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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207144

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207144

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, M. F A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125) demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 12 juillet 2022 par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen sérieux et préalable de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 23 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 septembre 2022, Mme Collomb, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Paquet qui, après avoir rappelé le parcours de M. A B, soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant compte tenu des liens affectifs existants entre le requérant et son fils âgé de quatre ans ; elle indique également se désister du moyen tiré de ce que la décision portant prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle soutient que cette décision est disproportionnée au regard des dispositions de l'article L. 251-6 du même code ;

- les observations de Me Morisson -Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, né le 16 juin 1988, est entré en France le 14 décembre 2014. Le 29 décembre 2021, il a sollicité son admission au séjour. Par des décisions du 12 juillet 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 12 septembre 2022, le préfet de l'Isère a placé l'intéressé en rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures à la suite de sa levée d'écrou le 20 septembre suivant. Cette mesure a été prolongée de vingt-huit jours par ordonnance du juge des libertés et de la détention en date du 22 septembre 2022. M. A B demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer l'annulation des décisions en date du 12 juillet 2022.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.

4. M. A B a été placé en rétention administrative par une décision du préfet de l'Isère en date du 12 septembre 2022 qui lui a été notifiée le 20 septembre suivant. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du même jour obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 juillet 2022 refusant à M. A B la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant relatives à la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Les décisions attaquées, en date du 12 juillet 2022, ont été signées par Mme E C, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet en date du 2 février 2022, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, la décision attaquée indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, cette décision, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de l'Isère aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ".

9. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Isère a relevé, d'une part, que l'épouse de nationalité roumaine de M. B exerce une activité professionnelle à temps partiel qui ne peut être considérée comme une activité réelle et effective, qu'elle ne justifie pas de ressources suffisantes pour elle sa famille composée de l'intéressé, de leur enfant mineur et de son fils majeur né d'une précédente union et qu'elle n'établit pas davantage disposer d'une assurance maladie. Le requérant ne peut donc être considéré comme conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne qui satisfait aux conditions posées par les dispositions précitées du 1° et du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile. D'autre part, l'autorité préfectorale a relevé que M. A B ne peut pas davantage se prévaloir de la qualité de " membre de famille-UE " sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne justifie davantage que son enfant, né en 2018 de son union avec une ressortissante roumaine, bénéficie de ressources suffisantes afin de ne pas être une charge pour le système d'assistance sociale français ainsi que d'une assurance maladie appropriée.

10. M. A B soutient que le préfet de l'Isère a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne verse au débat aucun élément de preuve à l'appui de cette allégation concernant notamment le caractère suffisant des ressources dispose sa famille alors, au demeurant, qu'il ressort des pièces du dossier que les revenus de son épouse, qui s'élèvent à un montant de 789,12 euros pour le mois de novembre 2021, à 883,06 euros pour le mois de décembre 2021, à 912,39 euros pour le mois de janvier 2022, à 422,01 euros pour le mois de février 2022, à 935,44 euros pour le mois de mars 2022 et à 532,50 euros pour le mois d'avril 2022, sont inférieurs au montant du SMIC et que la famille a également bénéficié de 663,89 euros de prestations de la caisse d'allocations familiales au mois d'avril 2022. Le moyen doit, par suite, être écarté.

11. En quatrième lieu, dès lors que le requérant n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que le préfet de l'Isère n'a pas examiné le droit au séjour du requérant au regard de ces dispositions, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (.) ".

13. La décision contestée, qui vise les dispositions de l'article L. 251-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique également que le comportement de M. B, qui a été condamné, le 8 décembre 2015, à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour des faits de viol avec circonstance aggravante et vol avec arme, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public. Par suite, cette décision comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de l'Isère aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

1. 15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ().

