jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PATURAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 octobre 2022, 23 décembre 2022, 6 janvier 2023, 7 avril 2023 et 9 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A E, M. D F, M. AB Z, M. U et Mme V H, M. I et Mme AA Q, M. N J, M. X et Mme AC Y, M. C G, M. AB L, M. W M et Mme O T et l'association du Comité d'intérêt intercommunal de la zone verte du Vallon, le premier nommé ayant la qualité de représentant unique au sens de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, représentés par la SELARL Daumin Coiraton-Demercière avocats, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler :
- l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le maire de Lyon a accordé à la société Foncière habitat et humanisme un permis de construire une pension de famille de 25 logements sur un terrain situé 35 rue du Bois de la Caille, dans le 4ème arrondissement, ainsi que les décisions rejetant leurs recours gracieux ;
- l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le maire de Lyon a accordé à la société pétitionnaire un permis de construire modificatif ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Lyon la somme de 5 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt pour agir en leur qualité de riverains du projet de construction dès lors qu'ils auront une vue directe sur le projet ; en outre, l'objet social de l'association lui confère un intérêt à agir ;
S'agissant des dispositions du permis de construire initial non modifiées par le permis de construire modificatif :
- l'arrêté du 11 avril 2022 a été pris par une autorité incompétente, faute de justifier d'une délégation de signature régulière au profit du signataire de l'arrêté ;
- le dossier de demande de permis de construire méconnaît les dispositions du a) de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme en l'absence de pièces permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, s'agissant d'un établissement recevant du public ;
- l'architecte des bâtiments de France aurait dû être consulté ;
- le nombre de places de stationnement du projet est insuffisant, en méconnaissance des dispositions communes de l'article 5.2.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon ; en outre, l'implantation des aires de stationnement n'a pas été précisée dans le dossier ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.1.1 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques et privées ;
- le projet méconnaît les dispositions du b) de l'article 3.3.2 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, relatif au traitement paysager des espaces libres, s'agissant notamment des aires de stationnement en surface ;
- le projet porte atteinte à la sécurité publique, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et du plan de prévention des risques naturels d'inondations (PPRnI) Rhône et Saône ;
- le projet porte atteinte au site naturel inscrit AC2 et au caractère des lieux et paysages du secteur dans lequel il se situe, en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 4.2.5 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon.
S'agissant des dispositions du permis de construire initial modifiées par le permis de construire modificatif :
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en l'absence de documents graphiques et photographiques permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement proche et lointain ;
- le projet ne prévoit aucune aire de stationnement de vélos, en méconnaissance des dispositions communes de l'article 5.2.3.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme et d'habitat de la métropole de Lyon ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 4.4.2 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, relatif à la gestion des déchets.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 novembre 2022, 22 février 2023, 7 mars 2023 et 3 mai 2023, la société Foncière habitat et humanisme, représentée par la SELARL Berger Avocats et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de chaque requérant le versement d'une somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants, personnes physiques, et l'association ne disposent pas d'un intérêt à agir ; en outre, l'association ne dispose pas de la qualité pour agir en justice ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, la ville de Lyon conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 13 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme P,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Coiraton Z, représentant les requérants,
- les observations de Me Paturat, représentant la société Foncière habitat et humanisme,
- et celles de M. K, représentant la commune de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. La société Foncière habitat et humanisme a déposé en mairie de Lyon le 15 octobre 2021 une demande de permis de construire pour la démolition d'une maison et la construction d'une pension de famille de 25 logements sur un terrain situé 35 rue du Bois de la Caille, dans le 4ème arrondissement. Par arrêté du 11 avril 2022, le maire de Lyon lui a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. M. E et autres requérants ont formé des recours gracieux les 22 et 27 juin 2022, qui ont été rejetés le 4 août 2022 par le maire de Lyon. Le 10 novembre 2022, la société pétitionnaire a déposé en mairie une demande de permis de construire modificatif concernant la modification de la sous-destination de la construction et l'ajout d'un local d'ordures ménagères. Par arrêté du 9 décembre 2022, le maire de Lyon a accordé à la société pétitionnaire le permis modificatif demandé. M. E et autres requérants demandent l'annulation de ces arrêtés du 11 avril 2022 et du 9 décembre 2022 du maire de Lyon, ainsi que des décisions rejetant leurs recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les dispositions du permis de construire initial non modifiées par le permis de construire modificatif :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". En application de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. ".
