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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206701

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206701

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 septembre 2022 et 26 octobre 2022, M. B C, représenté par Me De Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire un point pour une infraction au code de la route commise le 15 mai 2013, quatre points pour une infraction du 29 octobre 2015 à 15h48, trois points pour une infraction du 29 octobre 2015 à 15h49, un point pour chacune des infractions des 20 juillet 2017, 2 août 2017, 22 août 2017, 14 novembre 2017, 5 janvier 2018, 8 janvier 2018, 16 mars 2018, 28 août 2018, 29 octobre 2018, 8 avril 2019, 16 mai 2020, 18 septembre 2020, 12 février 2021, 19 avril 2021, 22 avril 2021, 15 décembre 2021 et 11 avril 2022, ensemble la décision référencée " 48 SI " du 30 juillet 2022 par laquelle le ministre a retiré trois points de son permis de conduire à la suite d'une infraction au code de la route commise le 1er février 2022, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à la restitution de son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de rejeter les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'au moment de sa verbalisation pour les infractions susvisées, il n'a pas été destinataire des informations préalables au retrait de points prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire, enregistré le 10 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par lettre du 6 janvier 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 15 mai 2013, 16 mars 2018, 29 octobre 2018, 8 avril 2019, 12 février 2021 et 22 avril 2021, dès lors qu'antérieurement à l'introduction de la requête, ces points ont été restitués au requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Segado, président de la sixième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. A, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a commis plusieurs infractions au code de la route les 15 mai 2013, 29 octobre 2015 à 15h48 et 15h49, 20 juillet 2017, 2 et 22 août 2017, 14 novembre 2017, 5 et 8 janvier 2018, 16 mars 2018, 28 août 2018, 29 octobre 2018, 8 avril 2019, 16 mai 2020, 18 septembre 2020, 12 février 2021, 19 et 22 avril 2021, 15 décembre 2021 et 11 avril 2022. Par une décision référencée " 48 SI " du 30 juillet 2022, le ministre de l'intérieur lui a retiré trois points du capital de son permis de conduire pour une infraction au code de la route commise le 1er février 2022, l'a informé de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire, ainsi que des décisions de retraits de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral produit par le ministre en défense, que les points retirés à la suite des infractions des 15 mai 2013, 16 mars 2018, 29 octobre 2018, 8 avril 2019, 12 février 2021 et 22 avril 2021 ont respectivement été restitués au requérant les 27 novembre 2013, 17 novembre 2018, 3 juillet 2019, 14 décembre 2019, 27 octobre 2021 et 23 janvier 2022. Ces restitutions étant intervenues avant l'introduction de la requête, les conclusions dirigées les décisions de points correspondantes sont irrecevables pour défaut d'objet et doivent, par suite, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant un retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

4. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie, et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. C soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 29 octobre 2015 à 15h48 et 15h49, 20 juillet 2017, 2 et 22 août 2017, 14 novembre 2017, 5 et 8 janvier 2018, 28 août 2018, 16 mai 2020, 18 septembre 2020, 19 avril 2021, 15 décembre 2021, 11 avril 2022 et 1er février 2022.

S'agissant des infractions commises le 29 octobre 2015 à 15h48 et 15h49 :

5. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". En vertu des articles A. 37-1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention et une notice de paiement. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte les informations requises par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du relevé d'information intégral, que M. C s'est acquitté le 26 décembre 2015 des amendes forfaitaires, constatées par des procès-verbaux dématérialisés dressés respectivement le 29 octobre 2015 à 15h48 et 15h49 au moyen d'un appareil électronique sécurisé. En application des dispositions susmentionnées du code de procédure pénale, M. C doit être regardé comme ayant nécessairement reçu à son domicile l'avis de contravention afférent à ces infractions. Eu égard aux mentions dont cet avis de contravention doit être revêtu, il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors qu'il ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance des informations préalables doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 20 juillet 2017, 2 et 22 août 2017, 14 novembre 2017, 5 et 8 janvier 2018, 28 août 2018, 16 mai 2020, 18 septembre 2020, 19 avril 2021, 15 décembre 2021 et 11 avril 2022 :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que M. C a payé les amendes forfaitaires relatives aux infractions des 20 juillet 2017, 2 août 2017, 22 août 2017, 14 novembre 2017, 5 janvier 2018, 8 janvier 2018, 28 août 2018, 16 mai 2020, 18 septembre 2020, 19 avril 2021, 15 décembre 2021 et 11 avril 2022 relevées par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ". Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré un point de son permis de conduire à la suite de chacune de ces infractions auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 1er février 2022 :

8. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". En vertu des articles A. 37-1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention, une notice de paiement et un formulaire de requête en exonération comportant les informations requises.

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention " N/A " possède également la même valeur probante durant toute la période d'application des règles sanitaires actuelles, dès lors qu'elle permet d'attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu'il ait eu à apposer sa signature sur le document.

10. M. C soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission de l'infraction du 1er février 2022. Toutefois, le ministre de l'intérieur produit une copie du procès-verbal électronique afférent à cette infraction, qui comporte l'information selon laquelle, " vu les règles sanitaires pour lutter contre le Covid19, la personne est informée de sa verbalisation et de la non apposition de sa signature " et est revêtu de la mention " N/A " pour indiquer la non-apposition de la signature en raison de ce contexte sanitaire, et qui comporte l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les mentions de ce procès-verbal, qui font foi jusqu'à preuve contraire, attestent ainsi que l'administration s'est acquittée envers le requérant, lors de l'établissement de ce procès-verbal, de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, et alors même que l'amende forfaitaire majorée aurait été réalisée selon une procédure de recouvrement forcée par un avis de saisie administrative à tiers détenteur, M. C n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. D'une part, les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

14. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le ministre de l'intérieur sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023,

Le magistrat désigné,

J. A

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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