jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LSCM & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 septembre 2022 et 8 août 2024, M. B et Mme F D, représentés par la SELARL L.S.C.M. et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le maire d'Alba-la-Romaine a délivré un permis de construire à M. A pour la réalisation d'un bâtiment avicole et d'un hangar à fientes ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Alba-la-Romaine et de M. A la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt pour agir ;
- le permis de construire attaqué est entaché d'incompétence, faute d'une délégation du maire au bénéfice de son signataire ;
- ce permis méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche relatives aux distances que doivent respecter les installations d'élevage par rapport aux cours d'eau ;
- il méconnaît les dispositions de l'article A 2 du règlement annexé au plan local d'urbanisme de la commune d'Alba-la-Romaine ;
- il méconnaît les dispositions de l'article A 3 de ce même règlement et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire, enregistré le 24 mars 2024, la commune d'Alba-la-Romaine, représentée par la SELAS Cabinet Champauzac, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir et que les obligations de notification imposées par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ne sont pas respectées ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 6 août 2024, M. E A, représenté par la SELARL Bardet Lhomme, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2024 à 16 h 30.
Par lettre du 14 novembre 2024, le tribunal a informé les parties de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, des moyens tirés de la méconnaissance du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche et de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- et les observations de Me Lavisse, substituant Me Champauzac, pour la commune d'Alba-la-Romaine.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé en mairie d'Alba-la-Romaine, le 24 janvier 2022, une demande de permis de construire pour la réalisation d'un bâtiment avicole et d'un hangar à fientes. Par arrêté du 13 avril 2022, le maire de cette commune a délivré l'autorisation d'urbanisme ainsi sollicitée. M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler cette autorisation d'urbanisme, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux formé contre ce permis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité des moyens :
2. Aux termes de R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, () les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () / Le président de la formation de jugement, ou le magistrat qu'il désigne à cet effet, peut, à tout moment, fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens lorsque le jugement de l'affaire le justifie. () ".
3. Il résulte des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme qu'un moyen nouveau présenté après l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense est, en principe, irrecevable. Il est toujours loisible au président de la formation de jugement de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens s'il estime que les circonstances de l'affaire le justifient. Il doit y procéder dans le cas particulier où le moyen est fondé sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont la partie concernée n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense et est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire.
4. Les moyens présentés par les requérants dans leur mémoire enregistré le 8 août 2024, postérieurement au délai de deux mois à compter de la communication du premier mémoire en défense qui a eu lieu le 27 mars 2023, tirés de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et du règlement sanitaire départemental de l'Ardèche, distincts des moyens soulevés dans la requête introductive d'instance, ne sont fondés sur aucune circonstance de fait ou de droit dont les requérants n'auraient pu faire état avant l'expiration de ce délai. En application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, ces deux moyens doivent par suite être écartés comme irrecevables.
En ce qui concerne le bien-fondé des moyens :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".
6. Le permis de construire en litige a été signé par M. C, adjoint au maire, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire d'Alba-la-Romaine datée du 9 juillet 2020, consentie notamment à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article A 2 du règlement annexé au plan local d'urbanisme de la commune d'Alba-la-Romaine, dans sa version alors applicable : " Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières : () Les occupations et utilisation du sol, admises dans la zone, sont autorisées si elles se situent à plus de dix mètres de part et d'autre des berges des ruisseaux. () ". Pour l'application de ces dispositions, constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année.
