lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, M. A E, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui a communiqué des pièces enregistrées les 18 octobre 2022, 26 octobre 2022 et 2 novembre 2022.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Besse, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né en 1978, déclare être entré en France en mai 2017. Il a présenté une première demande d'asile qui a été rejetée le 21 décembre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis, le 3 septembre 2020, par la Cour nationale du droit d'asile. Ses deux demandes de réexamen ont également été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, par une ordonnance du 5 février 2021 puis une décision du 1er septembre 2022. Par un arrêté du 23 août 2022, le préfet du Rhône, suite au rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de sa seconde demande de réexamen, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté du 30 août 2022 :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, non contesté ici, elle-même titulaire d'une délégation en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration par un arrêté préfectoral du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône en date du 9 juillet 2022. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne les dispositions applicables ainsi que les éléments de fait qui la fondent, à savoir le rejet de la demande de réexamen présentée par le requérant, et fait état de la situation propre de ce dernier, y compris la présence en France de son épouse. L'erreur de fait affectant l'arrêté, qui précise que le requérant est sans enfant à charge ne saurait par elle-même caractériser une insuffisance de motivation de cet arrêté. Si le requérant fait valoir que le préfet n'a pas détaillé les motifs pour lesquels il a estimé qu'il était de nationalité arménienne, une telle circonstance est en tout état de cause sans incidence directe sur la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E séjournait en France depuis cinq années à la date de la décision attaquée, après avoir vécu l'essentiel de sa vie hors du territoire national. S'il fait état de la présence en France de son épouse et de son fils, ceux-ci n'y résident pas régulièrement. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent de la présence en France du requérant, qui n'y démontre pas par ailleurs une particulière intégration, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. E soutient qu'il est exposé à des risques en Russie en raison de son appartenance à la communauté des témoins de Jéhovah. Toutefois, si les risques de persécution du requérant de ce fait en Russie ont été regardés comme établis par la Cour nationale du droit d'asile, les demandes d'asile déposées successivement par l'intéressé ont toutes été rejetées au motif qu'il ne démontrait pas avoir renoncé expressément à la nationalité arménienne, et qu'il ne faisait état d'aucune crainte dans ce pays. Si le requérant justifie de sa nationalité russe, il ne produit aucune pièce venant contredire l'appréciation ainsi portée et attestant de ce qu'il n'avait pas la nationalité arménienne. Par suite, il n'est fondé à soutenir ni que la décision fixant le pays de destination fixerait à tort l'Arménie comme pays de destination ni, dès lors qu'elle ne fixe pas la Russie comme pays de renvoi, que cette décision méconnaîtrait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques auxquels il est exposé dans ce pays.
En ce qui concerne l'interdiction de retourner sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant séjourne en France depuis cinq années sous couvert d'attestations de demande d'asile régulièrement renouvelées. Il fait valoir la présence en France de son épouse et de son fils, même s'ils n'y séjournent pas régulièrement. Dans ces conditions, et alors même qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpelé le 23 août 2022 alors qu'il conduisait un véhicule sans permis de conduire valide, n'ayant pas procédé à l'échange de son permis russe, ce qu'il a reconnu, le préfet du Rhône, en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois, a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, M. E est fondé à en demander l'annulation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 août 2022 en tant qu'il lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. E tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 23 août 2022 du préfet du Rhône est annulé en tant qu'il fait interdiction à M. E de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Thierry B La greffière,
Sophie Lecas
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026