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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207247

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207247

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 septembre 2022 et 14 septembre 2023, M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :

- à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 4) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les observations de Me Bescou, substituant Me Sabatier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 février 1991, est entré en France le 15 octobre 2017, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour portant la mention " famille de français ", valide du 5 octobre 2017 au 1er avril 2018. Après avoir sollicité des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, l'intéressé s'est vu délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", valide du 24 novembre 2017 au 23 novembre 2018, sur le fondement des stipulations de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Suite à sa demande de changement de statut, par un arrêté en date du 18 septembre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Le 23 octobre 2021, M. B a déposé sur le site internet " demarches-simplifiees.fr " une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône en vue du dépôt d'une " première demande de titre de séjour " et a sollicité de ces mêmes services, le 7 mars 2022, la délivrance d'un titre de séjour " de 10 ans " en se prévalant de son " mariage depuis 5 ans avec (s)a conjointe française ". Conformément aux dispositions combinées des articles R.* 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Rhône sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 7 juillet 2022. Enfin, par une décision du 8 septembre 2023, la préfète du Rhône a refusé à M. B la délivrance d'un certificat de résidence et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision précitée par laquelle l'autorité préfectorale lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône du 1er septembre suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète du Rhône a donné délégation de signature à M. G C, attaché, adjoint au chef de bureau des affaires générales et du contentieux, chef de la section contentieux, en cas d'absence ou d'empêchement tant de M. F H, attaché principal, chef du bureau des affaires générales et du contentieux de la direction des migrations et de l'intégration, que de Mme D E, directrice de cette direction, à l'effet de signer la totalité des actes établis par ladite direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour présentée le 7 mars 2022 par M. B avait fait naître une décision implicite de rejet, par une décision du 8 septembre 2023, cette autorité a expressément rejeté la demande de l'intéressé. Dans ces conditions, cette seconde décision s'est substituée à la première et les moyens dirigés contre la décision implicite initiale doivent être regardés comme dirigés contre la décision expresse du 8 septembre 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale aurait méconnu les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre de la décision du 8 septembre 2023 et ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. B. À cet égard, si le requérant soutient que l'autorité préfectorale se serait cru, à tort, " saisie d'une seule demande de renouvellement de titre de séjour " fondée sur les stipulations de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et n'aurait pas examiné " l'opportunité de (lui) délivrer () un certificat de résidence () d'un an " sur le fondement des stipulations de l'article 6, 2) du même accord alors qu'il avait " entendu (la) saisir () d'une " première demande de titre de séjour " " conformément à sa demande de rendez-vous déposée le 23 octobre 2021 par l'intermédiaire du site internet " demarches-simplifiees.fr ", entachant ainsi " sa décision d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de la demande dont elle était saisie ", il ressort cependant des termes de la décision attaquée qu'après avoir examiné le droit au séjour de l'intéressé au regard des stipulations de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, la préfète du Rhône, compte tenu des termes du formulaire de la demande déposée par M. B, le 7 mars 2022, s'est également prononcée sur le droit au séjour de l'intéressé au regard des stipulations de l'article 6, 2) du même accord. Par suite, les moyens tirés de l' " erreur de fait " et de l'erreur de droit, tels qu'articulés, doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

6. Pour refuser à M. B la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, la préfète du Rhône s'est notamment fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas d'une " nouvelle entrée régulière sur le territoire français ", dès lors que sa " demande " de titre de séjour " du 7 mars 2022 " avait été présentée " plus de 6 mois après l'expiration de (son) précédent titre de séjour et, en outre, après l'édiction d'une mesure d'éloignement à (son) encontre ". En l'espèce, dès lors qu'en se bornant à soutenir que " le préfet de l'Isère a manifestement méconnu les stipulations " de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié compte tenu de ce qu'il " remplit incontestablement les conditions prévues par l'article 7 bis a) " du même accord, l'intéressé ne conteste pas utilement le motif tiré de ce qu'il ne justifie pas être de nouveau entré régulièrement en France après l'expiration de son premier certificat de résidence et l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui en a refusé le renouvellement et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ce motif étant, à lui seul, de nature à justifier légalement la décision en litige, la préfète du Rhône n'a fait pas une inexacte application des stipulations précitées de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.

