vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207391 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MESSAOUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022, M. C B demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 30 septembre 2022 par lesquels le préfet du Rhône a prononcé son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence.
M. B soutient que les décisions en litige sont illégales, eu égard à ses graves problèmes de santé qui l'obligent à se rendre plusieurs fois par semaine à l'hôpital pour la réalisation de dialyses.
Par un mémoire enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il indique qu'il a procédé au retrait de la décision assignant M. B à résidence par arrêté du 3 octobre 2022 et soutient que le moyen invoqué par le requérant n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 16 février 2017, C. K., H. F. et A. S. contre Republika Slovenija, C-578/16 PPU ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme E les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022, Mme E a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Messaoud, avocate de permanence pour M. B, qui a exposé que l'intéressé se désistait de ses conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence ; elle a soutenu en outre que la décision de transfert méconnaissait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; elle a demandé enfin le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et qu'il soit mis à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
- les observations de M. B, requérant, assisté de Mme A, interprète en langue albanaise ; il a indiqué qu'il était venu en France, après quelques jours passés en Allemagne, pour déposer une demande d'asile en raison de problèmes fonciers au Kosovo parce qu'il avait davantage confiance dans les autorités françaises pour examiner sa demande ; il ne souhaite pas être transféré en Allemagne dès lors qu'il a commencé à être soigné en France par des médecins qui connaissent sa situation médicale ;
- le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovar né le 28 février 1963, déclare être entré en France le 20 mai 2022. Sa demande d'asile a été enregistrée le 27 juillet suivant. Au cours de l'enregistrement de cette demande, les services de la préfecture ont constaté que l'intéressé avait obtenu des autorités allemandes un visa valide du 12 mai au 24 août 2022. Les autorités allemandes, saisies le 20 septembre 2022 d'une demande de prise en charge de M. B, l'ont acceptée le 26 septembre 2022. Par deux arrêtés du 30 septembre 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet du Rhône a prononcé sa remise aux autorités allemandes et son assignation à résidence.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur le désistement partiel :
3. M. B a déclaré à l'audience se désister de ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 septembre 2022 l'assignant à résidence, dès lors que le préfet du Rhône l'a retirée par un arrêté du 3 octobre 2022 versé aux débats. Ce désistement est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux terme de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ".
6. Dans son arrêt C-578/16 PPU du 16 février 2017, la Cour de justice de l'Union européenne a interprété ces dispositions dans le sens que, lorsque le transfert d'un demandeur d'asile présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave est susceptible d'entraîner un risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, un tel transfert constitue un traitement inhumain et dégradant. La Cour en a déduit que les autorités de l'État membre concerné doivent vérifier auprès de celles de l'État membre responsable que les soins indispensables et appropriés à l'état de santé du demandeur d'asile seront disponibles à l'arrivée et que le transfert n'entraînera pas, par lui-même, un risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de cet état. Elle a en outre précisé que, au cas où ces autorités s'apercevraient que l'état de santé du demandeur d'asile ne devait pas s'améliorer à court terme ou que la suspension pendant une longue durée de la procédure risquait d'aggraver son état, l'État membre requérant pourrait choisir d'examiner lui-même la demande du demandeur en faisant usage de la " clause discrétionnaire " prévue par les dispositions qui précèdent. Toutefois, la faculté pour les autorités françaises d'examiner une demande d'asile présentée par un ressortissant d'un État tiers, alors même que cet examen ne leur incombe pas, relève du pouvoir discrétionnaire du préfet et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux produits, que M. B souffre d'une maladie rénale chronique terminale, en raison de laquelle il a été hospitalisé du 28 juin au 21 juillet 2022 dans le service de néphrologie de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon et qui implique une hémodialyse deux fois par semaine depuis le 19 juillet 2022. Par un certificat du 30 septembre 2022, le docteur D de ce service a indiqué que tout manquement ou espacement des séances de plus de sept jours exposerait l'intéressé à un risque de décès. Toutefois, il n'est pas établi, ni même allégué pas que M. B ne pourrait bénéficier effectivement des soins requis par son état de santé en Allemagne. Ainsi, s'il appartient au préfet du Rhône, avisé de l'état de santé du requérant dès ses observations du 30 septembre 2022 préalable à l'édiction de la décision en cause, de s'assurer auprès des autorités allemandes que M. B pourra effectivement y bénéficier, dès son arrivée, des soins que son état requiert, en application notamment de l'article 32 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et de suspendre dans l'attente l'exécution de la décision de transfert contestée du 30 septembre 2022, ce n'est qu'en cas de réponse négative de ces autorités qu'il lui incombera de statuer sur la demande d'asile présentée par M. B dans le cadre de la clause discrétionnaire du paragraphe 1 de l'article 17 de ce règlement. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas, à la date de la décision en litige, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions de cet article, ni n'a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de transfert aux autorités allemandes du 30 septembre 2022. Les conclusions à fin d'annulation qu'il présente à ce titre doivent ainsi être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est donné acte à M. B du désistement des conclusions de sa requête tendant à l'annulation de la décision d'assignation à résidence du 30 septembre 2022.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La magistrate désignée,
K. E
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026