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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207062

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207062

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantLAFORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 novembre 2022, Mme C A épouse B, représentée par Me Laforet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 25 août 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui accorder un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation en qualité d'épouse d'un étranger titulaire d'un titre de séjour " étranger malade " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé avec autorisation de séjour, à titre très subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité d'épouse d'un étranger titulaire d'un titre de séjour " étranger malade " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre très très subsidiaire de réexaminer sa situation en sa qualité d'épouse d'un étranger titulaire d'un titre de séjour " étranger malade " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé avec autorisation de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse B ne sont pas fondés.

Mme A épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée ;

- les observations de Me Laforet, avocat, représentant Mme A épouse B, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence et reprend les autres moyens de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante macédonienne, a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 février 2022. Elle a par ailleurs sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande l'annulation des décisions du 25 août 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui accorder un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions des 4° et 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et indique les motifs du refus de titre de séjour, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à Mme A épouse B la préfète de l'Ain s'est appropriée le sens de l'avis du 4 juillet 2022 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration estimant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette analyse, la requérante fait valoir qu'elle n'a pas les moyens financiers d'accéder aux soins dans son pays d'origine. Toutefois, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.

6. En dernier lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressée, cette dernière ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui du recours formé par Mme A épouse B contre la décision de refus de titre de séjour qui est motivée uniquement par le rejet de la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 25 août 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui accorder un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il est constant que Mme A épouse B est mariée à M. B. Ce dernier est titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 22 mai 2023 qui lui a été délivré en raison de son état de santé. La vie commune entre les époux, qui sont mariés depuis trente-six ans selon les déclarations de la requérante, n'est pas contestée et Mme A épouse B produit en outre un certificat médical selon lequel elle doit être hébergée dans la même chambre que son époux. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige a porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle méconnaît par suite les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A épouse B est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 août 2022 par laquelle la préfète de l'Ain l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

12. Le présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français, implique seulement que l'autorité administrative réexamine la situation de Mme A épouse B et lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Il y a par suite lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer la situation de Mme A épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Mme A épouse B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Laforet, avocat de Mme A épouse B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laforet de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 août 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a obligée Mme A épouse B à quitter le territoire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de réexaminer la situation de Mme A épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Laforet une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Laforet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme A épouse B sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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