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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207256

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207256

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDUFAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, la société Formations professionnelles foréziennes représentée par Me Dufaud, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé la suspension de son référencement sur la plateforme dématérialisée des organismes de formation éligibles au dispositif du compte personnel de formation pour une durée de neuf mois ;

2°) d'enjoindre à la CDC de la remettre sans délai en ligne, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la CDC une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- il y a urgence dès lors qu'elle ne peut plus vendre aucune formation puisque son offre n'est plus visible, que les formations en cours de commercialisation ne peuvent être validées, ce qui met en péril son existence même et que la décision en litige porte atteinte à sa réputation ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que les courriers et courriel de la procédure lui ont été transmis sans formalisme particulier, que la CDC n'a pas accusé réception de ses réponses, que le courrier du 6 mai 2022 que lui a adressé la CDC est stéréotypé et a été envoyé à de nombreux organismes, que la décision en litige n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, et aucune information quant à la réunion de la commission du 10 juin ne lui a été communiquée ;

- la décision en litige est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que la CDC devait saisir les services compétents de l'Etat en cas de fraude et ne pouvait pas supprimer de la plateforme dématérialisée un grand nombre d'organismes ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, la sanction n'étant pas proportionnée et le déréférencement n'étant pas justifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la CDC, représentée par Me Nahmias (Adden avocats) conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- les moyens invoqués ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de sanction.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 juillet 2022 sous le numéro 2205222 par laquelle la SASU Formations professionnelles foréziennes demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration, et notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Touja, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Dufaud, représentant la société requérante et celles de Me Monfront, représentant la CDC, qui ont repris leurs écritures.

L'instruction a été close au terme de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Formations professionnelles foréziennes demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé la suspension pour une durée de neuf mois de son référencement sur la plateforme dématérialisée des organismes de formation éligibles au dispositif du compte personnel de formation.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du bilan pédagogique et financier pour l'année 2021 et de l'attestation du 13 juillet 2022 rédigée par un expert comptables produits par la société requérante, que la société Formations professionnelles foréziennes réalise près de 95 % de son chiffre d'affaires dans le cadre de formations relatives au compte personnel de formation grâce à la plateforme dématérialisée des organismes de formation éligibles à ce dispositif, qui a pour fonction d'informer les titulaires d'un compte personnel de formation de leurs droits ainsi que des formations éligibles au compte personnel de formation et de prendre en charge le parcours d'achat des formations jusqu'au paiement de l'organisme de formation par la caisse des dépôts et consignations et que son déréférencement de cette plateforme entraînera une baisse significative de son chiffre d'affaires, remettant en cause la pérennité de la structure. Dès lors, et bien que la société conserve la possibilité d'étendre son activité en dehors de cette plateforme et de poursuivre les formations engagées et ait recruté un commercial en formation par alternance au mois de septembre 2022, la décision porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article R. 6333-6 du code du travail : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent ". L'article 4.2.2 des conditions d'utilisation particulières applicables aux organismes de formation prévoit que la durée du déréférencement peut s'étendre d'une semaine à un an selon la nature du ou des manquements constatés.

6. En l'espèce, les moyens invoqués par la société Formations professionnelles foréziennes tirés de ce que la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et de ce que la sanction prononcée n'est pas proportionnée sont, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision du 29 juin 2022.

7. Il résulte de ce qui précède que la société Formations professionnelles foréziennes est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 29 juin 2022 de la caisse des dépôts et consignations.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre à la CDC de remettre en ligne sur la plateforme dédiée l'offre de formation de la société requérante. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de la CDC la somme de 1 000 (mille) euros à verser à la société Formations professionnelles foréziennes au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 29 juin 2022 de la caisse des dépôts et consignations prononçant la sanction du déréférencement pendant une durée de neuf mois à l'encontre de la SASU Formations professionnelles foréziennes est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse des dépôts et consignations de remettre en ligne l'offre de formations de la SASU Formations professionnelles foréziennes.

Article 3 : La caisse des dépôts et consignations versera la somme de 1 000 (mille) euros à la SASU Formations professionnelles foréziennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SASU Formations professionnelles foréziennes et à la caisse des dépôts et consignations.

Copie en sera adressée à Me Dufaud et à Me Nahmias.

Fait à Lyon, le 14 octobre 2022.

La juge des référés,

V. A

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

Un greffier

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