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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207361

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207361

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCOMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 27 septembre 2022, 23 février 2023 et 12 juillet 2023, M. E A, Mme D C épouse A et Mme B F, représentés par Me Combe, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a établi des servitudes d'utilité publique au bénéfice du syndicat départemental de l'énergie de l'Ardèche sur leurs parcelles situées Quartier " La Croix " à Thueyts en vue de la réalisation de travaux de fiabilisation et de renforcement du réseau électrique basse tension ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 323-3 du code de l'énergie ;

- il méconnaît l'article L. 341-11 du code de l'environnement ;

- il n'a pas été précédé d'une enquête publique ;

- il ne prévoit pas d'indemnisation des propriétaires, porte sur des travaux dépourvus d'utilité publique et procède d'un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 27 janvier 2023 et 4 mai 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au syndicat départemental de l'énergie de l'Ardèche qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- et les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts A demandent l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a institué des servitudes d'utilité publique sur plusieurs parcelles dont les leurs, au bénéfice du syndicat départemental de l'énergie de l'Ardèche (SDE), en vue de la réalisation de travaux de renforcement du réseau électrique basse tension.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 323-3 du code de l'énergie : " Les travaux nécessaires à l'établissement et à l'entretien des ouvrages de la concession de transport ou de distribution d'électricité peuvent être, sur demande du concédant ou du concessionnaire, déclarés d'utilité publique par l'autorité administrative. La déclaration d'utilité publique est précédée d'une étude d'impact et d'une enquête publique dans les cas prévus au chapitre II ou au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement. Si le projet de travaux n'est pas soumis à enquête publique en application du même code, une consultation du public sur le dossier de déclaration d'utilité publique est organisée dans les mairies des communes traversées par l'ouvrage, pendant une durée qui ne peut être inférieure à quinze jours, afin d'évaluer les atteintes que le projet pourrait porter à la propriété privée. ". Aux termes de l'article R. 323-7 du même code : " Les servitudes instituées à la suite de la déclaration d'utilité publique prononcée dans les conditions prévues à la sous-section 1 sont établies suivant les modalités prévues à la présente sous-section ". Enfin, aux termes de l'article R. 323-14 de ce code : " Les servitudes sont établies par arrêté préfectoral. /Cet arrêté est notifié au pétitionnaire et affiché à la mairie de chacune des communes intéressées. /Il est notifié par le pétitionnaire par lettre recommandée avec demande d'avis de réception à chaque propriétaire intéressé ainsi qu'à chaque occupant pourvu d'un titre régulier. ".

3. Il résulte des dispositions des articles R. 323-1 à R. 323-18 du code de l'énergie que la réalisation de travaux sur les ouvrages de distribution de l'électricité requiert d'une part l'adoption d'un arrêté déclarant les travaux d'utilité publique et, d'autre part en cas de besoin, l'adoption d'un arrêté instituant des servitudes d'utilité publique pour la réalisation de ces travaux. En l'espèce, par un arrêté du 18 décembre 2018, le préfet de l'Ardèche a déclaré d'utilité publique les travaux de renforcement de la ligne à basse-tension du quartier " La croix " à Thueyts. Cet arrêté, qui n'a pas été contesté, est devenu définitif. Par l'arrêté en litige du 28 juillet 2022, le même préfet a ensuite institué des servitudes d'utilité publique pour la réalisation de ces travaux d'utilité publique.

4. En premier lieu, les requérants ne peuvent utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté litigieux du 28 juillet 2022 portant instauration de servitudes d'utilité publique, les moyens tirés de l'absence d'utilité publique des travaux et de ce que cet arrêté méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 323-3 du code de l'énergie, qui sont relatives à la procédure de déclaration d'utilité publique ou les dispositions de l'article L. 341-11 du code de l'environnement, qui sont relatives au choix de câbles aériens par rapport à des câbles enfouis.

5. En deuxième lieu, à supposer que les requérants aient entendu exciper de l'illégalité de l'arrêté du 18 décembre 2018 portant déclaration d'utilité publique à l'encontre de l'arrêté en litige, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux porteraient sur un site classé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 341-11 du code de l'environnement applicable aux sites classés doit être écarté. En outre, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 18 décembre 2018 que celui-ci a été précédé d'une procédure de consultation du public, et les requérants ne démontrent pas que les travaux projetés auraient en outre dû être soumis à une étude d'impact et à une enquête publique sur le fondement du code de l'environnement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 323-3 du code de l'énergie relatif à la procédure de déclaration d'utilité publique doit également être écarté. Enfin, en se bornant à soutenir, sans produire de pièces en attestant, que les travaux électriques projetés ne concerneraient que des maisons abandonnées et seraient réalisés au bénéfice d'une seule personne qui serait agent chez un opérateur électrique, les requérants ne démontrent pas l'absence d'utilité publique des travaux ni l'existence d'un détournement de pouvoir.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce que font valoir les requérants, l'arrêté en litige portant instauration de servitudes d'utilité publique a fait l'objet, conformément aux dispositions de l'article R. 323-9 du code de l'énergie, d'une enquête publique dont les conclusions de la commissaire-enquêtrice ont été rendues le 5 juillet 2022.

5. En dernier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'article 6 de l'arrêté attaqué prévoit la possibilité d'une indemnisation des servitudes d'utilité publique qu'il instaure, conformément à l'article R. 323-17 du code de l'énergie. Le moyen tiré de l'absence d'indemnisation des servitudes d'utilité publique instituées par l'arrêté en litige ne peut donc qu'être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme D A, à Mme B F, au préfet de l'Ardèche et au syndicat départemental de l'énergie de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère ;

Mme Leravat, conseillère.

La rapporteure,

C. FeronLa présidente,

V. Vaccaro-PlanchetRendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°2207361

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