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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206756

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206756

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantHAZIZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 septembre 2022 et les 14 et 25 mars 2024, Mme C A, représentée par Me A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du Rhône a refusé de reconnaître imputable au service, son accident du 1er décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de reconnaître son accident du 1er décembre 2021 imputable au service ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens de l'instance.

Mme A soutient que :

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 822-18 et L. 822-22 du code général de la fonction publique, dès lors que sa tentative de suicide qu'elle a déclarée comme accident de service résulte directement de l'entretien mené le 1er décembre 2021, qui a dépassé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et a été à l'origine d'un choc émotionnel ;

- l'administration ne peut dénier la réalité de sa tentative de suicide, qui a été reconnue par le médecin de prévention ;

- elle a subi un interrogatoire disciplinaire pendant plusieurs heures, alors qu'elle n'a pas été informé au préalable des motifs précis de cet entretien, et n'a pas pu prendre connaissance de son dossier ni être assisté de son conseil.

Par un mémoire en défense enregistré 7 février 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requérante tendant à adresser des injonctions à l'administration sont irrecevables ;

- l'entretien du 1er décembre 2021 s'est déroulé dans le cadre normal d'une audition administrative et ne saurait être qualifié " d'événement soudain et violent " susceptible d'être qualifié d'accident de service ;

- les faits rapportés par la requérante sont entachés d'inexactitude matérielle ;

- le médecin de prévention a précisé qu'il n'avait pas retenu " la prétendue tentative de suicide " de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations de Me A, représentant Mme A, et de Mme B, représentant le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A qui a été recrutée le 1er septembre 2009 à la direction générale des finances publiques en qualité de contrôleure stagiaire des finances publiques, a été titularisée le 1er septembre 2010 puis a rejoint la direction régionale des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône, le 1er septembre 2020, ayant atteint le grade d'inspecteur des finances publiques. L'administration ayant été informée de sa condamnation après comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité du 28 mai 2021 pour des faits d'escroquerie et de tentative d'escroquerie, Mme A a été auditionnée le 1er décembre 2021 par le directeur du pôle pilotage et ressources. A l'issue, elle a rencontré le médecin de prévention, qui a estimé que sa situation de santé relevait d'une urgence médicale, et Mme A a alors été prise en charge par une équipe médicale et admise aux urgences du centre hospitalier du Vinatier. Le 3 décembre 2021, la requérante a adressé à son employeur, une déclaration d'accident de service en lien avec les événements du 1er décembre 2021. Le conseil médical départemental, saisi de cette demande de reconnaissance d'un accident de service, a émis un avis défavorable le 21 juillet 2022 au motif que " le lien direct n'est pas établi et que les causes sont multifactorielles ". Par une décision du 28 juillet 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du Rhône a refusé de reconnaître son accident du 1er décembre 2021 imputable au service.

2. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. () II. Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service.

3. D'autre part, aux termes de l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ".

4. En premier lieu, un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il en va ainsi lorsqu'un suicide ou une tentative de suicide intervient sur le lieu et dans le temps du service, en l'absence de circonstances particulières le détachant du service. Il en va également ainsi, en dehors de ces hypothèses, si le suicide ou la tentative de suicide présente un lien direct avec le service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

5. Si, en l'espèce, Mme A soutient avoir tenté de se suicider à l'issue de son entretien du 1er décembre 2021, alors qu'elle se trouvait dans le bureau du médecin de prévention, et que cette tentative de suicide constituerait ainsi un accident imputable au service, il ressort cependant des pièces du dossier que Mme A a adressé, dès le 3 décembre 2021, à son administration, un formulaire de déclaration d'accident de service en lien avec les événements du 1er décembre 2021, qui comporte des éléments contradictoires dès lors que s'il fait état non seulement de l'audition du 1er décembre 2021 et de son état de santé psychologique qui en serait résulté, il ne fait cependant jamais état d'une tentative de suicide. Par ailleurs, si Mme A produit un certificat médical daté du 3 décembre 2021 indiquant une " tentative de suicide par défenestration sur son lieu de travail dans le bureau du médecin de prévention. ", ce certificat repose sur les seuls éléments déclaratifs de Mme A et n'est étayé par aucune autre pièce médicale probante permettant d'établir que l'intéressée aurait effectivement tenté de se suicider le 1er décembre 2021 alors que le bulletin de situation du 1er décembre 2021 du centre hospitalier Le Vinatier n'en fait pas état et que le certificat du 7 novembre 2022 d'un médecin exerçant au centre médico-psychologique de Villeurbanne ne repose, à nouveau, que sur ses propres déclarations. En outre, il ne ressort pas davantage du document rédigé par le médecin psychiatre du centre hospitalier Le Vinatier qui a examiné Mme A, le 8 février 2022, à la demande de l'administration, que l'intéressée aurait tenté de se suicider, le document indiquant d'ailleurs " je ne retrouve pas de fait générateur au sens médico-légal du terme et dans le cadre du travail ayant pu conduire à la maladie dont souffre Mme A " et que " en conséquence, " l'accident " déclaré n'est pas imputable au service ". Enfin, s'il est vrai que dans un compte-rendu du 6 septembre 2022 le médecin de prévention relate avoir fait le constat le 1er décembre 2021 d'une " détresse psychique " de l'intéressée, de ce qu'elle évoquait des idées suicidaires, et de ce que, s'étant absenté quelques instants de son bureau au cours de son entretien avec Mme A, il a entendu du bruit et constaté qu'elle avait tenté d'ouvrir la fenêtre, celle-ci lui ayant en outre indiqué " avoir eu l'intention de " sauter " ", ce même médecin a clairement indiqué dans un courrier électronique du 14 décembre 2021 adressé à l'administration qu'il n'a pas retenu " la qualification de tentative de suicide " lors de la prise en charge de Mme A, " compte tenu en particulier des constats matériels du contexte ", dès lors que les persiennes métalliques rigides étaient abaissées et que les fenêtres du bâtiment ne pouvaient pas être ouvertes mais seulement entrebâillées, ce que Mme A ne pouvait ignorer dès lors qu'elle occupait un bureau dans lequel le système permettant l'entrebâillement des fenêtres était absolument identique. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces éléments et dès lors que la configuration des fenêtres du bâtiment rendait impossible toute défenestration, ce que ne pouvait ignorer Mme A, en l'absence de pièces médicales probantes, il n'y a pas lieu de considérer que la requérante aurait tenté de se suicider, le 1er décembre 2021, ni même qu'elle aurait clairement manifesté une intention suicidaire.

6. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du Rhône a fait une inexacte application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son " accident " du 1er décembre 2021. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions à fin d'injonction et au titre des dépens de l'instance.

D É C I D E

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, où siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

C. Bertolo

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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