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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206719

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206719

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée et a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui a communiqué des pièces enregistrées le 2 novembre 2022.

Par une décision du 10 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme B.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Lulé, représentant Mme B, qui a repris ses conclusions et moyens, et de Mme B.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Après avoir pris connaissance de la note en délibéré présentée pour Mme B, enregistrée le 7 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née en 1991, est entrée en France en novembre 2019. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée le 11 mars 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis, le 20 avril 2022, par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 3 août 2022 le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 3 août 2022 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision, à savoir les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le rejet de la demande d'asile présentée par Mme B, ainsi que des éléments de fait propres à la situation de l'intéressée. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un réel examen de la situation de la requérante.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment avec sa fille mineure en France, où elle est dépourvue d'attaches familiales proches et où elle ne justifie pas d'une intégration particulière. Si elle indique être sans nouvelles du père de son enfant, qui réside en Angola, elle n'établit pas l'impossibilité pour elle de mener une vie familiale normale dans son pays en raison des menaces qu'elle y subirait. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'elle ne pourrait, ainsi que sa fille, poursuivre en Angola la prise en charge psychologique dont elle bénéficie ni qu'un retour dans ce pays rendrait impossible le traitement approprié de son état de santé, compte tenu des événements traumatisants qu'elle y a vécus. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de la requérante ne pourrait poursuivre sa scolarité en Angola ni qu'elle ne pourrait bénéficier d'un suivi psychologique dans ce pays, ni encore qu'un retour en Angola serait de nature à dégrader fortement son état, qui s'est aujourd'hui stabilisé selon le certificat médical produit. Dès lors, la décision attaquée ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent de la convention internationale sur les droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comprend la mention des considérations de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Rhône, qui n'avait pas à indiquer les raisons pour lesquelles il a estimé que Mme B n'établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Angola, n'aurait pas procédé à un réel examen de la situation de la requérante.

10. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut fixer comme pays de renvoi: / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; / 3° Ou à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. Mme B soutient que son concubin, qui était militant au Mouvement de Libération de l'Angola, aurait disparu en février 2019 après s'être opposé à l'arrivée au pouvoir du nouveau président du pays, qu'en août 2019 des policiers ont abattu à son domicile son fils et son beau-frère avant de lui faire subir des sévices et de la violer. Si la requérante produit des certificats médicaux attestant de la réalité d'une agression et d'un état de stress post traumatique, elle n'établit pas que cette agression serait liée à l'activité politique de son concubin, qu'elle indique d'ailleurs avoir en grande partie ignorée, ni par ailleurs la réalité de risques actuels en cas de retour en Angola. Dans ces conditions, et alors d'ailleurs que la demande d'asile de la requérante a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet du Rhône, en désignant le pays de renvoi en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement, n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 3 août 2022 attaqué est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur l'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à la requérante la somme qu'elle demande au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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