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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207126

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207126

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantAUGOYARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 20 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Augoyard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités a décidé de l'affecter à compter du 1er septembre 2022, dans l'intérêt du service, au sein du lycée polyvalent Saint-Exupéry à Valserhône ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance, notamment de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique et des dispositions du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- les faits reprochés ne sont pas établis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, la décision mutant Mme C dans l'intérêt du service étant une mesure d'ordre intérieur ;

- à titre subsidiaire,

- le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2023.

Le 11 octobre 2023, une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée par le tribunal, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, tendant à ce que le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes produise tout élément permettant de justifier de la résidence administrative de Mme C avant l'arrêté du 19 juillet 2022 et de sa résidence administrative depuis le 1er septembre 2022.

Le 11 octobre 2023, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes a produit un mémoire en réponse à la mesure supplémentaire d'instruction diligentée par le tribunal qui a été communiqué le même jour à Mme C.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 70-738 du 12 août 1970 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- les observations de Me Augoyard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 20 juin 2017, Mme C a été titularisée et affectée à compter du 1er septembre 2017, en qualité de conseillère principale d'éducation au sein du collège Ampère d'Oyonnax. Par un courrier du 30 juin 2022, dont l'intéressée a accusé réception le 4 juillet 2022, le recteur de l'académie de Lyon l'a informée de ce qu'il engageait à son encontre, une procédure de mutation d'office dans l'intérêt du service. Alors que Mme C a pu consulter son dossier individuel, le 13 juillet 2022 et a présenté des observations écrites le 18 juillet suivant, par un arrêté du 19 juillet 2021, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités a prononcé sa mutation d'office dans l'intérêt du service au sein du lycée polyvalent Saint-Exupéry de Valserhône, à compter du 1er septembre 2022. Mme C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination, est irrecevable.

3. En l'absence de toute disposition légale définissant la résidence administrative d'un agent public, il appartient à l'autorité compétente, de déterminer, sous le contrôle du juge, les limites géographiques de la résidence administrative. Si la résidence administrative s'entend en général de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent, il en va différemment dans le cas où l'activité du service est organisée sur plusieurs communes. Dans cette hypothèse, il incombe à l'autorité compétente, sous le contrôle du juge, d'indiquer à ses services quelles communes constituent une résidence administrative unique. Lorsque l'autorité compétente n'a pas procédé à cette délimitation, la résidence administrative s'entend, par défaut, de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent.

4. En l'espèce, en réponse à la mesure d'instruction qui lui a été adressée le 11 octobre 2023, le recteur de l'académie de Lyon a indiqué au tribunal, le même jour, qu'il n'existait pas d'acte définissant la résidence administrative des agents affectés dans un établissement scolaire de cette académie. En l'absence d'un tel acte, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la résidence administrative d'un agent affecté dans un établissement scolaire relevant du rectorat de l'académie de Lyon s'entend, par défaut, de la commune où se trouve le service auquel il est affecté. Or, Mme C était affectée, depuis le 1er septembre 2022, au sein du collège Ampère d'Oyonnax et l'arrêté contesté du 19 juillet 2021, qui a pour objet de prononcer sa mutation d'office dans l'intérêt du service au sein du lycée polyvalent Saint-Exupéry de Valserhône, emporte pour l'intéressée un changement de résidence administrative. Dans ces conditions, compte tenu de ses effets, cette décision fait nécessairement grief à la requérante et ne constitue pas une simple mesure d'ordre intérieur. La fin de non-recevoir opposée en défense doit, par suite, être écartée.

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".

6. La décision attaquée, qui a été prise dans l'intérêt du service, n'appartient à aucune des catégories mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant et doit être écarté.

7. Une mutation d'office revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

8. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté contesté du 19 juillet 2021, que pour prononcer la décision attaquée, le recteur de l'académie de Lyon s'est fondé d'une part, sur les difficultés relationnelles de Mme C avec la direction de l'établissement ainsi qu'avec différents services et personnels, et d'autre part, sur les conséquences de cette situation sur le fonctionnement du collège Ampère d'Oyonnax. Si la requérante soutient que cette décision constituerait une sanction disciplinaire déguisée, elle se borne à faire état de ce que la mesure prise à son encontre aurait été prise " en raison (de son) comportement supposé ", et de ce qu'elle affecterait gravement sa situation personnelle et professionnelle, dès lors qu'elle engendre des conséquences financières importantes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment, en premier lieu, du courriel de M. A, chef d'établissement, adressé à l'inspectrice d'académie, le 4 décembre 2020, qui fait état de paroles et comportements violents et inadaptés à l'égard de plusieurs élèves mais également de ce qu'au cours des réunions d'équipe de direction, les personnes présentes ont témoigné de tensions croissantes entre Mme C et l'équipe de direction, rendant tout travail de partenariat entre la direction et la requérante impossible voire contreproductif, que le comportement de la requérante nuit au bon fonctionnement de l'établissement scolaire. En outre, en second lieu, il ressort du rapport du 17 mai 2022 de la mission d'enquête administrative diligentée sur la manière de servir et le comportement de Mme C, que cette dernière manifeste à l'égard de la direction et plus particulièrement du principal du collège, une animosité et une attitude de contestation et de refus de la hiérarchie qui cristallise les positions et encourage la défiance de certains enseignants envers l'équipe de direction, que la requérante fait montre d'un dénigrement constant de l'équipe de direction et du chef d'établissement et d'une remise en cause parfois publique du pouvoir hiérarchique. Enfin, ce rapport qui souligne que Mme C adopte fréquemment des termes inappropriés à l'égard des élèves et un comportement vindicatif et virulent à l'égard des agents, préconise la mutation dans l'intérêt du service de l'intéressée, au sein d'un autre établissement, afin de retrouver un fonctionnement apaisé au sein du collège et de permettre à cet agent d'améliorer sa pratique professionnelle et sa posture de fonctionnaire.

9. Ainsi, dès lors que ce sont précisément les difficultés relationnelles de Mme C avec la hiérarchie de son collège mais également avec de nombreux agents et élèves qui ont motivé l'arrêté contesté, ces difficultés, dont la requérante ne nie à aucun moment l'existence, nuisant au bon fonctionnement de l'établissement et ne pouvant être résolues autrement que par la mutation de l'intéressée dès lors qu'il devenait nécessaire de restaurer l'autorité du chef d'établissement et de l'équipe de direction mais également de " former Mme C d'une part, aux problématiques éducatives afin qu'elle améliore ses pratiques professionnelles de CPE ainsi que le service rendu aux usagers et d'autre part, à la construction d'une posture adaptée de fonctionnaire, garante du bon fonctionnement du service public qui l'emploie ", l'arrêté en litige, dont la requérante ne justifie par aucun élément versé au dossier qu'il entrainerait une dégradation de sa situation professionnelle ni davantage qu'il serait né de la volonté du recteur de l'académie de Lyon de la sanctionner disciplinairement l'intéressée, ceux-ci ne figurant pas au nombre des motifs de la décision attaquée, ne saurait être considéré comme étant constitutif d'une sanction disciplinaire déguisée. Par suite, Mme C n'étant pas fondée à soutenir que l'arrêté du 19 juillet 2022 constituerait une telle sanction, les moyens tirés du vice de procédure, de l'erreur de fait et du détournement de procédure doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme C doit être rejetée en ce comprises ses conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes, recteur de l'académie de Lyon, chancelier des universités

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise au disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La présidente-rapporteure

A. Baux L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

C. Bertolo

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

2

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