vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2022 à 13h01, M. A B, représenté par Me Naïli, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pendant une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
- il doit être justifié de la délégation de signature consentie au signataire des actes litigieux ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'obligation litigieuse est insuffisamment motivée, de façon stéréotypée, sans faire état des éléments relatifs à sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
- cette décision est manifestement excessive et disproportionnée dans ses modalités par rapport à l'objectif de mise à exécution de la mesure d'éloignement.
La préfète de l'Ain a produit un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, par lequel elle conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Sautier, magistrate désignée. Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 3 octobre 2022, notifié le même jour à 17h05, la préfète de l'Ain a obligé M. B, ressortissant marocain né le 8 avril 1999, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de maximale de 45 jours. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :
3. Mme E C, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, signataire des décisions en litige, a reçu délégation de la préfète de l'Ain par un arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié le 1er février 2022, à l'effet de signer tout acte établis par cette direction en matière d'éloignement des étrangers à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque dès lors en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;(). ".
5. La décision attaquée cite le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé est entré irrégulièrement en France il y a un mois selon ses déclarations sans déposer de demande de titre de séjour. Elle vise par ailleurs l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé, célibataire sans enfant et hébergé par un ami, ne justifie ni d'attaches familiales ni d'une insertion socio-professionnelle particulière en France ni de ressources propres. Dès lors, et alors que la préfète n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation de l'étranger, l'obligation litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit donc être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. En se bornant à faire valoir qu'il n'est que de passage sur le territoire français et qu'il a vocation à retourner en Espagne, ce qui au demeurant est contredit par le centre de coopération policière et douanière d'Hendaye qui précise que M. B a fait l'objet en Espagne d'une mesure d'expulsion pour entrée illégale le 30 juin 2021, le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la mesure d'éloignement du territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis, alors que la préfète de l'Ain relève que l'intéressé est célibataire sans enfant, déclare être hébergé chez un ami, ne justifie d'aucune attache familiale en France ni d'insertion socio-professionnelle particulière et que sa famille réside dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'obligation litigieuse n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
9. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse.
10. Le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté, pour les motifs précédemment exposés au point 7.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
11. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de circulation sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse.
12. Le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté, pour les motifs précédemment exposés au point 7.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
13. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). " et de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
14. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'assignation est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation litigieuse.
15. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Ain a assigné M. B à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, en lui interdisant d'en sortir sans autorisation et en l'astreignant à se présenter quatre fois par semaine, les lundis, mercredis, vendredis et dimanches, à 9 heures, à la brigade de gendarmerie de Valserhône. D'une part, l'intéressé ne conteste pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable. D'autre part, le requérant ne fait valoir aucun élément de nature à établir que cette décision ferait peser sur lui une contrainte excessive au regard des finalités poursuivies. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement au conseil du requérant d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La magistrat désignée
M. DLa greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026