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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206975

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206975

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Thinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai de 30 jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour sur lequel elle est fondée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la fixation du pays de destination :

- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de la Loire a produit des pièces les 14 octobre et 10 novembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant albanais né le 26 avril 1955, est entré sur le territoire français le 2 septembre 2019. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 12 novembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 8 septembre 2021, il a demandé à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé. Par des décisions du 25 juillet 2022 dont M. C demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Les décisions en litige sont signées par M. E D, sous-préfet de Montbrison, ayant reçu délégation de la préfète de la Loire par un arrêté du 12 juillet 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Eta.t ".

4. Dans son avis émis le 8 février 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. La préfète de la Loire a estimé dans la décision attaquée que M. C ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans sa requête, M. C n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la préfète. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que celle-ci aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, M. C soutient que son épouse et son fils se trouvent en France. Toutefois, il ne produit aucune pièce permettant d'établir leur présence ni ne donne d'information sur la date de leur entrée ou sur les conditions de leur séjour. Par suite et faute de précisions, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (..) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger (). ".

7. En premier lieu, M. C fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, d'une part le refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas illégal comme il a été dit ci-dessus, d'autre part l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur le refus de délivrance d'un titre de séjour mais sur le refus d'asile opposé à M. C. L'exception d'illégalité doit ainsi être écartée.

8. En l'absence de tout argument spécifique, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement.

Sur la fixation du pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". M. C n'apporte aucun élément sur la nature des risques pour sa vie qu'il dit encourir dans son pays d'origine. Faute de précisions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Loire.

Copie en sera adressée à Me Thinon.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, où siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

C. Michel

La greffière

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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