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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207190

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207190

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantKADRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation de l'article 19§2 du règlement du 26 juin 2013, l'Allemagne ne pouvant plus être regardée comme responsable de l'examen de sa demande d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés le 6 et le 7 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme de Lacoste Lareymondie pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Kadri, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibérée, produite pour M. A, a été enregistrée le 7 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme C qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du 29 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui ont conduit le préfet à ordonner le transfert de M. A aux autorités allemandes. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement susvisé du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'Etat membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'Etat membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre. ". Aux termes de l'article 12 du même règlement : " 2. Le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () ; / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un Etat membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des Etats membres. ". Aux termes de l'article 13 du même règlement : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. ". Enfin, aux termes de l'article 19 : " () 2. Les obligations prévues à l'article 18 paragraphe 1 cessent si l'Etat membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur () que la personne concernée a quitté le territoire des Etats membres pendant une durée d'au moins trois mois () ".

5. M. A, de nationalité kosovare, est entré en France pour la dernière fois selon ses déclarations le 10 avril 2022, en vue d'y demander l'asile, après l'échec d'une première demande faite en Allemagne en 2015. Sa demande a été enregistrée le 4 mai 2022. Il est constant, et ressort par ailleurs des pièces du dossier, que M. A est titulaire d'un visa délivré par les autorités allemandes, et valable du 22 décembre 2021 au 5 avril 2022. A la date de la décision en litige, ce visa était périmé depuis moins de six mois, de sorte qu'en application des dispositions précitées de l'article 7 du règlement du 26 juin 2013, l'Allemagne est l'Etat membre compétent pour l'examen de la demande d'asile du requérant. La circonstance, à la supposer établie, que M. A, serait reparti vivre au Kosovo en 2016 après avoir été éloigné de l'Allemagne suite au rejet de sa demande d'asile, est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse qui analyse la demande d'asile déposée le 4 mai 2022 comme une première demande pour l'application des critères de détermination de l'Etat membre responsable. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 19 du règlement du 26 juin 2013 est inopérant et ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, M. A déclare vivre en concubinage avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour régulièrement renouvelé, enceinte de leur premier enfant. Cependant, il n'apporte pas suffisamment d'éléments en vue de démontrer la réalité et la stabilité de cette relation, tandis que les pièces jointes au présent recours ne permettent pas de tenir pour établie la vie commune du couple, en tout état de cause très récente eu égard à la date d'entrée en France du requérant. Enfin, M. A n'établit à aucun moment avoir informé l'autorité administrative de sa situation familiale. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet, qui n'en fait pas mention dans sa décision, n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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