lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206838 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | GUERAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022, et un mémoire en réplique enregistré le 31 octobre 2022, M. F A, représenté par Me Guerault, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant dix-huit mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de mettre fin à toute mesure de contrôle, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros HT à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sans qu'il ait bénéficié du droit d'être entendu, reconnu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant dix-huit mois est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 5 octobre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Guerault, pour M. A, qui a repris ses conclusions et moyens.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1988, est entré en France en juin 2019. Il a présenté une première demande d'asile, qui a été rejetée en dernier lieu le 9 décembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2020, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français. M. A, qui s'est maintenu en France en dépit de cette décision, a sollicité le 15 octobre 2021 le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par décision du 22 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 27 janvier 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 8 août 2022 la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant dix-huit mois. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur la légalité de l'arrêté du 8 août 2022 :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. C E, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain, titulaire d'une délégation de signature à cet effet en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G D par arrêté de la préfète de l'Ain en date du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain du 1er février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou mis à même de présenter des observations avant la décision en litige, il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier qu'il aurait pu faire valoir des éléments pertinents qui, s'ils avaient été connus de l'administration, auraient pu aboutir à un résultat différent, s'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, tel que reconnu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, quand bien même elle ne fait pas état de la présence en France du frère du requérant, qui est âgé de 34 ans, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant à charge. S'il indique être hébergé en France chez son frère, qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié, il est entré récemment en France, à l'âge de 31 ans, après avoir vécu l'essentiel de sa vie en Albanie, et s'y maintient en dépit d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Compte tenu du caractère récent du séjour en France de M. A, qui n'y justifie pas d'une intégration particulière, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. M. A soutient être exposé à des traitements dégradants ou inhumains en cas de retour en Albanie. Toutefois, il n'en précise pas la nature et ne produit par ailleurs aucun élément de nature à établir la réalité de ses craintes. Par suite, et alors d'ailleurs que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. En premier lieu, M. A fait valoir que la préfète de l'Ain n'a pas pris en compte la présence en France de son frère, chez lequel il serait hébergé, et de sa mère, sans toutefois établir, en se bornant à produire une attestation de demande d'asile valable jusqu'en avril 2022, la présence en France de cette dernière, ni au demeurant le fait qu'il serait hébergé chez son frère, alors que l'adresse qu'il a mentionnée dans sa requête n'était pas celle de son frère. Toutefois, et à supposer même que la préfète de l'Ain ait été informée de la présence en France du frère du requérant, elle a pu, sans entacher sa décision d'un défaut d'examen de sa situation, estimer, alors que le requérant est âgé de 34 ans et qu'il n'établit pas de liens particuliers avec son frère, que M. A " ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français qui justifierait qu'il lui soit laissé la possibilité d'y revenir à brève échéance. " Par suite, son moyen tiré du défaut d'examen réel de sa situation doit être écarté.
12. Enfin, pour prendre sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, la préfète de l'Ain a relevé le fait que M. A se maintenait sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il ne dispose d'aucune attache familiale proche en France, où il est entré récemment et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits d'excès de vitesse et de conduite sans permis de conduire, non contestés par le requérant. Eu égard à ce qui a été indiqué sur la situation personnelle du requérant, et alors que le bénéfice d'un délai de départ volontaire a pu lui être régulièrement refusé, la seule invocation par M. A de la présence en France de son frère, avec lequel il n'établit pas disposer de lien particulier, et de sa mère, qui n'est pas suffisamment établie par les pièces du dossier, ne caractérise en l'espèce aucune circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6 précité, et la préfète n'a entaché sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'aucune erreur d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 8 août 2022 attaqué est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Thierry BLa greffière,
Sophie Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026