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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207333

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207333

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022 et un mémoire complémentaire produit le 30 septembre 2022, M. H C, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 28 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions en litige :

- le préfet du Rhône devra justifier des délégations de signature de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

S'agissant des moyens propres à l'obligation de quitter sans délai le territoire français :

- la décision méconnaît les articles L.611-1 et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit et est dépourvue de base légale ;

S'agissant du moyen propre à l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision méconnaît l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des moyens propres à l'assignation à résidence :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux et réel de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces ont été enregistrées pour le préfet du Rhône le 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la demande du 30 septembre 2022 par laquelle M. C demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 octobre 2022, Mme Monteiro, magistrate désignée, a présenté son rapport, informé les parties de ce que le jugement était susceptible, le cas échéant, d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré d'une substitution de la base légale de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire laquelle peut trouver son fondement sur l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entendu :

- les observations de Me Gillioen, avocat, pour M. C, requérant, assisté de M. A G, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme D, pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête dès lors qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 8 février 1991, conteste les décisions en date du 28 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L.614-7 à L.614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B F, attachée, chargée de mission au sein du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui bénéficiait d'une délégation pour signer de tels actes en vertu de l'arrêté du préfet du Rhône du 16 septembre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 20 septembre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit par suite être écarté

4. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, pour chacune des mesures litigieuses. Il est, par suite, suffisamment motivé.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter sans délai le territoire français :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par le requérant, que celui-ci est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français au regard des dispositions précitées du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Si M. C soutient qu'il a été opéré au niveau du bras et qu'il ne peut pas quitter le territoire français en raison du suivi médical de cette blessure, il n'est pas établi que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que ce suivi ne pourrait pas être effectué en Algérie. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'un erreur d'appréciation.

9. Par ailleurs, s'agissant du délai de départ volontaire, si le préfet du Rhône cite l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il reproduit également, même s'il ne le vise pas explicitement, les dispositions de l'article L.612-2 de ce même code en indiquant que, par dérogation à l'article L.612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire et cite ensuite l'article L.612-3 du même code en rappelant les cas où " le risque mentionné au 3° de l'article L.612-2 peut être regardé comme établi ". Il apparaît donc clairement que le préfet du Rhône a fait application de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision en litige n'est dès lors pas dépourvue de base légale.

10. En tout état de cause, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut, le cas échéant d'office, substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré et se maintient irrégulièrement en France, sans avoir sollicité de titre de séjour, depuis deux ans. Il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire français, ayant déclaré au cours de son audition par les services de police être logé par l'assistance sociale depuis trois semaines et encore pour une semaine. Dans ces conditions, à supposer même que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, la situation du requérant, qui ne justifie pas de circonstances particulières, rentrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens communs à l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige méconnaît l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes mêmes de la décision que celle-ci a été prise sur le fondement de l'article L.612-6 de ce même code. Par suite, le moyen est inopérant.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. M. C s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Cependant, le requérant ne justifie pas de liens anciens et stables en France, étant célibataire et sans enfant à charge, présent sur le territoire depuis à peine deux ans et n'ayant pas cherché à régulariser sa situation administrative. S'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et à supposer même que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, la durée d'un an retenue par le préfet du Rhône n'est en l'espèce pas disproportionnée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à l'assignation à résidence :

15. En premier lieu, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Rhône a procédé à l'examen de la situation particulière de l'intéressé avant de l'édicter. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'un examen particulier doit être écarté.

17. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

18. Par la décision contestée, le préfet du Rhône a assigné à résidence M. C dans le département du Rhône pour une durée maximale de quarante-cinq jours et a décidé que celui-ci devra se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis entre 9h et 18h, y compris les jours chômés et fériés, à la direction zonale de la police aux frontières à Lyon. Le requérant ne conteste pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par ailleurs, si la décision portant assignation à résidence présente un caractère contraignant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise et eu égard aux modalités retenues et à sa durée limitée, le préfet aurait fait une appréciation erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. C qui ne fait état d'aucune circonstance particulière tenant à sa situation personnelle à laquelle cette assignation avec obligation de pointage hebdomadaire porterait atteinte. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la mesure d'assignation à résidence contestée et les modalités d'exécution de cette mesure ne présentent pas, au regard de la situation de M. C, un caractère disproportionné.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C, prise dans l'ensemble de ses conclusions, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La magistrate désignée,

M. ELa greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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