lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206706 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, Mme D C épouse A, représentée par Me Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- ces décisions sont entachées d'erreur de droit dès lors que la préfète de la Loire ne pouvait décider de l'éloigner avant d'examiner la demande de titre de séjour présentée par son mari sur le fondement de son état de santé ;
- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de son mari ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 10 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Besse, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante albanaise née en 1974, est entrée en France en septembre 2021 en compagnie de son époux et de ses deux enfants. Elle a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 25 avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 11 août 2022 la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté du 11 août 2022 :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante résidait depuis moins d'une année en France à la date de la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches privées et familiales en Albanie, où elle a vécu l'essentiel de sa vie. Si elle vit en France avec son époux et ses deux enfants, son époux a également fait l'objet, de même que sa fille majeure, de mesures d'éloignement le même jour. Dans ces conditions, et alors même qu'elle indique suivre des cours de français et ne pas troubler l'ordre public, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Si le fils cadet de la requérante est scolarisé en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Albanie. Par ailleurs, la décision en litige, prise le même jour que la mesure d'éloignement concernant son époux, n'a pas pour effet de séparer cet enfant d'un de ses parents. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations de la convention internationale sur les droits de l'enfant citées au point précédent.
7. En troisième lieu, la circonstance que la préfète de la Loire n'a pas répondu à la demande de titre de séjour présentée par le mari de la requérante, qui invoquait son état de santé, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision en litige.
8. Enfin, la requérante fait valoir que son mari souffre d'une maladie rénale chronique en phase terminale. Il ressort des pièces du dossier que, par avis rendu le 27 janvier 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), consulté suite à sa demande de titre de séjour, a estimé que, si l'état de santé de ce dernier nécessite des soins et que le défaut de prise en charge de son état de santé pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Albanie, pays vers lequel il peut voyager sans risque. Si l'intéressé est traité par hémodialyse depuis plusieurs années, il suivait déjà ce traitement avant son entrée en France, et la requérante ne produit aucun élément permettant d'établir que, contrairement à ce qu'a estimé le collège des médecins de l'Ofii, il ne pourrait pas bénéficier effectivement de ce traitement en Albanie. Par ailleurs, le certificat médical établi le 25 août 2022 par un médecin néphrologue évoquant l'éventualité d'une transplantation rénale, sans se prononcer sur le caractère indispensable de cette opération ni la date à laquelle elle pourrait être réalisée, reste insuffisamment précis pour établir l'absence de traitement approprié à l'état de santé du mari de Mme C en Albanie. Par suite, en obligeant l'intéressée à quitter le territoire français, la préfète de la Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, et pour les motifs exposés précédemment, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante, et méconnaîtrait l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comprend la mention des considérations de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
11. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Mme C soutient qu'elle a été menacée en Albanie dans un contexte de conflit avec le propriétaire du logement qu'elle louait. Toutefois, elle ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations, par ailleurs peu précises. Dans ces conditions, et alors d'ailleurs que la demande d'asile de Mme C a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis, le 16 août 2022, par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 11 août 2022 attaqué est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que les conclusions tendant à l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse A et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Thierry BLa greffière,
Sophie Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026