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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207420

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207420

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCOOPER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 2 et 17 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Cooper, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle procède d'un inexacte application de l'article L. 612-6 et suivants du code précité ; elle revêt un caractère disproportionné et méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône le 14 octobre 2022 et ont été communiquées.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,

- les observations de Me Dachary, suppléant Me Cooper, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, soutenant en outre que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé, que la mesure d'éloignement est dépourvue de base légale en l'absence de menace pour l'ordre public avérée, que la décision de refus de délai de départ volontaire procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 et 3 du code précité, que la décision portant détermination du pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement, que la mesure d'interdiction de retour est également dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement,

- et celles de Mme C, pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés, une substitution de motif pouvant en outre être sollicitée, le cas échéant, s'agissant du motif fondant la décision de refus de délai de départ volontaire tiré de la non-exécution d'une mesure d'éloignement antérieure.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. A le 17 octobre 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 25 mai 2002, est entré irrégulièrement en France en 2017. Il a fait l'objet d'un arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français le 26 juillet 2021. Par un arrêté du 30 septembre 2022, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, décision assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour dont il fait application et relève les éléments biographiques de M. A pertinents pour cette application, sans que l'ensemble des éléments mentionnés dans l'arrêté du 26 juillet 2021 auquel il est référé aient à apparaître dans la décision en litige. Dans ces conditions, cet acte doit être regardé comme suffisamment motivé et le moyen afférent doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".

5. Il ressort des mentions mêmes de l'arrêté attaqué que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet du Rhône s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 précité, relevant que la demande de titre de séjour de M. A avait été rejetée par une décision du 26 juillet 2021. Dans ces conditions, M. A ne saurait utilement soutenir que cette décision, qui n'a pas été prise sur le fondement du 5° du même article, serait dépourvue de base légale en l'absence de menace pour l'ordre public avérée.

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis près de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, pris en charge à son arrivée en France par les services sociaux, qu'il est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut d'attaches particulières avec les personnes qui l'ont hébergé, et se proposent d'en faire de même à la fin de son incarcération, les pièces versées à cet égard ne caractérisent pas des attaches particulières. En outre, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. Enfin, M. A ne conteste pas avoir été condamné à vingt-quatre mois d'emprisonnement le 24 juin 2021, pour des faits de violence aggravée en récidive. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " . Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Pour refuser à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet du Rhône a, d'une part, relevé que la présence de ce dernier en France constituait une menace pour l'ordre public, dans la mesure où ce dernier a été condamné à une peine de 24 mois d'emprisonnement pour des faits de récidive de violence aggravée par deux circonstances et violence avec usage ou menace d'une arme. Il a également relevé que l'intéressé avait auparavant été " signalisé " à deux reprises pour des faits de recel, rébellion et violence sans incapacité en résultant. Si M. A conteste la portée de tels comportements, il n'en remet pas sérieusement en cause la matérialité en exposant des circonstances qu'il estime atténuantes. Compte tenu de la gravité et de la répétition de tels faits, le préfet du Rhône était ainsi bien fondé à regarder la présence du requérant comme constitutive d'une menace à l'ordre public justifiant du refus de délai de départ volontaire en litige. D'autre part, si le préfet du Rhône abandonne à l'audience le motif tiré de l'absence de garanties de représentation suffisantes du fait de la non-exécution d'une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de justification d'une résidence effective et permanente, dans la mesure où l'intéressé était alors incarcéré, le motif tiré du refus de communication de renseignements relatifs à son identité n'est pas sérieusement contesté par la seule invocation, au demeurant non étayée, d'un défaut de fonctionnement du service pénitencier. Dans ces conditions, et alors que le préfet du Rhône aurait par ailleurs pu au demeurant seulement se fonder sur la menace pour l'ordre public relevée pour prendre sa décision, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées doit ainsi être écarté.

Sur la décision portant détermination du pays de retour :

10. L'illégalité de la mesure d'éloignement visant M. A n'étant pas établie, ce dernier n'est pas fondé à en exciper, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision attaquée.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

11. D'une part, l'illégalité de la mesure d'éloignement et du refus de délai de départ volontaire visant M. A n'étant pas établie, ce dernier n'est pas fondé à en exciper, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision attaquée.

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Pour interdire M. A de retour sur le territoire national, le préfet du Rhône a pris en compte les éléments relatifs au séjour de l'intéressé en France, tels que précisés dans une précédente mesure d'éloignement, de la permanence de liens avec son pays d'origine, de la circonstance tenant à ce que l'intéressé s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement et de la menace que sa présence constituait pour l'ordre public, telle qu'analysée au point 9 du présent jugement. Si, ainsi qu'il a été précédemment dit, l'autorité préfectorale ne pouvait se fonder sur la non-exécution de la mesure d'éloignement antérieure, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision, dans son principe et son quantum, en se fondant sur les autres éléments relevés. Dans ces conditions, la durée de la mesure en litige, en l'espèce de deux ans, ne saurait être regardée comme disproportionnée ou comme méconnaissant son droit à une vie privée et familiale normale. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction les assortissant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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