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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206885

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206885

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour suite à sa demande déposée le 20 juillet 2017 ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter du présent jugement et de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication de motifs ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler :

- il existe une décision de refus de délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler dès lors que M. B s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable du 8 février au 7 mai 2021 qui ne l'autorisait pas à travailler et qui n'a pas été renouvelé ;

- cette décision méconnaît les articles L. 431-3 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- ces décisions sont constitutives d'une faute, de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- leur illégalité fautive a entraîné un préjudice moral, un préjudice financier et des troubles dans ses conditions d'existence ; M. B est fondé à en solliciter l'indemnisation pour un montant qui ne saurait être inférieur à 15 000 euros.

La procédure a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 1er janvier 1972, déclare être entré en France le 8 août 2007, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes valable du 22 juillet au 21 août 2007. Le 15 mai 2017, il a épousé Mme C, ressortissante de nationalité française, à Meyzieu (Rhône). Le 20 juillet 2017, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint de ressortissant français. Le silence gardé par le préfet du Rhône sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 20 novembre 2017, dont le requérant demande l'annulation. Le 8 février 2021, M. B a reçu un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 7 mai 2021 et ne l'autorisant pas à travailler. Il déclare que, depuis l'expiration de ce récépissé, il n'est pas parvenu à en obtenir le renouvellement malgré ses demandes répétées. Il sollicite donc l'octroi d'un récépissé l'autorisant à travailler. Enfin, M. B a, par courrier électronique du 5 juillet 2022, saisi le préfet du Rhône d'une demande d'indemnisation à hauteur de 2 000 euros en réparation du préjudice subi. Il sollicite donc la réparation des préjudices causés par la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour et par la décision de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article R.311-12, devenu l'article R.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1, devenu l'article R. 432-2 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Aux termes de l'article L. 313-11, devenu l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le 15 mai 2017, M. B a épousé Mme C, ressortissante de nationalité française, à Meyzieu (Rhône). Il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme C ont une adresse commune. Des amis du couple attestent de la réalité de leur vie commune non contestée en défense. Dans ces conditions, la communauté de vie de M. B et de Mme C ressortissante française devant être regardée comme établie, la décision de refus de titre de séjour a méconnu les dispositions citées ci-dessus.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite, née le 20 novembre 2017, par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne le récépissé de demande de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 311-4, devenu l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La détention d'une attestation de demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sauf dans les cas expressément prévus par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. () ". Aux termes de l'article R. 311-6 alors en vigueur du même code: " Le récépissé de la demande de première délivrance d'une carte de séjour prévue à l'article L. 313-8, aux 1°, 2° bis, 4°, 6°, 8°, 9° de l'article L. 313-11, aux articles L. 313-21, L. 313-24, L. 313-25 et L. 313-26, aux 1° et 3° de l'article L. 314-9, à l'article L. 314-11, à l'article L. 314-12 ou à l'article L. 316-1, ainsi que le récépissé mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 311-4 autorisent son titulaire à travailler. () ".

7. En l'espèce, le 20 juillet 2017, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant que conjoint de ressortissant français. Le préfet du Rhône a délivré à M. B un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 8 février au 7 mai 2021 et n'autorisant pas son titulaire à travailler. Dans ces conditions, le préfet du Rhône a méconnu les dispositions des articles L. 3114 et R. 311-6 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les annulations prononcées par le présent jugement impliquent qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de délivrer au requérant une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Les refus illégaux de délivrer à M. B un titre de séjour et un récépissé de demande de titre de séjour autorisant à travailler constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices directs et certains qui ont pu en résulter depuis le 20 novembre 2017, date de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour.

11. En premier lieu, si M. B se prévaut d'une promesse d'embauche établie à son profit le 25 mars 2022, cette seule promesse d'embauche comme manœuvre dans une entreprise de travaux publics n'établit pas, alors que le requérant soutient être atteint de pathologies graves diagnostiquées au mois de mai 2021, que les fautes commises ont eu pour effet de le priver d'une chance sérieuse d'occuper un emploi. Par suite, la réalité du préjudice invoqué n'est pas établie.

12. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence invoqués par M. B, résultant du refus illégal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, qui doivent être regardés comme établis, en évaluant l'indemnité due à ce titre à la somme de 1 000 euros.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme globale de 1 000 euros, en réparation du préjudice subi du fait du refus illégal de titre de séjour que lui a opposé le préfet du Rhône et du refus illégal de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du préfet du Rhône refusant de délivrer un titre de séjour à M. A B et la décision refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme totale de 1 000 euros en réparation des préjudices subis.

Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Le président,

M. Clément L'assesseure la plus ancienne,

C. RizzatoRendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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