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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206922

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206922

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOUHALASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Bouhalassa, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande d'autorisation de regroupement familial présentée au profit de Mme B ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de faire droit à la demande de regroupement familial présentée au profit de Mme B ou, à défaut, de procéder au réexamen de la situation de celle-ci dans le délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le refus critiqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de leur situation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 modifié conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissants algériens respectivement nés en 1942 et 1953, M. et Mme B demandent l'annulation de la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande d'autorisation de regroupement familial présentée au profit de Mme B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Traduisant un examen de la situation particulière des requérants, la décision critiquée, qui fait en particulier état du fondement de la demande de M. et Mme B et explicite le motif de son rejet, comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation des requérants doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : / () 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée le 5 octobre 2021 au profit de Mme B, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance que celle-ci résidait déjà irrégulièrement sur le territoire français. Pour contester cette décision, M. et Mme B exposent qu'ils remplissaient les conditions de ressources et de logement prévues par les stipulations de l'accord franco-algérien et que la présence en France de Mme B se justifie par la nécessité pour celle-ci d'assister son mari dans la vie quotidienne en raison de ses problèmes de santé. Toutefois, alors que la situation de dépendance de M. B vis-à-vis de son épouse n'est pas documentée et que le visa sous couvert duquel Mme B est entrée en France n'était valable que jusqu'au 1er juillet 2019, c'est sans méconnaître les stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que le préfet du Rhône a opposé aux requérant la présence irrégulière de Mme B sur le territoire français.

5. Pour soutenir que la décision de refus de regroupement familial qu'ils contestent porte une atteinte excessive à leur vie privée et familiale, M. et Mme B font valoir la présence en France de leur fils et de leurs trois petits-enfants ainsi que les problèmes de santé rencontrés par M. B. Toutefois, compte tenu des effets de la décision en litige et de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances invoquées ne permettent pas davantage de considérer que le refus critiqué résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 4 juillet 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions des requérants présentées au titre des frais d'instance et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à Mme C B ainsi qu'à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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