8. Il ressort des pièces du dossier que le hangar à fientes et le bâtiment avicole seront respectivement implantés à plus de 40 et 60 mètres du ruisseau des Faysses, qui s'écoule à l'ouest du terrain d'assiette du projet. L'implantation des bâtiments projetés est également prévue à plus de 10 mètres de l'un des bras de ce ruisseau existant au nord de ce terrain. Si les requérants soutiennent, sur la base des mentions du plan de zonage du plan local d'urbanisme et d'un extrait du cadastre, qu'un deuxième bras prenant sa source dans ce même ruisseau traverse le terrain d'assiette, à l'emplacement des bâtiments projetés, il ressort des pièces produites par la commune, en particulier du courriel du 6 avril 2022 rédigé au cours de l'instruction du permis de construire en litige par l'adjoint au chef de pôle " eau " du service environnement de la direction départementale des territoires précisant que la cartographie départementale des cours d'eau n'identifie pas ce bras, que le tracé auquel se réfèrent les requérants correspond au lit naturel d'un cours d'eau déclassé, car asséché depuis plusieurs années, et désormais identifié comme un fossé. Les requérants, qui n'apportent aucun élément permettant de remettre en cause cette appréciation, n'établissent pas que ce fossé serait toujours alimenté en eau et, qu'ainsi, le lieu d'implantation des bâtiments projetés serait traversé par un cours d'eau. Dès lors, ils n'établissent pas la méconnaissance par le projet de l'article A 2 précité du règlement du plan local d'urbanisme.
9. En dernier lieu, en vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article A3 du règlement annexé au PLU de la commune d'Alba-la-Romaine : " - Accès • Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur le fonds voisin. • Lorsque le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies publiques, l'accès s'effectue sur la voie de moindre importance ou sur celle qui présente une moindre gêne ou un moindre risque pour la circulation. • La disposition des accès doit assurer la sécurité des usagers et leurs abords doivent assurer la visibilité en étant situés en des points les plus éloignés des carrefours, des virages et autres endroits où la visibilité est mauvaise. • Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique et satisfaire aux possibilités d'interventions des Services d'incendie et de secours. () / 2 - Voiries : • Les voies doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche des véhicules des Services d'incendie et de secours, de la protection civile et d'enlèvement des ordures ménagères. ()".
10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par le chemin de Luas, situé au sud du terrain d'assiette. S'il est constant qu'une portion de ce chemin n'est pas goudronnée, les pièces versées aux débats permettent d'établir qu'il est carrossable. Par ailleurs, à supposer même établie l'exactitude des mesures reportées par les requérants sur les vues aériennes, ces derniers ne démontrent pas, compte tenu notamment de la circonstance que les accotements sont praticables, que tant les engins agricoles, dont il n'est pas contesté qu'ils empruntent déjà sans difficulté ce chemin, que les véhicules des services d'incendie et de secours ne pourraient circuler sur ce chemin, même au point indiqué comme le plus étroit, où la chaussée présente, selon les requérants, une largeur de seulement 2,70 mètres. Ainsi, compte tenu, d'une part, de la faible fréquentation du chemin, situé dans un secteur peu construit, d'autre part, de l'objet du projet, qui n'induira pas un important flux supplémentaire de circulation, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le chemin communal desservant le projet ne permet pas une circulation sécurisée des usagers de la voie et n'est pas adapté à l'approche des véhicules des services d'incendie et de secours. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance par le maire des dispositions de l'article A 3 précité du règlement relatives à la voirie et de l'erreur manifeste appréciation commise par cette même autorité dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doivent être écartés.
11. Ensuite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès projeté au droit du chemin de Luas, suivi sur le terrain d'assiette d'une plateforme de retournement suffisamment spacieuse pour les manœuvres des véhicules agricoles, ne permettrait pas de garantir la sécurité des usagers de cet accès, qui offre de bonnes conditions de visibilité et présente des dimensions adaptées à l'opération en litige. Par suite, à supposer que les requérants aient bien entendu critiquer l'accès projeté au regard des dispositions précitées de l'article A3 relatives aux accès, ce moyen doit être écarté.
12. Enfin, en se bornant à soutenir que " se pose inévitablement la question de la desserte en long de la parcelle bâtie " et de " la viabilité d'un raccordement supplémentaire " sur la canalisation existante desservant déjà trois propriétés, les requérants n'assortissent pas le moyen tiré de l'erreur manifeste appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune d'Alba-la-Romaine et de M. A, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants la somme globale de 1 400 euros, à verser à la commune d'Alba-la-Romaine et à M. A, au titre des frais exposés par chacun d'eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et Mme F D est rejetée.
Article 2 : M. et Mme D verseront une somme globale de 1 400 euros à la commune d'Alba-la-Romaine en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. et Mme D verseront une somme globale de 1 400 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D, à la commune d'Alba-la-Romaine et à M. A.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026