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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206782

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206782

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMALEKIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Malekian, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 6 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français et l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles ne respectent pas les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses effets sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire contrevient aux dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où les motifs qui la justifient manquent en fait et ne caractérisent pas un risque de fuite ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans portent une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces ont été produites le 9 septembre 2022 par le préfet du Rhône.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme G les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2022, Mme G a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Malekian, avocate de M. C, qui a soutenu que les décisions étaient entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas compris qu'il pouvait bénéficier d'un avocat et d'un médecin à la suite de son interpellation ; les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, lui faisant interdiction de retour et l'assignant à résidence sont entachées d'une erreur de droit, ou à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'il dispose de garanties de représentation, étant hébergé par un ami depuis 2019 et que son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace à l'ordre public ; il justifie d'une intégration sociale et professionnelle ;

- les observations de M. C, requérant, assisté de M. D, interprète en langue arabe ; il a soutenu qu'il était arrivé en France en 2017, qu'il n'avait fait aucune démarche pour régulariser sa situation administrative, ni n'avait exécuté la précédente mesure d'éloignement et les interdictions de retour sur le territoire français, à défaut de savoir comment procéder ; il a indiqué vouloir rester en France pour régulariser sa situation ;

- les observations de M. A, pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 13 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 23 décembre 1994, indique, dans le dernier état de ses allégations, être arrivé en France en juillet 2017. Il demande l'annulation des décisions du 6 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme F E, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire des décisions en litige, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, non contestés ici, la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les différentes décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Elles sont par suite motivées.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, à la suite de son interpellation, a été assisté, le 6 septembre 2022, d'une interprète en langue arabe qu'il a indiqué comprendre, lors de la mise en œuvre de la mesure administrative à son encontre en vue de lui faire obligation de quitter le territoire français et de l'assigner à résidence. Il ressort du procès-verbal établi à cette date, qu'il a contresigné, qu'il a été informé de ses droits à ce titre par cette interprète et qu'il a souhaité renoncer à son droit d'être assisté d'un avocat et n'a pas voulu être examiné par un médecin au cours de la mesure. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions contestées seraient entachées d'un vice de procédure à défaut d'avoir compris ses droits.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. En l'espèce, M C, qui résiderait en France depuis cinq ans, n'a entamé aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de dix-huit mois qui lui a été notifiée le 9 mai 2020, pas plus qu'à la suite d'une interdiction de retour complémentaire de dix mois datée du 1er février 2021, alors qu'il avait été incarcéré entre-temps, après sa condamnation par jugement du tribunal judiciaire de Lyon du 11 mai 2020 à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage et menace d'une arme sans incapacité et violence dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs sans incapacité. Il ne justifie d'aucune attache privée ou familiale en France ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle, ayant exercé une activité de coiffeur sans être déclaré. L'immatriculation au registre du commerce et des sociétés d'une société de travaux d'installation électrique à son nom le 21 février 2022 est particulièrement récente, sans activité réelle démontrée, et alors qu'il n'est titulaire d'aucun certificat de résidence pour exercer une activité à ce titre. Alors qu'il ne conteste pas que l'ensemble de sa famille réside en Algérie, le préfet du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie personnelle.

8. En deuxième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il ne fait état d'aucun élément susceptible d'établir qu'il pourrait être exposé à des risques personnels en cas de retour en Algérie.

9. En dernier lieu, si le requérant fait valoir que cette décision est, en outre, entachée d'une erreur de droit, il n'assortit pas, y compris à l'audience, ce moyen de précision suffisante pour permettre au juge d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire :

10. En application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire si le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et s'il existe un risque, sauf circonstances particulières, que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Un tel risque de fuite est caractérisé, notamment quand l'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ou qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ou qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ou qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

11. Tout d'abord, à supposer même que les faits ayant conduit à la condamnation pénale de M. C, le 10 mai 2020, à trois mois d'emprisonnement pourraient être regardés comme des faits isolés ne caractérisant pas un comportement constituant une menace à l'ordre public à la date de la décision en litige, le requérant ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y maintenir sans titre de séjour, ne pas avoir exécuté une précédente mesure d'éloignement et ne pas vouloir retourner en Algérie. De plus, s'il produit une attestation datée du 9 septembre 2022 par laquelle un ami indique qu'il l'héberge à Vaulx-en-Velin depuis le 4 octobre 2019, il apparaît que M. C mentionnait, dans un procès-verbal du 9 mai 2020 versé aux débats, ne pas avoir de domicile fixe et vivre habituellement à Lyon, et dans un procès-verbal du 1er février 2021 également produit, vivre dans le quartier Charpennes à Villeurbanne. Ainsi, il ne peut être regardé comme disposant d'un hébergement effectif et stable. Il ne présente pas davantage de documents d'identité et de voyage en cours de validité. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision refusant au requérant un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Par ailleurs, en raison de ce qui a été dit au point 7 et dans la mesure où le requérant n'avance ici aucun autre argument nouveau, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Enfin, le moyen tiré du non-respect de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier la portée et le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'ensemble de la famille de M. C réside en Algérie. Par ailleurs, il n'établit, ni n'allègue que sa vie ou sa liberté serait menacée ou qu'il pourrait être exposé à des risques de persécution en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination contreviendrait aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. En premier lieu, M. C fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à une interdiction de retour sur le territoire français. Cette mesure ne présente pas un caractère disproportionné, au regard de sa vie privée et familiale et de ses conséquences sur sa situation personnelle, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, alors qu'il ne réside en France que depuis cinq ans, sans avoir au demeurant entamé aucune démarche pour régulariser sa situation et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français et de deux interdictions de retour sur ce territoire. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est justifiée légalement dans son principe et sa durée. Elle n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de ces conséquences sur sa situation personnelle.

17. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, M. C n'établit pas que cette interdiction contreviendrait à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que cette décision ne respecterait pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier la portée et le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

19. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () "

20. M. C est assigné à résidence, pour une durée de 45 jours, dans le département du Rhône où il est autorisé à circuler muni de documents justifiant de sa situation administration et de sa résidence avenue Salengro à Vaulx-en-Velin. La décision n'est par suite entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant à son lieu d'hébergement à cette adresse. La circonstance que son comportement ne caractériserait pas une menace à l'ordre public est ici sans incidence.

21. Par ailleurs, les moyens tirés d'une erreur de droit et de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par l'assignation à résidence ne sont pas assortis des précisions nécessaires pour permettre au juge d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet du Rhône du 6 septembre 2022. Les conclusions à fin d'annulation qu'il présente doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

La magistrate désignée,

K. G

La greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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