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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206902

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206902

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont signées par un auteur incompétent ;

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas pris en compte son expérience professionnelle en France et n'a pas sollicité de pièces nouvelles pour actualiser son dossier ;

- il méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle méconnaît le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré 24 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le jugement n°2101542 rendu le 29 avril 2022 par le tribunal administratif de Lyon ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Guillaume, avocate de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant algérien né le 27 janvier 1979, est entré en France le 4 mai 2014. Le 29 décembre 2014, il a demandé au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " pour raison de santé. Par des décisions du 29 octobre 2015, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Sa requête dirigée contre ces décisions a été rejeté par le tribunal administratif de Lyon dans son jugement n°1510180 du 12 juillet 2016. Le 3 juin 2017, il a épousé une ressortissante française. Il a par la suite été mis en possession d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " valable du 25 avril 2018 au 24 avril 2019. Le 5 septembre 2019, il a demandé au préfet du Rhône le renouvellement de ce certificat ainsi que la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans. Une décision implicite de refus a été annulée par le tribunal le 29 avril 2022, par un jugement n°2101542, pour méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Après avoir réexaminé la demande de M. D, le préfet du Rhône a pris les décisions du 16 août 2022, attaquées dans la présente requête, par lesquelles il a refusé une nouvelle fois de délivrer un titre de séjour à M. D, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées du 16 août 2022 ont été signées par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et du pays de destination manque ainsi en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, M. D soutient que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle au motif qu'il n'a pas fait mention de son expérience professionnelle dans la décision attaquée et qu'il ne lui a pas demandé de produire des pièces récentes permettant d'actualiser son dossier. Toutefois, il ne conteste pas les termes de la décision attaquée selon lesquels il a demandé un certificat de résidence en qualité de conjoint de Français et non en qualité de salarié. Par ailleurs, il lui appartenait de compléter son dossier de toute pièce utile à la suite de l'injonction de réexamen prononcée par le tribunal. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a travaillé en intérim d'août 2017 à la date de la décision attaquée de manière très régulière. Si cette expérience est ancrée dans la durée, elle ne présente pas de caractère stable dès lors que les multiples contrats d'intérim qu'il a signés ont duré entre quelques jours et quelques semaines. Par ailleurs, il est hébergé chez un tiers et n'a aucun membre de sa famille en France. Il ne conteste pas les mentions de la décision attaquée selon lesquelles ses quatre sœurs et ses trois frères vivent en Algérie, pays dans lequel il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Compte tenu de l'ensemble de ses éléments, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait contraire au respect de son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

5. En dernier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Cependant, elles n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien ne remplissant pas l'ensemble des conditions auxquelles l'accord subordonne la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour sont dépourvues de valeur réglementaire et ne constituent pas des lignes directrices dont l'intéressé peut utilement se prévaloir devant le juge. En l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

7. En l'absence de tout argument spécifique, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 4 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

8. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de délivrance d'un titre séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Sabatier.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

C. Michel

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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