mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête n° 2207243, enregistrée le 26 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Sabatier (Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés), demande au tribunal :
1°) avant dire droit, d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui communiquer le rapport médical rendu par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel se serait fondé l'avis rendu par le collège de médecins ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour, ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa situation sur le fondement des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
- elle est entachée de vices de procédure au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète ne justifie pas avoir saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aucun élément ne permet d'établir que l'avis sur lequel la préfète s'est fondée a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement habilités par son directeur et aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est dépourvue de base légale, dans la mesure où la préfète a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non applicables aux ressortissants algériens, et alors qu'elle aurait dû mettre en œuvre son pouvoir général de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre par la préfète de son pouvoir général de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
- elles sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 2 novembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2022.
II) Par une requête n° 2207246, enregistrée le 26 septembre 2022, Mme C E épouse B, représentée par Me Sabatier (Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés), demande au tribunal :
1°) avant dire droit, d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui communiquer le rapport médical rendu par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel se serait fondé l'avis rendu par le collège de médecins ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour, ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa situation sur le fondement des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
- elle est entachée de vices de procédure au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète ne justifie pas avoir saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été pris au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et transmis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aucun élément ne permet d'établir que l'avis sur lequel la préfète s'est fondée a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement habilités par son directeur et aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est dépourvue de base légale, la préfète ayant refusé de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle aurait dû mettre en œuvre son pouvoir général de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre par la préfète de son pouvoir général de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
- elle sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 2 novembre 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2207243 et 2207246 concernent la situation de deux époux étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. M. et Mme B, ressortissants algériens nés respectivement les 12 novembre 1972 et 5 octobre 1985, mariés et parents de trois enfants, dont G et H B, nées le 4 novembre 2008, déclarent être entrés régulièrement en France le 19 décembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Ils demandent l'annulation des arrêtés du 30 août 2022 par lesquels la préfète de la Loire a rejeté leurs demandes tendant à la délivrance de titres de séjour en qualité de parent accompagnant d'enfant mineur malade, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. I J, sous-préfet de Saint-Etienne et secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes sur lesquels elles se fondent et précisent le contenu des avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni de l'ensemble des pièces des dossiers que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants, notamment au regard de l'intérêt supérieur de leurs filles, et aurait ainsi entaché ses décisions d'une erreur de droit.
En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
7. Si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Si la procédure consultative médicale prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est, dès lors, pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français, il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision, et une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est normalement de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.
8. En l'espèce, il ressort des termes des décisions attaquées que la préfète de la Loire s'est fondée à tort sur les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles il y a lieu de substituer la mise en œuvre par la préfète de son pouvoir de régularisation.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. - L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. - Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. / Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".
10. Il ressort des pièces des dossiers que, par un avis du 29 juin 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé des filles des requérants, G et H B, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de leur pays d'origine, elles peuvent bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, pays vers lequel elles peuvent voyager sans risque. Un rapport médical relatif à la situation de G et H B a été établi le 13 mai 2022 par le docteur F D, médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. C'est ainsi, nécessairement au vu de ce rapport, que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu son avis du 29 juin 2022 produit en défense par la préfète de la Loire et qu'elle vise dans sa décision. Cet avis mentionne qu'il a été rendu par trois médecins qui composent le collège, qui ont été régulièrement désignés. En outre, il ressort dudit avis que le médecin qui a rédigé le rapport préalable prévu par l'article R. 425-11 du code précité ne faisait pas partie du collège conformément aux dispositions de l'article R. 425-13 du même code. Dès lors, les moyens tirés des vices de procédure relatifs à l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'absence de rapport médical transmis au collège de médecins de l'office, à l'absence d'habilitation de ce collège de médecins et à l'absence de preuve que le médecin rapporteur n'a pas siégé en son sein, doivent être écartés.
11. En troisième lieu, si M. et Mme B soutiennent que le traitement à base d'injections de toxine botulinique ainsi que le suivi pluridisciplinaire dont leurs filles ont besoin ne sont pas disponibles dans leur pays d'origine, les certificats médicaux qu'ils produisent se bornent à faire état de la santé de leurs deux filles et à proposer une éventuelle chirurgie multisite pendant l'adolescence des enfants nécessitant une rééducation de six à neuf mois sans se prononcer sur la disponibilité des soins en Algérie. Ainsi, ces documents ne suffisent pas à contredire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant, dans le cadre de son pouvoir de régularisation, d'admettre au séjour les époux B en qualité de parents d'enfants malades.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B, âgés respectivement de cinquante ans et trente-sept ans, résidaient en France depuis seulement trois ans à la date des décisions attaquées et ne démontrent aucune insertion sociale ni vie privée et familiale intense, ancienne et stable sur le territoire national. La présence en France et la scolarisation de leurs trois enfants mineurs ne suffisent pas à démontrer qu'ils y auraient déplacé le centre de leur vie privée et familiale, dès lors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Algérie où ils n'établissent pas y être dépourvus d'attaches culturelles et familiales. Par ailleurs, leurs filles G et H pourront effectivement bénéficier d'une prise en charge appropriée dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les décisions attaquées n'ont pas porté, eu égard aux buts qu'elles poursuivent, une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale. Dès lors, elles n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
15. M. et Mme B soutiennent qu'en refusant de les admettre au séjour, la préfète de la Loire a porté atteinte à l'intérêt supérieur de leurs filles, G et H, dont l'état de santé marqué par un grave handicap moteur nécessite une prise en charge médicale dont l'absence peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ils font valoir, d'une part, que la scolarisation de leurs trois enfants ne pourra se poursuivre en Algérie, que la prise en charge de l'état de santé de leurs filles est impossible dans leur pays d'origine et qu'enfin, la présence de leurs filles en France est indispensable compte tenu d'une opération chirurgicale programmée pour chacune d'elles en 2023 comprenant une hospitalisation de neuf mois dans un hôpital français. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des certificats médicaux produits que leurs filles G et H ne pourraient pas être opérées et suivies en Algérie. Par suite, et alors que les décisions en cause n'ont ni pour objet, ni pour effet de séparer les trois enfants mineurs de leurs deux parents, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de la Loire a porté atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour.
17. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'erreurs manifestes d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment s'agissant des refus d'admission au séjour.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
18. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours et fixant le pays de destination seraient illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit la production du rapport médical, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés de la préfère de la Loire du 30 août 2022. Dès lors, les requêtes doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2207243 et 2207246 de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
V. Vaccaro-PlanchetL'assesseure la plus ancienne,
A.-S. Soubié
La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2207243 - 2207246
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026