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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207329

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207329

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantKADRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 28 septembre 2022 et 5 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" ou de réexaminer sa situation, dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne pouvait pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire, par application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de la Loire a produit des pièces, enregistrées le 25 octobre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- et les observations de Me Kadri, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 1997, demande l'annulation de l'arrêté du 25 août 2022 par lequel la préfète de la Loire a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé préalablement à l'édiction de la décision attaquée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, la préfète de la Loire, se fondant sur les dispositions combinées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a considéré que, condamné le 23 mars 2018 à un an d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, pour des faits de transport, offre ou cession et détention de stupéfiants, commis du 1er juillet 2016 au 30 septembre 2016, et connu des services de police pour les mêmes faits du 1er janvier 2014 au 30 juin 2016, il constituait une menace pour l'ordre public. La préfète de la Loire verse aux débats le bulletin numéro deux du casier judiciaire de M. A, qui fait état de la condamnation du 23 mars 2018, à la suite de laquelle le requérant a été incarcéré jusqu'au 17 juin 2019 et libéré sous contrainte. Dès lors, compte tenu du caractère récent de cette condamnation et de la nature des faits qui l'ont justifiée, et bien qu'elle soit demeurée isolée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France en 2013, alors qu'il était âgé de quinze ans, et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire, s'est marié le 1er décembre 2018 avec une ressortissante française, avec laquelle il justifie d'une vie commune depuis 2017. Toutefois, M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire sans exécuter les obligations de quitter le territoire français prises à son encontre par des décisions des 25 juillet 2017 et 13 juin 2019 et a en outre fait l'objet d'une condamnation à un an d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis par un jugement du 23 mars 2016 du tribunal correctionnel de Saint-Etienne, pour des faits de transport et de détention de produits stupéfiants. De plus, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Enfin, l'insertion professionnelle du requérant est limitée à son emploi en tant qu'aide cuisine durant son incarcération et à quelques missions d'intérim en qualité d'opérateur de production agroalimentaire durant les mois de juin à septembre 2022. Dès lors, et alors qu'à la date de la décision contestée, le mariage du requérant était récent, la préfète de la Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée. Dès lors, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi :

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A était marié avec une ressortissante française depuis trois ans et demi à la date de la décision attaquée et, alors que la préfète de la Loire ne le fait pas valoir, aucun élément n'établit que la communauté de vie aurait cessé. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'il ne pouvait, en application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, alors même que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public.

10. L'illégalité de cette décision entraîne par voie de conséquence l'illégalité des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance () et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

13. L'exécution du présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français du 25 août 2022, implique seulement que la préfète de la Loire procède au réexamen de la situation de M. A et lui délivre, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Loire de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de statuer à nouveau sur sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de la préfète de la Loire du 25 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de statuer à nouveau sur sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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