mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 26 juillet 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois suivant notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- elles sont signées par un auteur incompétent ;
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de motivation de l'avis rendu par la commission du titre de séjour qui s'est réunie dans une composition irrégulière ;
- la préfète a commis une erreur de droit en s'abstenant d'apprécier l'ensemble des éléments relatifs à son expérience professionnelle et à la promesse d'embauche qu'il a produite ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle est fondée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle est fondée ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle est fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Guillaume, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 3 septembre 1979, est entré régulièrement en France en avril 2011, muni d'un visa de court séjour valable du 22 avril au 1er mai 2011. L'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la validité de son visa et a sollicité, le 24 août 2017, son admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du 18 octobre 2021, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Dans un jugement n° 2109208 du 4 mars 2022, le tribunal a annulé ces décisions pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de la Loire a alors réexaminé la demande de M. A en saisissant cette fois la commission précitée et, par des décisions du 26 juillet 2022 dont M. A demande l'annulation, a de nouveau refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l'ensemble des décisions :
2. Les décisions attaquées ont été signées par M. E D, sous-préfet de Montbrison, titulaire d'une délégation de signature à cet effet en cas d'absence de M. Schuffenecker, secrétaire général, par arrêté de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
Sur le refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 précité n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.
5. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. ". La commission du titre de séjour, réunie le 15 avril 2022, a rendu un avis qui a été communiqué au requérant le 10 juin 2022. Cet avis, dont la préfète produit la version complète, comporte une motivation détaillée. Par ailleurs, si M. A soutient qu'une personne non habilitée était présente lors de la séance de la commission du titre de séjour, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit du rapporteur cité à l'article R. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne participe pas à la délibération des membres de la commission. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission du titre de séjour doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, la préfète ne s'est pas bornée à indiquer qu'il ne justifiait d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune circonstance humanitaire. Elle a pris en compte les documents présentés par M. A, en particulier la promesse d'embauche par un plombier-chauffagiste et le formulaire de demande d'autorisation pour conclure un contrat de travail rempli par cet employeur, et a relevé qu'il n'était pas démontré que M. A était particulièrement qualifié pour cet emploi, tant au regard de sa formation que de son expérience, et qu'il n'était pas allégué ni établi que le secteur connaissait des difficultés de recrutement. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.
8. En troisième lieu, M. A fait valoir qu'il vivait en France depuis onze ans à la date de la décision attaquée et qu'il pourrait être employé en qualité de peintre en décoration orientale pour laquelle il a obtenu une promesse d'embauche le 26 avril 2021 ou bien en qualité de plombier chauffagiste pour laquelle il a obtenu une promesse d'embauche le 23 septembre 2021, réitérée le 8 avril 2022. Toutefois, il n'établit ni même n'allègue avoir exercé une activité salariée sur le territoire français depuis qu'il s'y trouve et ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il disposerait d'un diplôme, d'une qualification ou d'une expérience professionnelle particulière s'agissant de l'une des promesses d'embauche en qualité de peintre ou de plombier chauffagiste qui lui ont été proposées. Dans ces conditions, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser sa situation par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la mère de M. A a résidé en France sous couvert d'un titre de séjour d'une durée de dix ans jusqu'à son décès le 4 décembre 2020, que les deux frères et la sœur du requérant sont en possession de titres de séjour d'une durée de dix ans en cours de validité. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et de ce que M. A, célibataire sans enfants, a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans dans son pays d'origine où réside sa sœur ainée, la préfète de la Loire, dans les circonstances de l'espèce, n'a pas, en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", méconnu son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
11. En l'absence de tout argument spécifique, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 9 du présent jugement.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
12. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de titre de séjour.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. Il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni en tout état de cause de celle de la décision portant refus de titre de séjour.
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Loire.
Copie en sera adressée à Me Bescou.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, où siégeaient :
Mme Michel, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
C. C
La présidente,
C. Michel
La greffière
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026