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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206953

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206953

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 26 septembre 2022, la société Guinguette Chambod, représentée par Me Moutoussamy, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod a résilié la convention valant titre d'occupation du domaine public dont elle est titulaire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod de reprendre les relations contractuelles ;

3°) de mettre à la charge du syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- le 21 juin 2021, une convention tripartite d'occupation domaniale a été conclue avec le syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod et Electricité de France pour une parcelle cadastrée D 2343 située sur le territoire de la commune de Serrières-sur-Ain, au lieudit Le Bettet ;

- alors que cette convention d'occupation du domaine public devait expirer de plein droit le 31 décembre 2032, par courrier du 14 janvier 2022, le syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod lui a indiqué engager une procédure de résiliation de la convention au motif d'une prétendue inexécution de ses conditions par le bénéficiaire ; ce premier courrier a été retiré mais la procédure a été engagée à nouveau par courrier du 5 avril 2022 ; la résiliation a été prononcée le 30 mai 2022 ;

- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, la société soutient que la résiliation est intervenue au terme d'une procédure irrégulière faute de procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code de relations entre le public et l'administration ; la décision est entachée d'incompétence ; les motifs de la résiliation ne sont pas fondés, dès lors que le paiement de la redevance d'occupation le 14 février 2022 ne justifie pas une résiliation et que le grief d'occupation illégale du domaine public n'est pas avéré ; la décision a été prise en violation du principe de personnalité des peines ;

- s'agissant de l'urgence, elle est avérée compte tenu de l'imminence des effets de la décision de résiliation de la convention, qui fera obstacle à la continuité de l'activité de la société ; la résiliation va à l'encontre des intérêts publics.

Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2022, le syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier, et notamment la requête n° 2205264 enregistrée le 8 juillet 2022, par laquelle la société Guinguette Chambod demande l'annulation de la décision litigieuse ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Moutoussamy pour la société Guinguette Chambod qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; l'article 20 de la convention prévoit une procédure préalable de suspension de celle-ci qui pouvait être mise en œuvre ; l'exécution de la résiliation n'a pas eu lieu dès lors que les lieux restent occupés par la société ; de nombreux investissements ont été réalisés et le chiffre d'affaires de la société est de 500 000 euros sur les deux saisons concernées ; l'indemnisation de la société serait couteuse pour le syndicat ; aucun motif d'intérêt général ne peut justifier la résiliation ; le retard de paiement n'est pas établi en absence de date pour la notification du titre de paiement ; en tout état de cause, un retard minime de paiement ne justifie pas la résiliation ; le motif tiré du stationnement illégal n'est pas plus fondé et en tout état de cause aucune demande d'enlèvement du véhicule n'a été faite.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il résulte de l'instruction que la société Guinguette Chambod exploitait en vertu d'une convention d'occupation du domaine public conclue le 21 juin 2021, avec la société Electricité de France et le syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod, pour une période se terminant le 31 décembre 2032, un local sur le site de l'île Chambod (Ain). Par décision du 30 mai 2022 le président du syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod a résilié cette convention pour faute de la société avec effet 3 mois après notification. Il n'est pas contesté que la société Guinguette Chambod a pour seule activité l'exploitation d'un restaurant dans le local objet de la convention. Dans ces conditions, la résiliation litigieuse apparaît de nature à mettre en cause la survie économique de la société requérante. Par suite, alors que la société soutient sans être contredite avoir cessé l'exploitation mais ne pas avoir quitté les locaux, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

3. Pour résilier de la convention d'occupation du domaine public, le président du syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod s'est fondé sur les seuls motifs tirés du paiement tardif de la redevance due pour l'année 2021 et de l'occupation illégale par un employé de la société du parking de la société. Il résulte de l'instruction que le moyen tiré de l'illégalité de la résiliation pour faute sur le fondement de ces deux motifs doit être regardé comme un moyen sérieux présenté à l'appui de la demande de suspension de la décision en litige.

4. Il résulte de tout ce qui précède, en l'absence d'intérêt public s'y opposant, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de résiliation en date du 30 mai 2020 et la reprise provisoire des relations contractuelles.

5. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 30 mai 2022, par laquelle le président du syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod a résilié la convention d'occupation du domaine public dont était titulaire la société Guinguette Chambod est suspendue.

Article 2 : Il est ordonné au syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod de reprendre les relations contractuelles avec la société Guinguette Chambod jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 3 : Le syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod versera une somme de 1 000 euros à la société Guinguette Chambod au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Guinguette Chambod et au syndicat mixte pour l'aménagement et l'équipement de l'île Chambod.

Fait à Lyon le 27 septembre 2022.

Le juge des référés,

M. ALa greffière,

T. ZaabouriLa République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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