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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207271

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207271

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet et suffisant ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Rhône a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 9 novembre 2022.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité congolaise selon ses déclarations, conteste l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

3. En premier lieu, les décisions attaquées visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Rhône a fait application ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Le préfet du Rhône a précisé que la demande d'asile de Mme B a été rejetée, motif justifiant la mesure d'éloignement en litige, fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait propres à la situation de la requérante, et notamment qu'elle est mère d'un enfant mineur. Il a par ailleurs indiqué qu'il ne lui a pas paru justifié d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours eu égard à la situation personnelle de l'intéressée. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et octroyant un délai de départ volontaire de trente jours indiquent ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, et dès lors que le préfet ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, elles sont suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône, qui n'était pas obligé de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante et de son fils mineur, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme B, qui déclare être entrée sur le territoire français le 9 septembre 2019, est célibataire avec un enfant à charge selon ses déclarations. Elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine et ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Si elle produit une attestation d'une psychologue datant du 28 septembre 2021 mentionnant les dates de rendez-vous auxquels est venue la requérante et une attestation datant du 6 octobre 2021 d'un psychiatre addictologue mentionnant également les dates des consultations auxquelles la requérante est venue ainsi qu'un certificat du 5 octobre 2021 selon lequel la requérante souffre d'un état dépressif sévère en lien avec un syndrome de stress post-traumatique, il ne ressort pas des pièces du dossier que son suivi médical ne pourrait pas se poursuivre dans son pays d'origine en raison des événements traumatiques vécus. Si Mme B produit par ailleurs un certificat médical du 29 septembre 2021 selon lequel son fils souffre de céphalées chroniques en cours d'exploration ainsi qu'un certificat du 3 novembre 2021 d'un médecin généraliste mentionnant avoir vu le fils de la requérante pour une première consultation le 26 février 2020 et indiquant la liste des documents médicaux remis par la requérante, il ne ressort pas de ces certificats que le fils de la requérante serait suivi médicalement à la date de la décision contestée, ni qu'il ne pourrait pas être suivi médicalement dans le pays d'origine de sa mère. Rien ne fait par suite obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstruire hors de France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire en litige n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet du Rhône n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le fils de la requérante serait suivi médicalement à la date de la décision contestée ni qu'il ne pourrait pas être suivi médicalement dans le pays d'origine de sa mère. Par suite, et dès lors que la décision litigieuse n'a pas pour effet de séparer la requérante de son fils, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination vise les dispositions applicables, précise la nationalité de Mme B et que cette dernière, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône, qui a précisé dans sa décision que Mme B n'établissait pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'elle serait exposée à des peines ou traitement contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit par suite être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

12. La requérante soutient qu'elle demeure exposée à des craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'apporte au tribunal, et ce alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 novembre 2021, aucun élément permettant d'établir la réalité des risques actuels encourus personnellement en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, si elle soutient que son fils a des problèmes de santé en cours d'évaluation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas être suivi médicalement dans son pays d'origine. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent par suite être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet du Rhône n'a pas entaché la décision fixant le pays de destination d'erreur manifeste d'appréciation des risques encourus par la requérante et son fils.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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