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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207331

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207331

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 7 novembre 2022, Mme C E, représentée par Me Bouillet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur sa situation, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait, s'agissant de sa nationalité, erreur entachant notamment la légalité de la décision fixant le pays de destination, laquelle ne pouvait désigner la Bosnie-Herzégovine comme pays de renvoi ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il y a lieu de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à l'examen de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile, compte tenu de l'erreur commise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur sa nationalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

[0]- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Bouillet, représentant Mme E, qui a repris ses conclusions et moyens, en faisant valoir notamment qu'il est opportun de suspendre la mesure d'éloignement, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile puisse prendre position sur sa nationalité.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née en 2000, est entrée en France en septembre 2020. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée le 21 octobre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 2 février 2022, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par décision du 12 avril 2022 de l'Office. Par un arrêté du 22 septembre 2022, le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, et en raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté du 22 septembre 2022 :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet du Rhône en date du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône en date du 9 juin 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme E soutient que l'arrêté du 22 septembre 2022 est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique qu'elle est de nationalité bosnienne, circonstance faisant obstacle notamment à ce que le préfet du Rhône fixe ce pays comme pays de renvoi. Toutefois, la requérante ne précise pas la nationalité qu'elle prétend avoir et n'a par ailleurs jamais effectué de démarche en vue de se voir reconnaître la qualité d'apatride. En outre, elle a déposé une demande d'asile puis une demande de réexamen de sa demande d'asile en se prévalant de la nationalité bosnienne et en faisant état des risques qu'elle encourrait en cas de retour dans ce pays. Enfin, et dès lors qu'elle ne conteste pas être née d'une mère de nationalité bosnienne, fût-ce en Italie, l'analyse qu'elle fait de la loi sur la nationalité de Bosnie-Herzégovine ne permet pas en l'état de conclure à ce qu'elle ne pourrait avoir la nationalité de ce pays, dès lors notamment que cette loi reconnaît la citoyenneté de Bosnie-Herzégovine à l'enfant né à l'étranger d'un parent citoyen de Bosnie-Herzégovine s'il serait autrement apatride. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, Mme E fait valoir qu'elle est mère d'un enfant en bas âge, né en France le 6 août 2021. Toutefois, elle ne justifie d'aucune attache familiale en France, ni d'une impossibilité de mener une vie familiale normale, avec son enfant, dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et compte tenu du caractère récent de son entrée en France, le préfet du Rhône, en lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 22 septembre 2022 attaqué est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 de ce code dispose que : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut, en application de l'article L. 752-5 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

9. Mme E demande de suspendre l'exécution de la décision d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, saisie contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dès lors que celle-ci pourrait être amenée à se prononcer sur sa nationalité. Toutefois, et alors que la demande d'asile de Mme E était fondée sur les risques qu'elle indique encourir en Bosnie, de tels éléments, étrangers au bien-fondé de la demande d'asile de l'intéressée, ne sauraient être regardés comme de nature à faire naître un doute sérieux sur la décision de rejet opposée à cette demande, et comme pouvant justifier, sur le fondement des dispositions citées au point 7, la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions à ce titre de Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande à ce titre Mme E.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de Mme E sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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