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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207465

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207465

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée, compte tenu de la contradiction dans ses motifs ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les observations de Me Paquet, substituant Me Vray, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 26 octobre 1999, est entré en France le 1er juin 2016. Le 26 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Le refus implicite de lui délivrer un titre de séjour a été annulé par le tribunal. Par des décisions du 19 mai 2022, la préfète de la Loire a refusé d'admettre M. B au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée portant refus de titre de séjour fait état de la prise en charge du requérant par l'aide sociale à l'enfance à compter de ses seize ans, du diplôme obtenu par le requérant, d'un contrat d'apprentissage et d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée dans sa spécialité professionnelle ainsi que de nombreuses attestations de proches faisant état de ses qualités personnelles. En outre, elle mentionne expressément que le requérant peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, si elle mentionne les circonstances de fait qui en constituent le fondement, la décision attaquée portant refus de titre de séjour comporte néanmoins une contradiction entre la motivation et le dispositif pour ce qui est de l'admission exceptionnelle au séjour, ne permettant pas à M. B de connaître les motifs du refus qui lui a été opposé. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation et à en demander pour ce motif l'annulation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 9 septembre 2022 refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, la décision du même jour qui lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle qui a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

5. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que la préfère de la Loire délivre à M. B une autorisation provisoire de séjour et procède au réexamen de sa situation. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Loire d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Vray au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle

D E C I D E:

Article 1er : Les décisions du 9 septembre 2022 de la préfète de la Loire sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Vray, avocat de M. B, la somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Loire

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La rapporteure,

A.-S. Soubié La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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