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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206810

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206810

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022, Mme B D C, représentée par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est insuffisamment motivé en droit puisque l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas cité ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, à moins que le préfet n'établisse que le collège des médecins de l'OFII a été saisi préalablement ainsi que l'identité du médecin-rapporteur et des médecins ayant siégé au sein du collège ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré a été présentée le 12 décembre 2022 par Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise, a demandé le 16 novembre 2021 au préfet du Rhône la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé. Par une décision du 19 août 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée est suffisamment motivée et ne révèle aucun défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). ".

4. En l'espèce, le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis le 23 mai 2022 dont il ressort que le médecin ayant rédigé le rapport n'a pas siégé dans le collège. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière n'est pas fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru tenu de suivre le sens de l'avis du collège des médecins.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre depuis sa naissance d'une drépanocytose de type " homozygote SS ". Elle est suivie, depuis le mois de février 2021, à l'hôpital Edouard Herriot de Lyon au service de médecine vasculaire qui constitue un " centre de référence " pour le traitement de la drépanocytose. Le médecin qui assure son suivi dans ce centre, atteste dans plusieurs certificats versés à l'instance que la drépanocytose chez la requérante se manifeste en particulier par des crises vaso-occlusives fréquentes, de l'ordre de 2 à 3 crises graves par an nécessitant une hospitalisation, en plus des 6 crises mensuelles environ que Mme C peut gérer à domicile avec des antalgiques. La requérante a ainsi été hospitalisée à cause de graves crises vaso-occlusives en octobre 2021, mai 2022 et septembre 2022. Il ressort des pièces médicales versées à l'instance que la fréquence de ces crises, qui affectent la circulation sanguine et le fonctionnement de plusieurs organes, rend nécessaire un traitement de fond par le médicament Siklos 1000g (hydroxycarbamide) afin de limiter leur intensité. Ainsi qu'il ressort notamment de l'avis rendu le 25 mai 2011 par la Haute Autorité de Santé, le traitement par le médicament Siklos 1000g, dont il n'existe pas de substitut ayant la même visée thérapeutique, requiert un suivi par un médecin spécialiste de la drépanocytose compte tenu des graves effets secondaires qu'il est susceptible d'engendrer. Ainsi, à la date de la décision attaquée, Mme C est suivie depuis plus d'un an dans le centre de référence pour la drépanocytose de l'hôpital Edouard Herriot et prend le traitement par Siklos 1000g (hydroxycarbamide) à raison d'un comprimé par jour.

6. Le collège des médecins de l'OFII a estimé dans son avis du 23 mai 2022 que l'état de santé Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort du rapport de l'Union Européenne sur les structures médicales du Cameroun (MedCOI pour " Country of Origin Medical Information ") mis à jour le 1er mars 2016 que le Cameroun ne disposait pas à cette date d'un programme national de prise en charge de la drépanocytose mais qu'un suivi par un médecin généraliste pouvait être assuré et qu'en cas de crises vaso-occlusives, des analgésiques et vasodilatateurs étaient disponibles. Si le Siklos 1000g est cité dans ce rapport comme n'étant pas disponible au Cameroun et s'il n'apparaît non plus dans la liste nationale des médicaments et autres produits pharmaceutiques essentiels du Cameroun à jour au 30 janvier 2017, ces documents sont anciens par rapport à la décision attaquée. L'attestation rédigée par un pharmacien de l'hôpital de district de Soa n'est pas non plus de nature à établir l'indisponibilité du Siklos 1000g dès lors qu'elle est peu précise et non datée. Enfin, il n'est pas démontré que les crises vaso-occlusives ne pourraient être prises en charge efficacement par les structures hospitalières locales afin d'en limiter les effets lorsqu'elles surviennent, si besoin au moyen de transfusions, sans que le traitement de fond par le Siklos ne soit nécessaire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait contraire aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, née le 26 juillet 1993, est entrée en France le 5 octobre 2020, soit moins de deux ans avant la décision attaquée. Elle a suivi et obtenu, en 2020-2021, un master spécialisé " Stratégies de développement et territoires " à l'école de management de Normandie. Elle produit une attestation postérieure à la décision attaquée selon laquelle elle serait hébergée par sa sœur habitant à Villeurbanne. Célibataire et sans enfants à charge, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident encore ses parents. Par suite, elle n'est pas fondée, en tout état de cause, à soutenir que la décision attaquée serait contraire à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la requérante n'établit pas l'impossibilité pour elle de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine si bien que le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, en l'absence de tout argument spécifique, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire au droit de la requérante au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés précédemment. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de la requérante.

Sur la fixation du délai de départ volontaire :

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

Sur la fixation du pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Gillioen.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, où siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

C. Michel

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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