vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207392 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | DACHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 31 août 2022 par lesquelles la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Dachary dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle était accordée.
M. B soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation, elle n'a notamment pas sollicité de pièces complémentaires relatives aux craintes évoquées en cas de retour en Russie, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision désignant le pays de destination est illégale en ce qu'elle est prise pour l'application d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 décembre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Dachary, représentant M. B.
M. B n'était pas présent.
La préfète de la Loire n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
3. M. B, de nationalité russe, est entré en France le 5 février 2018 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile le 8 septembre 2020, qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juillet 2022. Par l'arrêté litigieux du 31 août 2022, pris en application du 4° de l'article L. 611-1 du code précité, la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français.
4. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient M. B, la décision ordonnant son éloignement du territoire comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète s'est fondée. Elle est donc suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, la mise en œuvre d'office, par l'autorité préfectorale compétente en matière d'éloignement des étrangers, des dispositions de l'article L. 611-1 précité, n'a pas pour objet de répondre à une demande adressée à l'administration, et n'implique aucunement le réexamen de la demande d'asile de l'étranger une fois que celle-ci a été rejetée par les instances compétentes. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que la préfète, qui a procédé à un examen complet de sa situation, ne l'aurait pas invité à compléter son dossier en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, ces dispositions n'étant pas applicables à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français.
6. En troisième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
7. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. B, qui ne pouvait ignorer que le rejet de sa demande d'asile l'exposait à être éloigné du territoire, aurait tenté de prendre attache avec la préfecture en vue de faire valoir de nouveaux éléments sur sa situation. Par ailleurs, dans le cadre du présent recours, le requérant n'expose pas quels sont les éléments utiles à l'examen de sa situation qu'il aurait été privé de faire valoir, en plus de ceux qu'il a pu exposer à l'occasion de sa demande d'asile. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. B fait valoir que sa mère s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée en France, il ne l'établit pas. Par ailleurs, la circonstance que sa mère bénéficie d'un suivi médical sur le territoire national n'est pas, à elle seule, de nature à démontrer qu'il aurait établi en France une vie privée et familiale intense et stable. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne précitée ne peut donc qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :
9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision désignant le pays de destination serait elle-même illégale.
11. En second lieu, et d'une part, M. B, qui se borne à relater dans ses écritures un récit peu circonstancié et très convenu, n'apporte aucun élément en vue d'établir la réalité de l'enlèvement dont il prétend avoir été victime du fait de la corruption d'un élu local, et n'établit pas davantage être toujours exposé à des menaces pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour en Russie, alors que les faits qu'il évoque sont survenus en 2014. En outre, la Cour nationale du droit d'asile, qui a refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié, n'a pas davantage été convaincue par son récit. D'autre part, s'il fait état de la récente loi promulguée le 24 septembre 2022 durcissant les peines des militaires refusant de combattre dans le conflit russo-ukrainien, il n'établit pas, par la seule copie d'un livret militaire non traduit, partiellement tronqué, et dont il n'est pas démontré qu'il serait à son nom, qu'il serait lui-même un militaire du rang ou de la réserve, ce dont il ne s'est jamais prévalu auparavant, et qu'il serait ainsi concerné par ces dispositions au motif qu'il refuserait de participer à ce conflit. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision désignant la Russie comme pays de renvoi serait contraire aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur aux fins d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. B.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026