16. M. A B fait état, d'une part, de son arrivée en France en 2000 où il a été pris en charge par une assistante sociale avant d'être placé dans un foyer et, d'autre part, de son mariage, célébré en 2012 en Italie, avec une ressortissante roumaine avec laquelle il vit depuis 2007, de la naissance sur le territoire français de leur premier enfant en 2018 et de la naissance à venir de leur deuxième enfant. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, qui a été condamné à une peine de dix ans de réclusion pour des faits commis en France en 2005, s'est volontairement soustrait à la justice française avant d'être interpellé en décembre 2014 en exécution d'un mandat d'arrêt européen. En outre, il n'est pas contesté que l'épouse du requérant ne justifie pas d'un droit au séjour en France et les pièces versées au débat ne permettent pas d'établir l'intensité et la stabilité de sa vie privée et familiale depuis son incarcération. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait reconstituer sa cellule familiale avec son épouse et leur fils mineur ailleurs qu'en France, notamment en Italie où ils ont vécu plusieurs années. L'impossibilité pour son fils de poursuivre sa scolarité débutante dans un autre pays n'est pas davantage démontrée. D'autre part, si le requérant soutient que sa mère vit en Italie, sa sœur en France et qu'il a également de la famille en Allemagne, il ne l'établit pas alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa mère vit au Maroc où résident également son frère et ses quatre sœurs. Enfin, M. A B ne justifie d'aucun diplôme ni d'une formation qualifiante, ne fait état aucune perspective d'intégration socio-professionnelle en France. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

18. Si M. A B soutient qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son fils, né en France le 4 décembre 2018 avec lequel il a noué un lien affectif très fort, il n'établit cependant pas que l'enfant ne pourrait poursuivre sa scolarité débutante ailleurs qu'en France, notamment au Maroc ou en Italie où ses parents ont vécu pendant plusieurs années. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

19. Aux termes de L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

20. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Elle mentionne également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

21. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de l'Isère aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

22. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B a été condamné le 8 décembre 2015 à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour des faits de viol avec une circonstance aggravante et vol avec arme commis à Nîmes le 30 avril 2005 alors qu'il était mineur. L'intéressé est également défavorablement connu des forces de police pour faits de conduite sans permis, de refus de se soumettre à un contrôle pour détecter un usage de produits stupéfiants ou d'établir un état alcoolique, pour des faits du 28 septembre 2021 de recel d'un bien provenant d'un délit le 21 mai 2020, de violence dans un local administratif ou aux abords de celui-ci le 28 janvier 2020, des faits de violence commise en réunion le 4 juin 2019 ou encore de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion le 24 juillet 2018. De surcroît, la mesure d'aménagement de peine sous le régime de la semi-liberté dont bénéficiait M. A B depuis le 27 septembre 2021, a été retirée par un jugement du juge d'application des peines au tribunal judiciaire de Grenoble daté du 28 janvier 2022. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits reprochés à M. A B, à la circonstance que ce dernier s'est volontairement soustrait à la justice française en 2005 et qu'il n'a été interpellé qu'en décembre 2014 en exécution d'un mandat d'arrêt européen et, enfin, au risque de récidive qui doit être regardé comme établi compte-tenu de son comportement récent, le préfet de l'Isère a pu, à bon droit estimer, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y urgence à éloigner l'intéressé du territoire français et qu'il n'y avait en conséquence pas lieu de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

23. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Elle mentionne également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

24. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de l'Isère aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen et de l'erreur de droit qui s'en déduit doit être écarté.

25. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". En vertu de l'article L. 251-6 de ce même code, lequel renvoie aux sixième alinéa de l'article L. 251-1, l'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France et l'intensité des liens avec le pays d'origine.

26. M. A B soutient que la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français est disproportionnée au regard de sa situation personnelle dès lors que les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens et qu'il dispose désormais de liens affectifs stables et profonds sur le territoire national où résident son épouse qui est venue le rejoindre depuis l'Italie après son arrestation et leur fils mineur. Toutefois, comme il a été dit précédemment, le requérant, qui s'est soustrait à la justice française, n'a été condamné qu'en décembre 2015 pour les faits de viol avec circonstance aggravante et de viol commis en 2005. En outre, il s'est défavorablement fait connaître, et à plusieurs reprises, des services police et son comportement constitue donc une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Si M. A B se prévaut également de son ancrage familial en France, compte tenu de la présence de son épouse, du fils aîné de cette dernière et de sa sœur, seule la présence de son épouse, de nationalité roumaine, du fils majeur de cette dernière et leur fils âgé de quatre ans, est établie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'épouse du requérant, qui ne justifie d'aucun droit au séjour en France, ait une situation davantage ancrée en France alors, au demeurant, que le couple s'était établi en Italie avant l'arrestation de l'intéressé en exécution d'un mandat d'arrêt européen, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la libre circulation de M. A B.

27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation et aux titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La magistrate désignée,

C. D

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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