jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | KADRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022, M. B C, représentée par Me Kadri, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 8 février 2022 de la préfète de la Loire rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou un titre de régularisation, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision lui refusant le séjour a été prise par une autorité incompétente ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Un mémoire en défense a été enregistré pour le préfet du Rhône le 24 octobre 2022, qui conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, demande l'annulation des décisions du 8 février 2022 de la préfète de la Loire rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
2. En premier lieu, la décision de refus de séjour du 8 février 2022 a été signée par M. Thomas Michaud, secrétaire général, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 1er septembre 2021, publié le 13 septembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien prévoient que : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ; " L'article 11 de cet accord stipule également que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation ".
4. L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne soient pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il résulte des stipulations de l'article 10 de cet accord que le respect de la condition qu'elle pose tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité et que la condition tenant à la contribution aux besoins de l'enfant n'est pas cumulative avec celle de l'exercice de l'autorité parentale. Toutefois, ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant tunisien la délivrance du titre de séjour de dix ans lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. Aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale () ". En vertu des articles 373-2-1, 378 et suivants du code civil, le retrait de l'autorité parentale est prononcé par une décision du tribunal de grande instance et selon l'article 373-2 du même code, la séparation des parents est sans effet sur les règles de dévolution de l'exercice de l'autorité parentale.
6. Il ressort des pièces du dossier que M C est le père de deux enfants français nés le 22 octobre 2018 et le 11 août 2016, qu'il a reconnus à leur naissance. Ainsi, et en application des dispositions précitées, M. C exerce conjointement avec la mère l'autorité parentale sur ses enfants alors même qu'il est séparé de cette dernière, la circonstance que ses enfants aient fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative ne faisant pas obstacle, par elle-même, à l'exercice de cette autorité parentale. En l'espèce, en l'absence de toute décision du juge judiciaire lui ayant retiré l'exercice de l'autorité parentale, et alors qu'il était en situation régulière sur le territoire français lors de sa demande de titre de séjour, la préfète de la Loire ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien, au motif que M. C ne justifiait pas exercer une activité professionnelle ni disposer de ressources suffisantes et stables lui permettant de subvenir aux besoins de ses enfants.
7. En troisième lieu, toutefois, la préfète de la Loire a également fondé son refus sur la menace pour l'ordre public que représente le comportement de M. C. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que depuis son entrée sur le territoire français, le requérant est très défavorablement connu des services de police, pour des faits de violence intra-familiale, violence en réunion, menace de mort, usage de stupéfiants, recel, détention d'arme, et destruction de biens appartenant à autrui. D'autre part, le fichier de traitement de ses antécédents judiciaires mentionne de nombreuses condamnations pour des faits d'une particulière gravité, l'intéressé ayant en dernier lieu le 7 mars 2022 été condamné par le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay à 18 mois d'emprisonnement. Dans ces conditions, la préfète de la Loire a pu sans commettre d'erreur d'appréciation estimer que le comportement de M. C représentait une menace pour l'ordre public. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Loire aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ce seul motif, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour prise à l'encontre de M. C serait entachée d'erreur de droit doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France régulièrement le 25 octobre 2017, à la suite de son mariage en 2016 avec une ressortissante française. Toutefois, il ne justifie d'aucune intégration sociale et professionnelle. Il est en outre très défavorablement connu des services de police et a été condamné à de multiples reprises, notamment pour violences conjugales. Il ressort en outre des pièces du dossier que ses enfants ont fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative et d'un placement chez un tiers digne de confiance, le jugement en assistance éducative du 22 novembre 2021 du tribunal pour enfants de A E ayant relevé " des inquiétudes persistantes quant à la violence de M. C et sa capacité à répondre aux besoins de ses enfants de manière adaptée ". Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / (). ".
10. Il est constant que M. C s'est vu reconnaître par le jugement en assistance éducative du 22 novembre 2021 du tribunal pour enfants de F un droit de visite médiatisé une fois par mois. Toutefois, et alors qu'il a été placé en détention provisoire le 4 février 2022, il n'établit pas qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le rapporteur,
C. DLa présidente,
C. Michel
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026