7. En cinquième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 6, 4) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors, d'une part, qu'il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement, et, d'autre part, que la préfète du Rhône ne s'est pas prononcée sur son droit au séjour au regard de ces stipulations. Par suite, le moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. B soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est entré régulièrement en France et y réside depuis le 15 octobre 2017, qu'il est marié à une ressortissante française avec laquelle la communauté de vie n'est pas contestée, qu'il doit être " autorisé à travailler pour contribuer dignement aux charges du mariage " et qu'il justifie de la réalité de son intégration sociale et professionnelle alors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, s'il est constant que l'intéressé est entré régulièrement sur le territoire français muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour portant la mention " famille de français ", valide du 5 octobre 2017 au 1er avril 2018, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des éléments produits en défense, qu'il n'a été autorisé à y séjourner en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française que du 24 novembre 2017 au 23 novembre 2018, avant de solliciter un changement de statut par la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations de l'article 7, b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, en annexant à sa demande une " déclaration de non communauté de vie " rédigée par son épouse le " 15 octobre 2018 ", puis de faire l'objet, le 18 septembre 2020, d'un arrêté par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et a assorti ce refus d'une mesure d'éloignement. En outre, alors qu'il ressort des termes de la décision en litige que la préfète du Rhône a considéré que le requérant ne justifiait pas du " caractère stable et ancien " de leur " relation " en dépit de la " production d'une attestation de communauté de vie en 2022 ", dès lors qu'il ressortait des éléments portés à sa " connaissance " que l'intéressée " avait déposé une demande de divorce et dénoncé l'absence de communauté de vie () en 2018 ", si M. B soutient dans ses écritures que " la vie commune a un temps cessé " avec son épouse de nationalité française, puis qu'elle " a repris ", et s'il verse notamment au débat, outre des documents mentionnant leur adresse commune entre les années 2019 et 2022, une attestation rédigée le 17 septembre 2022 aux termes de laquelle l'intéressée déclare de manière contradictoire " n'avoir subi aucune cessation de (leur) communauté de vie depuis (leur) union " le 9 septembre 2017 ainsi qu'une déclaration sur l'honneur rédigée conjointement le 18 septembre 2022, l'ensemble des éléments produits ne sauraient suffire à démontrer la reprise de la communauté de vie avec son épouse, ni l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de leurs liens, alors qu'il ressort également des éléments versés par la préfète du Rhône qu'un " doute subsistait " le 7 septembre 2021 sur la reprise de leur communauté de vie " au regard des différents éléments " ayant " jalonné la vie commune des époux, à savoir notamment l'opposition au mariage du procureur de la République, la requête en divorce déposée le (27 février 2018) par (l'épouse du requérant) et les termes de son attestation en date du (6 octobre 2018) qui contrast(ai)ent avec l'attestation de cette dernière en date du (19 juin 2021) ". Par ailleurs, si M. B produit dans le cadre de la présence instance son contrat de travail à durée indéterminée (CDI) en qualité de conducteur de véhicule de courte distance conclu le 1er septembre 2021 avec la société à responsabilité limité (SARL) Tag Logistik ainsi que son bulletin de paie pour le mois de décembre 2021, ces éléments ne permettent pas de démontrer une intégration sociale et professionnelle significative à la date de la décision en litige. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, sans enfant à charge, a déclaré la présence en France de sa mère et de ses deux frères à l'appui de sa demande de titre de séjour le 7 mars 2022, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire français, et en dépit de la circonstance alléguée que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est infondé et doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

Le greffier,

J-P. Duret

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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