lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | LARABI-HADI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Larabi-Hadi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour a été prise par une personne incompétente ;
- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision de refus de séjour méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une personne incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui excluent l'éloignement de parents étrangers d'enfants mineurs ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire a été prise par une personne incompétente ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui a produit une pièce enregistrée le 18 octobre 2022.
Par décision du 10 novembre 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Besse, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante nigériane née en 1994, est entrée en France en mai 2020. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 14 juin 2022. Par un arrêté du 31 août 2022, la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté du 31 août 2022 :
2. L'arrêté du 31 août 2022, par lequel la préfète de la Loire a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne comporte pas de décision de refus de séjour. Par suite, les moyens de la requête dirigés contre ce prétendu refus, dont Mme B ne demande d'ailleurs pas l'annulation, doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, et pour les motifs exposés au point 2, tirés de l'absence de décision de refus de séjour, Mme B ne peut exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
4. En deuxième lieu, la décision en litige a été signée par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". La décision en litige vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais applicables et précise les éléments de fait qui la fondent, à savoir le rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile de sa demande d'asile, ainsi que des éléments propres à la situation personnelle de Mme B. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
6. En quatrième lieu, l'obligation de quitter le territoire français en litige n'étant pas fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le comportement en France de Mme B, l'intéressée ne peut utilement soutenir que, dès lors qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, la décision serait entachée d'illégalité.
7. En cinquième lieu, et contrairement à ce que prétend Mme B, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait obstacle à ce que la préfète de la Loire prenne une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un parent d'enfant mineur étranger. Par suite, son moyen ne peut qu'être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B ne résidait en France que depuis deux années à la date de la décision en litige. Si elle fait état d'une relation de concubinage, son compagnon réside également en situation irrégulière en France. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés ne pourraient mener une vie familiale normale au Nigéria avec leur enfant, né en France en septembre 2020. Dans ces conditions, compte tenu de la durée de séjour en France de Mme B, qui n'y démontre pas une particulière insertion, et alors même que la requérante est enceinte d'un second enfant, circonstance qui ne saurait faire obstacle par elle-même à ce que la préfète de la Loire prenne à son encontre une mesure d'éloignement, et qu'elle soutient être dépourvue d'attaches familiales proches au Nigéria, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation familiale.
En ce qui concerne la fixation du délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, et pour les motifs exposés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale de trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire ne peut, dès lors, qu'être écarté.
12. En dernier lieu, Mme B fait valoir qu'elle est enceinte, le terme de sa grossesse étant fixé en janvier 2023, selon la pièce produite au dossier. Toutefois, en l'absence de tout élément médical établissant une impossibilité ou une contre-indication au voyage dans le délai de trente jours imparti par la décision du 31 août 2022 en litige, et sans qu'ait d'incidence par ailleurs le fait qu'elle est mère d'un premier enfant né en septembre 2020, le moyen tiré de ce qu'en fixant un délai de départ volontaire de trente jours la préfète de la Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions applicables et précise que la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas qu'elle encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est par suite suffisamment motivée.
14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Mme B fait état de craintes en cas de retour au Nigéria, où elle indique avoir subi des violences sexuelles de la part de son oncle et avoir été victime d'un réseau de prostitution. Toutefois, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations par ailleurs peu circonstanciées, et n'établit pas la réalité de risques actuels personnellement encourus en cas de retour dans son pays. Par suite, et alors que sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée, son moyen selon lequel la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 31 août 2022 attaqué est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.
Sur l'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme B tendant à la mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, d'une somme au titre de l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Thierry CLa greffière,
Sophie Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026