mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SACEPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 septembre 2022 et 17 avril 2024, M. B A, représenté par Me Sacépé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction d'avertissement prononcée à son encontre par la commission de discipline de la maison d'arrêt de Lyon Corbas du 23 mai 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à défaut, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que :
. l'agent rédacteur du compte-rendu d'incident n'est pas identifiable en l'absence de précision de son nom et de son numéro de matricule, et sans qu'un motif valable de sécurité ne soit invoqué pour justifier de son anonymat, en méconnaissance des dispositions combinées de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale et de la circulaire du 9 juin 2011 et de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 ; en outre, cette circonstance ne permet pas d'être assuré qu'il n'a pas siégé lors de la commission de discipline ;
. il n'a pas été averti de la rédaction d'un compte-rendu d'incident à son encontre, en méconnaissance des dispositions de la circulaire du 9 juin 2011 ;
. il n'a pas été informé des déclarations tenues devant la commission de discipline par l'autre personne détenue concernée par les faits, ce qui méconnaît le principe de l'égalité des armes protégé par l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la circulaire du 9 juin 2011 ;
. l'administration lui a refusé le visionnage des images vidéos de l'incident, en violation de ses droits de la défense ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle repose sur des faits matériellement inexacts, dès lors qu'il s'est seulement défendu d'une agression.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 mai 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, conseillère ;
- et les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, écroué à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas entre le 13 avril 2022 et le 16 août 2022, s'est vu infliger, par une décision du 23 mai 2022 du directeur de l'établissement pénitentiaire en commission de discipline, une sanction d'avertissement pour avoir exercé des violences physiques à l'encontre d'une autre personne détenue le 13 avril 2022. Cette sanction a été confirmée par une décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes du 4 juillet 2022, faisant suite au recours administratif formé par le requérant. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes du 4 juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, si les dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. Par conséquent, la circonstance que l'agent rédacteur du compte-rendu d'incident ne soit pas identifiable et que l'administration pénitentiaire ne justifierait pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme le compte-rendu d'incident, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, dès lors, être écarté comme inopérant. D'autre part, il ressort du compte-rendu d'incident produit en défense qu'il comporte les initiales de son auteur, qui ne correspondent pas à celles des membres présents lors de la réunion de la commission de discipline du 23 mai 2022, ce qui permet de s'assurer qu'il n'y a pas siégé. Il en résulte que les vices de procédure liés à l'absence d'identification de l'auteur du compte-rendu d'incident doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, s'il n'est pas contesté par l'administration en défense que M. A n'a pas été immédiatement averti de la rédaction d'un compte-rendu d'incident à son encontre, le point 2.4.6 de la circulaire du 9 juin 2011, qui dispose que " la personne détenue qui fait l'objet d'un compte-rendu d'incident doit en être avertie ", n'est applicable qu'en l'absence de poursuites disciplinaires, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la procédure disciplinaire engagée à son encontre et la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes seraient fondées sur les déclarations de l'autre personne détenue concernée par les faits de violence du 13 avril 2022. Il s'ensuit que M. A ne peut pas utilement soutenir que le fait qu'il n'ait pas été informé des propos tenus par cette autre personne constituerait une méconnaissance du principe de l'égalité des armes protégé par l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la circulaire du 9 juin 2011.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 231-1 du code pénitentiaire : " Le régime disciplinaire des personnes détenues placées en détention provisoire ou exécutant une peine privative de liberté est déterminé par un décret en Conseil d'Etat. / Ce décret précise notamment : () 4° La procédure disciplinaire applicable, au cours de laquelle la personne peut être assistée par un avocat choisi ou commis d'office, en bénéficiant le cas échéant de l'aide de l'Etat pour l'intervention de cet avocat. Ce décret détermine les conditions dans lesquelles le dossier de la procédure disciplinaire est mis à sa disposition et celles dans lesquelles l'avocat, ou la personne intéressée si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense, sous réserve d'un risque d'atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ; () ". Aux termes de l'article R. 234-17 du même code : " () L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, au moment de son enregistrement. () / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire. ". M. A, qui invoque les dispositions des articles 726 et R. 57-7-16 du code de procédure pénale, lesquelles ont été abrogées et remplacées en substance, à compter du 1er mai 2022, par les dispositions précitées des articles L. 231-1 et R. 234-17 du code pénitentiaire, doit être regardé comme ayant en réalité entendu s'en prévaloir.
6. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 231-1 et R. 234-17 du code pénitentiaire que si la procédure a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéoprotection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. En revanche, dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il appartient à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utile aux besoins de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder dans le cadre de la préparation de la commission de discipline. Un refus ne saurait être opposé à de telles demandes au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la procédure disciplinaire engagée contre M. A à la suite de l'incident du 13 avril 2022 n'a pas été engagée à partir d'enregistrements de vidéoprotection, et il ne ressort pas davantage des termes de la décision attaquée que le directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes se serait fondé sur ces images. S'il ressort des termes de la décision disciplinaire du 23 mai 2022 que le conseil de M. A a sollicité une exploitation de la vidéo de l'incident litigieux au cours de la séance de la commission de discipline, au motif que son client affirmait avoir été agressé par un codétenu, il est constant que ni M. A, ni son avocat, n'ont demandé à prendre connaissance de ces données de vidéoprotection en temps utile pour préparer sa défense, préalablement à la tenue de la séance de la commission de discipline. En outre, si le conseil du requérant entendait solliciter une exploitation de ces données directement en commission de discipline, il ne ressort d'aucune des dispositions précitées, ni du principe des droits de la défense que la commission de discipline était obligée de faire droit à sa demande. Au demeurant, il ressort des termes de la décision attaquée du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes que la sanction disciplinaire infligée à M. A se fonde sur le fait que le requérant a reconnu avoir porté des coups à l'encontre d'un codétenu. La circonstance qu'il aurait porté ces coups pour se défendre, comme il le soutient, est ainsi dépourvue d'incidence sur la matérialité des faits qui sont sanctionnés, et la consultation d'enregistrements de vidéoprotection était, en tout état de cause, dépourvue de tout intérêt dans un tel cas. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait atteinte aux droits de la défense de M. A doit être écarté, et le requérant n'est pas non plus fondé à soutenir qu'elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 313-1 du code pénitentiaire : " Lorsqu'il est envisagé de prendre une décision individuelle défavorable à la personne détenue qui doit être motivée conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration, la personne détenue peut se faire représenter ou assister par un conseil ou, dans les conditions prévues par les dispositions des articles R. 313-2 à R. 313-8 et R. 313-11 et à l'exception des décisions intervenant en matière disciplinaire ou en matière d'isolement, par un mandataire de son choix. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
9. Il résulte des dispositions précitées que la décision prononçant une sanction disciplinaire à l'encontre d'un détenu doit être motivée. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée du directeur interrégional des services pénitentiaires Auvergne-Rhône-Alpes qu'elle cite les dispositions normatives sur lesquelles elle se fonde, notamment les articles R. 231-1 et R. 232-4 du code pénitentiaire. Elle fait également état de la procédure disciplinaire ayant précédé son adoption, ainsi que des motifs retenus pour confirmer la sanction d'avertissement prononcée par la commission de discipline à l'encontre de M. A. Par suite, la décision attaquée comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent, et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sacépé et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026