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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207378

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207378

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, M. D A, retenu au centre de rétention administrative, demande au tribunal :

1°) de mettre à disposition son entier dossier par la préfecture ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet du Nord en date du 29 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pendant une durée d'un an ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions en litige :

- le préfet du Nord devra justifier des délégations de signature de leur auteur ;

- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

S'agissant du moyen propre au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision méconnaît les articles L.612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant du moyen propre à l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, la mesure étant disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Des pièces ont été enregistrées pour le préfet du Nord le 1er octobre 2022.

Vu la demande du 30 septembre 2022 par laquelle M. A demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 octobre 2022, Mme Monteiro, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Gillioen, avocat, pour M. A, requérant, assisté de M. B, interprète en langue albanaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; il ajoute en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, M. A étant entré régulièrement sur le territoire français ;

- les observations de Me Giaffery, avocat au cabinet Centaure avocats, pour le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant albanais né le 10 mars 1997, est entré en France le 20 septembre 2022 selon ses déclarations. Par les décisions contestées en date du 29 septembre 2022, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, il a été placé en rétention administrative.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L.614-7 à L.614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, de l'entier dossier du requérant :

3. L'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture du Nord, qui bénéficiait d'une délégation pour signer de tels actes, en vertu de l'arrêté du préfet du Nord du 13 septembre 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit par suite être écarté

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, pour chacune des mesures litigieuses. Il est, par suite, suffisamment motivé.

6. En troisième et dernier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord a procédé à l'examen de la situation particulière de l'intéressé avant d'édicter les mesures en litige. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'un examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

8. Il ressort des termes de la décision en litige que pour faire obligation de quitter le territoire français à M. A, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 en relevant que l'intéressé ne pouvait justifier de son entrée régulière en France, une semaine auparavant selon les déclarations de M. A, et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. L'autorité préfectorale s'est également fondée sur la circonstance que le requérant ne pouvait pas justifier être entré sur le territoire métropolitain en se conformant aux dispositions de l'article 6 du règlement CE n°2016/399 du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes. A cet égard, s'il est vrai que les ressortissants albanais détenant, comme c'est le cas de M. A, un passeport biométrique en cours de validité, sont dispensés de visa pour les séjours de moins de trois mois au sein de l'espace Schengen, ils doivent cependant, y compris pour des séjours inférieurs à trois mois, justifier de l'objet et des conditions de leur séjour, disposer des moyens de subsistance suffisants ou démontrer être en mesure de les acquérir légalement, être à même de produire une attestation de prise en charge, par un opérateur d'assurance agréé, des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'ils pourraient engager en France. Or, le préfet du Nord a justement relevé dans sa décision que le requérant ne présentait ni l'attestation d'accueil exigée pour une visite à caractère familial ou privé, ni la prise en charge par un opérateur d'assurance pour les soins qu'il pourrait engager en France, qu'il ne dispose pas de billet de retour vers son pays d'origine, ni de justificatifs de réservation de transport ou d'hébergement et qu'il ne possède que la somme de 50 euros, ayant déclaré au surplus ne pas avoir de carte ou de compte bancaire. Ces éléments ne sont pas contestés par M. A. Il ne peut dès lors être regardé comme étant entré régulièrement en France. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. M. A est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité de titre de séjour. Il est en outre dépourvu de résidence effective et permanente sur le territoire français, ayant déclaré au cours de son audition par les services de police être venu " faire du tourisme puis tenter de passer en Angleterre ". Dans ces conditions, en l'absence de circonstance particulière, le requérant rentrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant au préfet de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L.612-2 et L.612-3 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à l'interdiction de retour :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

12. M. A s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Cependant, si le requérant ne justifie pas de liens anciens et stables en France, étant présent sur le territoire depuis dix jours, il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Dès lors, la durée d'un an retenue par le préfet du Nord est en l'espèce disproportionnée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation sur ce point.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

14. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, le versement à Me Gillioen de la somme de 600 euros, sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet du Nord du 29 septembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gillioen, avocat de M. A, une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Gillioen renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La magistrate désignée,

M. FLa greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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