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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206864

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206864

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. C E, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à la part contributive liée à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont signées par un auteur incompétent ;

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est contraire à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est contraire à l'intérêt supérieur de son enfant au sens du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré 21 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. E ne sont pas fondés.

Par une décision du 21 octobre 2022, la demande d'aide juridictionnelle de M. E a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Guillaume, avocate de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant marocain né le 6 septembre 1990, est entré en France le 15 octobre 2016 muni d'un visa long séjour en qualité de travailleur saisonnier. Il a obtenu un titre de séjour en cette qualité valable du 15 octobre 2016 au 14 octobre 2019. Le 14 octobre 2019 puis, par un courrier du 25 mai 2020 reçu le 29 mai 2020, il a sollicité du préfet du Rhône la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " avant de se raviser et de demander un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 17 juin 2020, le préfet a rejeté sa demande en examinant uniquement son droit au séjour en qualité de salarié. Par un jugement n° 2004333 du 20 novembre 2020, le tribunal a annulé cette décision pour défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé et a enjoint au préfet du Rhône de réexaminer sa demande. Par une décision du 16 août 2022 dont il demande l'annulation, le préfet du Rhône a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées du 16 août 2022 ont été signées par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et du pays de destination manque ainsi en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'délivrance d'un titre de séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est marié, le 25 janvier 2020, avec une ressortissante algérienne titulaire d'un titre de séjour d'une durée de dix ans, avec laquelle il a eu une enfant née le 22 juillet 2020. La communauté de vie a débuté à leur mariage, soit deux ans avant la décision attaquée et ils disposent, depuis le mois de juin 2021, de leur propre appartement. Il résulte de ces premiers éléments que M. E est éligible à la procédure de regroupement familial, si celle-ci est demandée par son épouse, si bien qu'il ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. E se prévaut également de la présence en France de ses parents, de son frère et de sa sœur, tous étant titulaires de titres de séjour d'une durée de dix ans en cours de validité. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 26 ans, vraisemblablement sans ses parents et frère et sœur compte tenu de nature des titres de séjour de ceux-ci. En outre, M. E ne peut utilement se prévaloir de l'expérience professionnelle acquise entre septembre 2017 et octobre 2019 dans le salon de coiffure tenu par son beau-frère puisqu'il était alors en France sous couvert d'un titre de travailleur saisonnier qui lui imposait, en application de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de maintenir sa résidence habituelle hors de France et de limiter ses séjours en France à six mois par an. Enfin, s'il fait valoir que son épouse a une nationalité différente de la sienne, il n'est pas démontré que le couple et leur fille âgée de deux ans à la date de la décision attaquée ne seraient pas admissibles dans l'un de leurs deux pays d'origine. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfants. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du même code et plus largement quant aux conséquences de sa décision

sur sa situation personnelle.

5. En second lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire du 28 novembre 2012 doit être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

7. En l'absence de tout argument spécifique, les moyens selon lesquels la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs exposés au point 4 du présent jugement.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses concluions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Sabatier.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

C. Michel

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

4

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