3. Le permis de construire en litige a été signé par M. S R, adjoint délégué à l'urbanisme, à l'aménagement, à l'habitat et au logement, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire de Lyon datée du 1er septembre 2021, consentie notamment à cet effet. Cet arrêté de délégation a été transmis aux services de la préfecture le 1er septembre 2021 et publié au bulletin officiel de la ville de Lyon du 13 septembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte litigieux doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code. ". Aux termes de l'article R. 143-2 du code de la construction et de l'habitation : " Pour l'application du présent chapitre, constituent des établissements recevant du public tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non. / Sont considérées comme faisant partie du public toutes les personnes admises dans l'établissement à quelque titre que ce soit en plus du personnel. ". Et aux termes de l'article L. 633-1 du même code : " Un logement-foyer, au sens du présent chapitre, est un établissement destiné au logement collectif à titre de résidence principale de personnes dans des immeubles comportant à la fois des locaux privatifs meublés ou non et des locaux communs affectés à la vie collective. / Il accueille notamment des personnes âgées, des personnes handicapées, des jeunes travailleurs, des étudiants, des travailleurs migrants ou des personnes défavorisées. / Le logement-foyer dénommé " résidence sociale " est destiné aux personnes ou familles mentionnées au II de l'article L. 301-1. / La résidence sociale dénommée " pension de famille " est un établissement destiné à l'accueil sans condition de durée des personnes dont la situation sociale et psychologique rend difficile leur accès à un logement ordinaire. La " résidence accueil " est une pension de famille dédiée aux personnes ayant un handicap psychique. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste à réaliser une résidence sociale dénommée pension de famille composée de 25 logements destinés à des personnes en grand isolement, fragilisées par la précarité ou les souffrances psychologiques. Ce projet se compose de logements indépendants, d'un espace de vie collectif, d'une buanderie et de bureaux. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cette pension de famille serait destinée à recevoir du public au sens de l'article R. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. La circonstance que le projet comporte un espace de vie collectif, une buanderie et des bureaux ne saurait impliquer que des personnes autres que les résidents et les personnels de l'établissement seront admises dans les locaux. Par ailleurs, si les établissements d'hébergement définis par l'arrêté du 25 octobre 2011, portant approbation de diverses dispositions complétant et modifiant le règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public, et disposant d'un ensemble homogène de chambres ou d'appartements meublés comportant un minimum d'équipements et de services communs offerts en location pour une occupation à la journée, à la semaine ou au mois relèvent de l'article O1 des établissements de type O, les logements prévus par le projet en litige seront quant à eux attribués pour une durée indéterminée. Compte tenu de ces éléments, le projet, qui prévoit la construction d'une résidence sociale, ne saurait être qualifié d'établissement recevant du public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, applicables dans l'hypothèse dans laquelle les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. Les travaux ne peuvent être entrepris avant l'expiration d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de la demande ou de la déclaration. / La décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable intervient après consultation de l'architecte des Bâtiments de France. ".
7. Il est constant que le projet est situé au sein du site inscrit " Ensemble centre historique de Lyon ". Contrairement aux allégations des requérants, l'architecte des bâtiments de France a émis un avis favorable au projet le 2 février 2022, soit avant l'édiction de l'arrêté du 11 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de l'architecte des bâtiments de France manque en fait.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5.2.3.1.1 du chapitre 5 relatif aux déplacements et stationnement de la partie I portant dispositions communes à l'ensemble des zones du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon : " Normes relatives au stationnement des véhicules automobiles / a. Constructions à destination d'habitation / Le nombre de places de stationnement exigé est déterminé en fonction de la surface de plancher et du nombre de logements ou de chambres développés par le projet. / Toutefois, nonobstant les dispositions du tableau ci-après, il ne peut être exigé plus de deux places par logement. / Pour la sous destination d'hébergement, un logement équivaut à trois chambres. / Pour la sous-destination d'hébergement : un logement équivaut à trois chambres / un studio équivaut à une chambre. ". Ledit tableau précise que, dans le secteur de stationnement C, dont relève le terrain d'assiette du projet, une place de stationnement pour 10 chambres est exigée en matière d'hébergement social.
9. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création d'une surface de plancher de 824 m² affectés à l'habitation, et plus précisément à l'hébergement en résidence sociale, répartie sur 25 logements. Il s'agit donc d'un projet de construction destinée à l'hébergement social, pour lequel une place de stationnement dans le secteur C est exigée pour 10 chambres. Le projet, qui prévoit la création de 4 places de stationnement, respecte donc les exigences de l'article 5.2.3.1.1 précité, imposant la création minimale de 3 places de stationnement. Par ailleurs, contrairement aux allégations des requérants, le plan de masse précise la localisation de l'aire de stationnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5.2.3.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.1.1 des dispositions spécifiques à la zone URc2 du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon : " Implantation des constructions par rapport aux voies et aux emprises publiques ou privées. / 2.1.1 - Règle générale / Les constructions implantées en recul* de la limite de référence* ou la limite de la marge de recul* / Le recul est au moins égal à 5 mètres (Rl = 5 m). () 2.1.2 - Règles alternatives. / Une implantation différente de celle prévue par la règle peut être appliquée dans les conditions et cas suivants : () ". L'article 2.1.1 des dispositions communes du règlement précise que : " a. Emprises publiques et voies constituant des limites de référence / La limite de référence / La limite de référence est constituée par la limite séparant : / - d'une part, les emprises publiques et les voies privées définies ci-après ; / - d'autre part, la propriété riveraine de ces voies. / Les emprises publiques et les voies sont exclusivement constituées des emprises et voies existantes ou à créer, permettant notamment la desserte des constructions, usages des sols, natures d'activités et des opérations d'aménagement, de division ou de construction admises par le règlement de zone, énumérées ci-après : : - les voies publiques ou privées ouvertes ou destinées à être ouvertes à la circulation automobile ; / () ".
11. Si les requérants font valoir que la construction est implantée en retrait de 4 mètres du chemin du Vallon, en méconnaissance de l'article 2.1.1 précité de la zone URc2 qui impose un recul d'au moins 5 mètres, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce chemin, qui est une voie privée non ouverte à la circulation automobile, ne peut ainsi être qualifié de limite de référence. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'au regard de cette voie, le projet méconnaît les dispositions de cet article..
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3.3.2 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, relatif aux aspects qualitatifs du traitement paysager des espaces libres : " () b. Les aires de stationnement en surface sont conçues, tant dans le choix de leur localisation que dans leur traitement paysager, pour limiter leur impact visuel depuis l'espace public. Il est exigé la plantation d'au moins un arbre pour quatre places de stationnement. Ces plantations peuvent être organisées dans une composition paysagère pérenne de qualité. () ".
13. Si les requérants soutiennent que l'absence de matérialisation de l'aire de stationnement dans le dossier de demande de permis de construire a privé le service instructeur de la possibilité d'apprécier les caractéristiques de cette aire, le plan de masse précise la localisation de l'aire de stationnement. Ce plan fait apparaître la plantation d'un arbre sur cette aire, qui comporte quatre places de stationnement. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions précitées du b) de l'article 3.3.2 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, notamment relatif au traitement paysager des aires de stationnement en surface.
14. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Le terrain d'assiette du projet se situe en zone B1 bleue du plan de prévention des risques naturels d'inondations (PPRnI) Rhône et Saône, secteur Lyon Villeurbanne.
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la hauteur de surélévation des planchers bas habitables, de 168,25 m B, serait insuffisante, alors que la hauteur des plus hautes eaux connues est de 168,20 m B. En outre, le dossier de demande de permis de construire comporte une attestation de l'architecte en charge du projet indiquant que celui-ci prend en compte le plan de prévention des risques naturels d'inondations. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et a méconnu les dispositions du plan de prévention des risques naturels d'inondations (PPRnI) Rhône et Saône.
16. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". L'article 4.2.5 du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon indique : " () b. Le choix des couleurs contribue à l'intégration harmonieuse de la construction dans le paysage environnant et notamment : / permet une harmonisation des coloris avec l'architecture de la construction ; / respecte l'ambiance chromatique de la rue ou de l'opération d'ensemble ; / souligne le parti architectural, tel que le rythme des façades. ".
