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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207198

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207198

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantWINDEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022 M. D A représenté par Me Windey, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Windey de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit d'observations mais a produit des pièces le 3 novembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 202Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 21 octobre 1990, de nationalité nigériane, déclare être entré en France le 17 mai 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides par une décision du 20 mars 2017, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 juillet 2017. Par une décision du 16 juillet 2018, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif du 19 novembre 2018, le préfet du Rhône a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il demande l'annulation de l'arrêté du 24 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a rejeté sa demande rendant à la délivrance d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et de son état de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 9 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles 3-1 de la Convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 et mentionne les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision précise les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. La circonstance que la décision attaquée mentionne seulement que M. A est père d'une petite fille sans préciser qu'elle est scolarisée en France n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. Par suite, la décision comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui la fondent et, par suite, est suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A avant de refuser de l'admettre au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation et celui tiré de l'erreur de droit doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L ' 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A était âgé de 31 ans et résidait en France, où il est entré de manière irrégulière, depuis six ans, sans avoir déféré à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 16 juillet 2018. S'il a eu une fille née en France au mois de janvier 2018 avec une compatriote, il ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle ni vie privée familiale intense, ancienne et stable alors notamment que la mère de sa fille fait également l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. En outre, M. A a vécu l'essentiel de son existence au Nigéria jusqu'à l'âge de 24 ans, où réside sa mère et où il dispose nécessairement d'attaches culturelles et sociales. S'il fait valoir l'impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale dans son pays d'origine en raison d'un conflit familial, il n'en justifie par aucune pièce versée au dossier. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Compte tenu des éléments indiqués précédemment, le requérant ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ni d'un motif exceptionnel au regard de son expérience et de ses qualifications qui justifierait son admission à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir que la décision exposerait sa fille à des risques d'excision si elle devait retourner au Nigéria. Toutefois, il se borne à se référer à des rapports internationaux datant de 2014 ou de 2015 et d'une décision de la Cour nationale du Droit d'Asile qui elle-même se base sur un rapport de 2013 sans apporter aucun élément précis et circonstancié de nature à établir que sa fille encourrait un risque réel, personnel et actuel, de subir une telle mutilation, ni qu'il serait dans l'impossibilité de lui accorder une protection. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

12. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqués, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dont serait entachée la mesure d'éloignement doit être écarté pour les motifs énoncés aux points 6 et 10 s'agissant du refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Rhône du 24 août 2022. Dès lors, la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Anne-Sylvie Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-PlanchetL'assesseure la plus ancienne

A.-S. Soubié

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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