mercredi 14 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206857 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LEFEVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire de production enregistrés le 12 septembre 2022 et le 13 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Lefevre, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 10 septembre 2022 par lesquelles le Préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 18 mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui interdisant le retour en France entraine une atteinte disproportionnée au droit à sa vie privée et familiale.
Le Préfet du Rhône a présenté des mémoires de production, enregistrés les 13 et 14 septembre 2022.
La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la désignation d'office de Me Lefevre,
- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Lefevre, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens ;
- et les observations de Mme C pour le Préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en fin d'année 2018. Par décisions du 13 avril 2021, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire dans le délai, l'a interdit de retour pendant la durée d'un an et a fixé le pays de destination. Par décisions du 10 septembre 2022, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire dans le délai, l'a interdit de retour pendant une durée de 18 mois et a fixé le pays de destination. M. B conteste ces dernières décisions.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne les moyens communs :
3. En premier lieu, par arrêté du 21 avril 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le 22 avril 2022, le préfet du Rhône a donné délégation à M. F G, sous-préfet, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence n'est pas fondé.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué révèle par ses motifs qu'il a été pris après examen de sa situation familiale et personnelle, constatant que celui-ci ne justifiait de liens personnels ou familiaux suffisamment intenses, stables ou anciens. La décision attaquée indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, cette décision, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mais uniquement ceux qui fondent la décision du préfet, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire français doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. M. B soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est présent en France depuis 2018 et qu'il réside en compagnie de sa concubine, ressortissante française et de l'enfant de celle-ci, âgé de huit ans. Toutefois, en se bornant à produire une attestation de Mme E D déclarant vivre avec le requérant à son domicile situé à Vénissieux (Rhône), sans préciser la durée ni la nature de leurs relations, alors même que M. B a fait l'objet le 13 avril 2021 d'une assignation à résidence à Mâcon (Saône-et-Loire) pour une durée de six mois renouvelable, qu'il n'a pas contesté au demeurant, le requérant ne démontre aucunement l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut. Il ne justifie pas davantage de son insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des éléments produits en défense, non contestés, d'une part, que l'intéressé a été interpellé le 17 février 2022 par les services de la police nationale en présence de résine et d'herbe de cannabis, puis placé en garde à vue pour des faits de vol par effraction commis entre le 26 et le 27 septembre 2020, et d'autre part, qu'il est connu de la base du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) sous la même et une autre identité pour avoir été signalisé le 11 janvier 2021 pour des faits de " vol à l'étalage " et le 1er mars 2021 pour des faits de " vol avec ruse, effraction ou escalade ". En outre, M. B, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, s'y maintient en dépit de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 13 avril 2021, méconnaissant ainsi une mesure de police administrative prise à son encontre par une autorité publique, laquelle était au surplus assortie d'une interdiction de retour sur ce même territoire pour une durée d'un an. Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, et compte tenu de ses conditions de séjour, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
7. Le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'autorité administrative peut refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger présente un risque de soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Selon les dispositions des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, une telle situation peut résulter, sauf circonstance particulière, de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de garanties suffisantes de représentation, notamment parce que l'étranger ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ou encore s'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts.
8. Il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, le préfet du Rhône s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Or, si l'intéressé soutient que le préfet ne justifie pas les raisons pour lesquelles il présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, il ne conteste pas la menace qu'il présente pour l'ordre public. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Or, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il s'y maintient en situation irrégulière malgré la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 13 avril 2021, laquelle était assortie d'une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an, et qu'il ne justifie aucunement de liens privés et familiaux en France où il est, de surcroît, défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, le préfet du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 10 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, en fixant le pays de destination, ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'interdiction de retour.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
12. Les conclusions présentées par M. B, partie perdante dans la présente instance, doivent être rejetées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet du Rhône.
Copie sera adressée à l'association Forum réfugiés.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 14 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
P. Borges-Pinto
La greffière,
N. Oudji
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026