17. Le terrain d'assiette du projet se situe au sein de la zone URc2, qui est définie par le règlement comme une " zone à dominante résidentielle, regroupant des ensembles d'immeubles de logements collectifs dont les éléments bâtis revêtent des formes de plots, parfois de barres, en recul des voies, ordonnancés de façon discontinue au sein d'une composition paysagère où domine la végétalisation des espaces libres ". Aux termes du règlement : " L'objectif poursuivi pour cette zone est de promouvoir, dans les sites appropriés, cette organisation d'habitat collectif dans un environnement paysager qualitatif et d'encadrer ces compositions urbaines existantes dans leur densité. " Si le projet est situé au sein du site inscrit " Ensemble centre historique de Lyon ", l'environnement proche du projet présente une typologie variée de constructions comprenant des maisons pavillonnaires ou bourgeoises, dont l'une d'entre elles a été identifiée comme élément du patrimoine remarquable, ainsi que des immeubles collectifs de R+3 à R+6 en forme de plots ou de barres, dont les couleurs sont hétérogènes. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que, par son importance, son aspect architectural ou les teintes employées, le projet serait en rupture avec son environnement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire a commis une erreur manifeste dans la mise en œuvre de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et que le projet ne s'insèrera pas dans l'environnement existant, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4.2.5 du règlement de la zone URc2.
En ce qui concerne les dispositions du permis de construire initial modifiées par le permis de construire modificatif :
18. A titre liminaire, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
19. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
20. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
21. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire initial comporte un document graphique permettant d'apprécier l'impact visuel du projet. Le dossier de demande de permis de construire modificatif comprend également deux documents graphiques permettant de situer le terrain dans l'environnement proche. En outre, la notice paysagère du dossier de demande de permis de construire initial précise que le projet se situe sur une parcelle à forte dominante végétale et que le quartier du Bois de la Caille mêle demeures bourgeoises et grands ensembles collectifs, au sein d'un milieu naturel et préservé. Cette notice comporte également un plan de situation ainsi qu'un document photographique de l'environnement lointain. Dans ces conditions, contrairement aux allégations des requérants, le service instructeur a pu apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 précité du code de l'urbanisme doit être écarté.
22. En deuxième lieu, l'article 5.2.3.1.2 de la partie I du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon prévoit que la superficie de l'emplacement de stationnement des vélos est calculé pour satisfaire aux besoins engendrés par la construction pour les équipements d'intérêt collectif et services publics et autres destinations non visées dans les autres catégories de destination des constructions.
23. D'une part, il est constant que la destination de la construction relève de l'hébergement en résidence sociale, ainsi que le mentionne le formulaire Cerfa du dossier de demande de permis de construire modificatif. Ainsi, la construction projetée relève, en matière de stationnement des vélos, non pas de la destination " Hébergement hôtelier et touristique ", mais de la catégorie des " autres destinations " non visées par le tableau de synthèse des différentes destinations, pour laquelle la superficie de l'emplacement de stationnement des vélos doit être calculée en fonction des besoins engendrés par la construction. D'autre part, le dossier de demande de permis de construire initial comporte une attestation de la directrice du développement et de la maîtrise d'ouvrage d'Habitat et humanisme Rhône indiquant que, compte tenu de l'expérience acquise, le projet de pension de famille ne nécessite pas de stationnement pour les vélos, le public accueilli n'utilisant pas le vélo comme moyen de transport. Dans ces conditions, alors que les requérants n'établissent pas que le projet en litige nécessiterait la création d'un local de stationnement des vélos, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5.2.3.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon doit être écarté.
24. En dernier lieu, aux termes de l'article 4.4.2 des dispositions du règlement de la zone URc2 du plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon relatives à la gestion des déchets : " L'aménagement ou l'espace nécessaire à la gestion des déchets sont intégrés de préférence dans les constructions. / () ".
25. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan de masse du dossier de demande de permis de construire modificatif, que le local réservé au stockage des ordures ménagères, qui comprend une toiture végétalisée, est intégré au projet de construction, conformément aux exigences de l'article 4.4.2 précité du règlement de la zone URc2. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article ne peut être accueilli.
26. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 11 avril 2022 et du 9 décembre 2022 du maire de Lyon, ainsi que des décisions rejetant les recours gracieux des requérants, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la ville de Lyon, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la société Foncière habitat et humanisme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E et autres requérants est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Foncière habitat et humanisme présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, représentant unique des requérants, à la ville de Lyon et à la société Foncière habitat et humanisme.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La rapporteure,
F.-M. PLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026