L. 542-2 de ce code prévoit cependant qu'il est dérogé aux dispositions précitées de l'article L. 542-1 lorsque l'OFPRA a pris une décision de rejet, notamment dans les cas prévus par l'article L. 531-24. Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants :/ 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ;/ []".

7. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le droit au maintien sur le territoire français d'un demandeur d'asile ressortissant d'un pays inscrit sur la liste des pays d'origine sûr cesse à compter de l'intervention de la décision de l'OFPRA, indépendamment de l'exercice d'une voie de recours devant la cour nationale du droit d'asile. En l'espèce, l'Albanie est inscrite sur la liste des pays d'origine sûrs prévue par l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, le droit du requérant de se maintenir sur le territoire français a pris fin à la date de la notification de la décision de l'OFPRA le 14 mai 2022.

8. M. A soutient, sans le justifier, craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de menaces régulières, et des violences subies. En effet, il ne précise pas ces risques et n'apporte aucun élément permettant d'en établir la réalité. Par conséquent, le moyen selon lequel le préfet de la Haute-Savoie aurait commis une erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

9. Le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'autorité administrative peut refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger présente un risque de soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Selon les dispositions des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, une telle situation peut résulter, sauf circonstance particulière, de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de garanties suffisantes de représentation, notamment parce que l'étranger ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ou encore s'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts.

10. M. A soutient qu'il ne présente pas de risques de soustraction car il est présent en France avec son épouse et leurs deux enfants et que l'examen de son recours à l'encontre du rejet de sa demande d'asile est inscrit à l'audience du 7 septembre 2022. Toutefois, il ressort du procès-verbal de vérification du droit de circulation ou de séjour, en date du 29 août 2022, que M. A n'a pas déclaré de domicile fixe et qu'il n'a présenté que son permis de conduire pour justifier de son identité. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le pays de destination :

11. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que, pour fixer le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit d'office, le préfet de la Haute-Savoie se serait cru lié par la décision prise par l'OFPRA en date du 22 avril 2022. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit ainsi être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; (). - Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que les moyens tirés de la méconnaissance de stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant un délai de départ volontaire, soulevés par voie d'exception à l'encontre de la décision interdisant le retour en France, ne sont pas fondés.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Haute-Savoie devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

17. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

18. M. A soutient qu'il présente des éléments sérieux justifiant qu'il puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur le recours qu'il a introduit contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cependant, il n'apporte, dans la présente instance, aucun élément concret pour laisser présumer de la réalité des risques allégués le concernant et justifiant ainsi de son maintien sur le territoire national durant l'examen de son recours alors que l'OFPRA a considéré que les faits invoqués ne pouvaient être considérés comme établis. Par suite, ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doivent être également rejetées.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022, par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a donné obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant la durée d'un an. Par voie de conséquences, doivent l'être également les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, et au préfet de la Haute-Savoie.

Copie sera adressé à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. Borges-Pinto

La greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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