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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206732

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206732

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. F A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le délai de départ volontaire et le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont signées par un auteur incompétent ;

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'article R. 422-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvait s'appliquer à sa situation, laquelle est en principe régie par les stipulations de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il se trouve dans la même situation que lors du précédent renouvellement de son titre étudiant le 1er octobre 2020 ;

- il méconnaît l'article 9 de la convention franco-togolaise précitée ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors qu'il pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour ainsi qu'à une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article 11 de la convention franco-togolaise ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré 21 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. E,

- et les observations de Me Guillaume, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, ressortissant togolais né le 7 mars 1987, est entré en France le 27 août 2015 muni d'un visa long séjour portant la mention " visiteur ". Il a obtenu des titres de séjour portant la mention " étudiant " valables jusqu'au 30 octobre 2021. Par des décisions du 3 août 2022 dont M. A demande l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé à trente jours le délai de départ volontaire.

Sur le moyen commun :

2. Les décisions du 3 août 2022 sont signées par Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui bénéficiait d'une délégation pour ce faire, régulièrement consentie par un arrêté du préfet du Rhône du 5 avril 2022 publié au recueil des actes administratifs du 8 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'État d'origine sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

4. La décision de refus de titre de séjour attaquée est fondée sur deux motifs tirés, d'une part, du dépassement de la durée légale du travail sous couvert d'un titre de séjour " étudiant " et, d'autre part, de l'absence de progression dans les études de M. A. S'agissant du premier motif, le préfet pouvait légalement appliquer des dispositions règlementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la durée maximale du travail sous couvert d'un titre de séjour portant la mention "étudiant" dès lors que l'accord franco-togolais précité renvoie à la législation interne pour tous les points non réglés par lui. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A exerçait depuis le mois de septembre 2019 une activité de surveillance nocturne d'un internat pour un établissement d'enseignement privé qui l'a embauché par contrat à durée indéterminée. Compte tenu de la nature de cette activité, le préfet n'était pas fondé, dans les circonstances particulières de l'espèce, à reprocher à M. A un dépassement du nombre d'heures. Le premier motif de refus invoqué par le préfet dans la décision en litige est donc infondé.

5. S'agissant du motif de refus tiré de l'absence de progression dans les études, il ressort des pièces du dossier que M. A a vécu, de 2015 à 2017, au sein de la congrégation des Frères de Saint-Jean en Saône-et-Loire où il a étudié la philosophie et la théologie. Après avoir quitté la congrégation, il a poursuivi l'étude de la philosophie à l'université catholique de Lyon où il a validé une licence de philosophie avec la mention assez bien lors de l'année universitaire 2017-2018 puis le master de " Philosophie de la religion " avec la mention Assez bien lors de l'année universitaire 2019-2020. Pendant son master, il a en outre obtenu, dans la même université, le diplôme universitaire portant la mention " Religion, liberté religieuse et laïcité " ainsi que le diplôme universitaire portant la mention " Gestion des conflits, médiation et interculturalité ". Le doyen de l'université catholique a souligné, dans une lettre de recommandation du 8 juin 2021, son sérieux et son implication dans ses études. Toutefois, après avoir obtenu son master, il a entrepris une formation post-bac d'assistant de service social d'une durée de trois ans. S'il est inscrit en deuxième année de cette formation pour l'année 2022-2023, il ressort des relevés de notes produits qu'il a validé la première année au terme de deux années d'études. Dans une lettre explicative versée à l'instance, il expose au tribunal que, n'ayant pas trouvé de débouché professionnel après ses études de philosophie, il s'est tourné vers une formation du secteur social davantage en lien avec ses engagements associatifs, notamment les maraudes à destination des sans-abris auxquelles il a participé. Toutefois et sans nier le mérite du requérant à participer à ces maraudes, la formation post-bac d'assistant de service social représente une régression par rapport aux études qu'il a déjà suivies Par suite, le préfet était fondé, en application de l'article 9 de la convention franco-togolaise, à refuser de renouveler le titre de séjour portant la mention "étudiant" dont il bénéficiait pour le seul motif de l'absence de progression dans ses études.

6. Pour les motifs exposés au point précédent, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation et de l'erreur manifeste qu'il aurait commise dans l'appréciation des conséquences de la décision de refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A doivent être écartés. Le requérant fait par ailleurs valoir qu'il se trouverait dans la même situation que lors du précédent renouvellement de son titre de séjour, cette circonstance est sans influence sur la légalité du refus de titre de séjour attaqué. Enfin, il ne peut utilement soutenir qu'il aurait droit à un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas demandé de titre de séjour sur ce fondement, si bien que le préfet, qui n'était pas tenu d'examiner son droit au séjour à ce titre, n'a pas commis une erreur de droit. De la même manière, dès lors que M. A n'a pas demandé la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article 11 de la convention franco-togolaise, il ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de cet article.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 et de ce que M. A, célibataire sans enfants à charge, ne fait valoir aucune attache familiale en France et n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu l'essentiel de sa vie et où résident sa fratrie d'après les pièces du dossier, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne méconnaît pas son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Sabatier.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

C. Michel

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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